LA REVELATION
— Le Roi du bagne ! continua le comte
avec réhémence, lord Harbing, le j:<»i du bagneîLa lumière se faisait dant moi prit, lumière terrible ci sanglant
Le Roi du bagne! l'écris le capitaine.
Quoi! ce lord Barbing, ce gentleman éléphant, était . .
Le même homme que i«. marquii ( parini !
— Et c'est... celui dont h- citoyen JaC« luel parlait tout ;' l'heure, c'est notre mort< l ennemi?
- < )ui. Maurice '■ . . . Voua connaî m . In tenant ce terrible secret !
— )\.\,> ce Camparini, je l'ai vu ;l la Mais.'iiN"i!i. j'ai soupe avec lui; c'est an des assassins dn pauvre M. <le tfeoules!
—Et c'est, je le crains, le geôlier de Luc;,e!
— Lui !. . . le Roi du bagne!. . .
Maurice était haletant ; ses yeux paraissaient prêts à sortir de leur orbite; il pâlissait, il rougissait tour à tour avec une rapidité incroyable.
Contraignant cependant les sentiments tumultueux qui s'agitaient en lui, domptant sa surrexcitation, il parvint à dominer sa nature et à prendre un peu de calme.
— Quoi! dit-il. Mais ce Roi du bagne est celui qui a joué un si terrible rôle dans l'affaire de Niorres dont vous m'avez confié toutes les péripéties?
— Oui, Maurice.
— Tl ne s'appelait donc pas Camparini alors?
— Si fait ! il portait déjà ce nom.
— Mais vous ne l'avez jamais ainsi désigné devant moi; mais ni Charles ni Henri n'ont prononcé ce nom en me parlant de leur passé de souffrances; mais ce nom de Camparini m'était absolument inconnu aiors que j'ai soupe avec ce misérable chez le marquis de Chivasso.
— Cela est vrai !
— Pourquoi?. . pourquoi nr avoir caché ce nom?
— Pour demeurer fidèle à un serment que j'avais fait, Maurice, que je n'eusse jamais violé, mais dont les circonstances, par vous ignorées, m'ont délié récemment.
— Je ne vous comprends pas!
— Vous allez comprendre, Maurice. Le marquis Camparini est le même que lord Harbing; lord Harbing est le même homme que le Roi du Bagne, et cette incarnation de
LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE
trois monstres en un seul et même individu représente un homme qui est attaché à moi par les liens du sang!
— Cet homme esl mon neveu!
— Votre neveu! répéta Maurice en joignant les mains.
— Ou du moins le neveu de nia femme!
— Quoi ! ce fils du marquis d'Horbigny. .
— Oui! interrompit le comte avec violence. Comprenez-vous maintenant pourquoi une révélation accusatrice ne pouvait et ne peut sortir de mes lèvres? J'avais juré au marquis d'Horbigny, a son lit de mort, de ne jamais contribuer a traîner dans la voie de l'infamie le nom qu'il portait.
Il s'était sacrifié ou enier à l'honneur de ce nom ; il pouvait exiger que je m'y sacrifiasse. J'ai juré, je dois tenir mon serment. MM. de Renneville et d'Herbois, obéissant au plus noble sentiment, ont voulu eux aussi ne pas torturer l'âme qui souffrait dans le ciel de ce qui se passait sur la terre: jamais ils n'ont dit un mot qui pût répandre le secret surpris par Fouché. C'est pourquoi vous, pas plus qu'un autre, n'avez su jusqu'ici la vérité est menacée, je devais vous faire connaître cette vérité entière. Laissez-moi achever maintenant, et bientôt vous n'aurez plus rien à apprendre.
" Lorsque le capitoul eut parlé, continua le comte après un moment de silence, lorsque la lumière se fut faite dans mon esprit, je demeurai aterré, ainsi que je vous l'ai dit Je rentrai au château de Cantegrelles dans un état de surrexcitation impossible à exprimer. J'étais dans la situation d'un homme placé au sommet d'une aiguille et entouré d'abîmes: il fan qu'il tombe; il u'a que le choix de la chute. Je connaissais l'auteur de l'attentat commis sur mon pauvre ami; je savais qu'un crime nouveau se préparait; j'étais maître des secrets de l'infâme qui se plaisait à semer la mort autour de lui, et je ne pouvais rien contre cet homme : un serment solonnel fait à un mourant me contraignait au silence. Je passai le reste de la nuit à chercher une solution à l'horrible problème de ma situation présente. Dieu, dans sa bonté, m'inspira sans doute; car, le jour venu, j'avais trouvé le moyen de préserver mon ami, d'empêcher la baronne de consommer une union indigne et de faire voir à lord Harbing que ses. plans infâmes
étaient devinés, sans toutefois faillir au serment que j'avais fait au marquis d'Horbigny. Je descendis déjeuner sans manifester le moindre souci. Le repas accompli, je causai avec la marquise et la baronne. Naturellement, pas une parole n'était prononcée au château qui n'eût trait au blessé et à l'événement fatal.
" — J'ai vu le capitoul ce matin, dis-je.
" — Eh bien? demanda vivement la baronne.
" — Il ne sait rien encore, mais il est sur les traces.
'' — Le croyez-vous?
" — Je l'espère.
" — Mon Dieu! dit la marquise, quel ennemi aussi acharné pouvait donc avoir mon mari?
" — Je l'ignore, répondis-je, et voilà précisément ce qu'il faudrait savoir; car, après l'événement passé, il faut veiller sur l'avenir. Le marquis n'a pas été victime de bandits vulgaires: il n'a pas été volé. Peutêtre, quand il pourra comprendre et parler, nous donnera-t-il à cet égard des renseignements précieux; mais d'ici là, il serait de la dernière importance, pour votre sécurité à tous, de connaître sinon les coupables, au moins les intentions auxquelles ils ont obéi.
" — Cela est vrai, dit la baronne.
" — Mais comment arriver à ce but? demanda la marquise.
" — Sans doute, dis-je en paraissant réfléchir, cela est difficile, mais nullement impossible. Depuis mon arrivée parmi vous je me suis posé ce plan de conduite, et je crois avoir trouvé enfin le moyen de le mettre à exécution.
" — Comment? demandèrent à la fois les deux femmes en se rapprochant de moi.
" — A notre conférence dis-je, il manque quelqu'un un témoin nécessaire: c'est lord Harbing, qui prend un si grand intérêt à tout ce qui vous concerne; dès qu'il sera ici, je m'expliquerai clairement.
" — Il faut. Fenvoyer chercher sur l'heure, dit la baronne.
"Je fis un signe d'assentiment. La baronne donna aussitôt des ordres : un domestique partit pour Toulouse, et, une heure après, le gentleman faisait son entrée au château. La marquise et la baronne lui firent part de notre conversation et de la