‹ Le roi du bagneChapitre 90 sur 243 · LE PASSE · texte numérisé non relu

LE PASSE

— Est-ce là ta correspondance avec le comte de j Sommes? avait demandé Lucien en s'adressant à Roquefort stupéfait. . I

— Oui. répondit celui-ci.

— X'y a-t-il pas eu dans ta vie un trait particulier connu de toi seul et du comte?

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

— Tu le sauras ensuite, mais répond- !

— Je ne sais ... je ne me rapppelle pas . . .

Lucien se recula en croisant ses bras sur sa poi-

LE TAMBOUR m: LA :J2.- diomi hukjaDE

trinoj .1 phj ionoraie, i laide avail ne

expression él ran( |ui l'illuminait d'un r<

itanl ; en le voyant, on devail oublier la hideubg laideur de ce luturé, abixné, pour n'êt re

frappé que par le rayônnemenl d'intelligent o qui poél i .ut. pour ainsi dire, ce front pâli el ci jo rongée : Roquefort cherchai! évidemm im-

prendre la -ii uation Banc j parvenir.

\- i ii trouva '. demanda Lncien.

Non ,répondi1 Roquefori : :

toi, l'une de ces circonstances auxquelles tu E allusion, cite-la, ei tu ?errras bien -i j'ai bonne mémoire.

Tu connais la rue Beaujolais, à Paris, el la maison occupée à son rez-çle-chaussée par une boutique de bijoutier ?

Oui.

I tersière <•< tte boul ique il 3 a une Balle, avec un poêle au milieu; le plancher de la Balle esl dallé de larges dalles noires e1 blanches.

— C'est vrai.

Rappelfe-toi la nuit du •-'« ventôse, celle qui précéda le jour où Paris fut pour la première l'ois mis à la ration.

— Hein? fit Roquefort en bondissant en arrière, comme si un insecte l'eût subitement piqué.

—Entre le poêle et la muraille de gauche, n'y a-t-il pas la longueur de cinq dalles? continua Lu-

eien.

— Oui. dit Roquefort d'une voix étranglée.

— 'Cette nuit dont je te parle, deux hommes étaient dans cette pièces de la maison rue de Beaujolais, no 10... Ils comptèrent deux dallles à partir du poêle, puis il soulevèrent la troisième, celle du milieu ....

— Comment sais-tu cela? hurla Roquefort avec une sorte de rage.

— Qu'importe! répondit Lucien. Or, depuis cette nuit du 27 ventôse, cette boutique et cette arrière boutique ne sont jamais demeurées une heure solitaire. Nuit et jour, un homme s'y trouve; et, depuis ce momer^t, la dalle replacée par toi et par de Sommes n'a pu être soulevée de nouveau; ce que vous avez placé dans la cachette du plancher s'y trouve donc toujours, ici, je t'en réponds, et tu le sais aussi bien que moi, car depuis la mort du comte de Sommes, tu as employé toutes les ruses pour t'introduire dans cette arrière boutique et y demeurer seul une heure, mais tu as toujours échoué : donc la cachette a été respectée. Que dirait Camparini, le roi du bagne, si on le mettait à même de visiter cette cachette ?

— Tais-toi ! dit Roquefort en pâlissant.

Eh 1 fit L

ordonné 1 ne-moi donc m. mit' oani !

Roquefori ' l*1J-

\e il*. mue 1

bondissant en avant :

— Qui <'--t h ? demanda-t-il.

Celui qui peul t<- perdre facilemei

dit i',' car le Roi d

pardonnerai pas' plus demain,

i donl ]'• t'' pai pardonne aujourd'hui ton ancienne ai1

\ Iob . Roquefort, bu as pu supposer que Camparini avait ou bison, lui qui n'oublie rien? Cam vient de tout : demand et L'ex-associé du comte de Sommes. Pick l<

. lui, ei la preuvre c'esi qu'il veille Camparini ne vous a pardonné ni .1 l'un tre, il ne s'esi pas vengé encore parce que pouvez lui être utiles. Le Roi du bagne a an grand principe qui t'ait sa I lont il m

jamais départi: entreprendre une affaire, y participer bous ceux qui lui doivent être utiles, puis, le but atteint, l'affaire faite, faire 'litre brusquement ceux qui l'ont aidé et qui emportent avec eux les fragments du secret dont il est devenu seul et unique possesseur. Toujours Camparini a procédé ainsi, je le sais. . . Ce qui a fait jusqu'ici votre sécurité à toi et à Piack, .c'est que l'affaire de Xiorres. base principale de toutautres, n'a jamais été terminée... Qu'elle le soit demain, et avant huit jours vous serez anéantis tous les deux!. . . Ah! tu ne connais pas encore Camparini, Roquefort! Xe t'a-t-il pas donné à toi l'ordre de te charger de Pick?

— C'est vrai, balbutia Roquefort.

— Eh bien! il a donné à Chivasso l'ordre de se charger de toi, et, le moment venu, il se chargera de Chivasso. Alors il demeurera le maître absolu et il n'aura jamais une indiscrétion à craindre, ni un partage à faire ; alors il jettera à pleine mains l'argent et l'or à ses amis des galères, il en fera évader quelques-uns, et ceux-là deviendront ses nouveaux complices pour une nouvelle opération; puis l'opération terminée, il disparaîtront comme vous aurez disparu vous-mêmes, comme ont disparu avant vous ceux qui l'avaient précédemment servi. Il y a dix ans que tu connais Camparini. Roquefort, peux-tu citer quelqu'un qui l'ait connu avant toi et qui ait tenté jadis quelque affaira?

LE TAMBOUR DE LA 32e DEMI-BRIGADE

Xon, n'est-ce pas? Alors tu comprends bien que je dis ji

— Comment sais-tu cela? dit encore Eoqu

— Que t'importe, pourvu que je dise vrai. Veuxtu supposer que je me trompe? Soit, j'

t. tons que Camparini soit un chef fidèle et juste, tu es son associé, les affaires faites, c'est-àdire celle des Niorres, des d'B&orbigny et de la baronne opérées, vous partagez; mais remarque la valeur de ce mot: vous partagez! A Camparini la part du lion d'abord, puis à vous les miettes ! Enfin, Camparini a fait une faute énorme, impardonnable, qu'un Iîoi du bagne ne doit jamais commettre : il s'est révélé. Le Eoi du bagne existe. Jacquet le sait, Fouché le sait, et avant peu, Fouché aura entre ses mains la police entière de la France. Alors Camparini est perdu et ses amis le sont avec lui. Ce qui peut lui arriver de plus heureux, c'est de parvenir à fuir à l'étranger. Faute énorme, le comprends-tu? que celle de s'être laissé deviner. La première condition de puissance pour notre chef, à nous autres, c'est qu'il trompe d'abord ses ennemis. Au lieu d'être l'ennemi de Jacquet et de Fouché, Camparini eût dû se faire leur ami. \M HM

— C'est vrai, murmura Eoquefort.

— Voilà ce que de Sommes avait compris. Saistu ce qu'il voulait lorsqu'il aspirait à succéder à Camparini, à tenir dans ses mains les rênes de la puissance suprême? il voulait en arriver, un jour à venir, à capter la confiance de ses ennemis au point qu'il pût sûrement abriter ses1 meilleurs amis. Oh ! de Sommes était le chef qui'l nous fallait à tous, et cependant vous tous avez renié jusqu'à sa mémoire !

— Mais qui es-tu? s'écria Eoquefort avec véhémence; qui es-tu donc, toi, qui me parles ainsi?

— Je suis celui que Camparini t'a ordonné de poignarder cette nuit, celui que tu vas tuer tout à l'heure pour obéir au Eoi du bagne !

— Xon, tu n'es pas celui-là, car je ne te tuerai pas.

— Alors je suis Lucien, l'envoyé de ceux de Paris auprès de Camparini.

— Non plus, je ne te croias pas!. . . Qui es-tu?

— Tu ne devines pas?

— Xon. parle, je veux savoir!

— Eh bien! je suis l'ami de Jacquet, l'agent secret du représentant Fouché ! . . . Comprends-tu maintenant ?

Eoquefort fit un mouvement, mais il se contint.

— Et que me veux-tu? demanda-t-il.

— Te proposer d'abandonner ceux qui sont in-

contestàbL anemis pour venir à ceux

qui demandent à être tes amis. Jacquet oubliera" r. . . le veux-tu ?

Roquefort frappa du pied avec violence; son ■ était cramoisi, ses prunelles flamboyaient^ et paraissaient prêtes à jaillir hors de l'orbite: il sous le coup de l'anxiété la plus vive, de l'é-|j motion la plus violente.

— Xon, non, répéta-t-il. Qui, es-tu?

Lucien fit un pas en avant.

— Qui je suis ? s'écria-t-il avec une pose drama tique, ne l'as-tu donc j:>as deviné? Qui je suis, Eoquefort? Je suis ton ancien compagnon de chaîne de Brest, je suis ton ancien ami; je suis celui qui le premier a osé lutter contre le Eoi du bagne, celui qui a voulu saisir ce sceptre de la puissance pour partager cette puissance avec toi; je suis celui qui connaît tous les secrets de l'association, celui enfin que Camparini croit avoir tué et qui cependant n'est pas mort : je suis Bamboula !

— Bamboula ! répéta Eoquefort.

— Xe me reconnais-tu pas?. . . Ah! tu interroges mes traits et tu te dis que je cherche à te tromper.. . Oui, je suis méconnaissable!... Méconnaissable au point que Camparini ne m'a point reconnu.

— Bamboula ! Bamboula ! répétait Eoquefort confme s'il ne pouvait revenir de son profond saisissement.

— Bamboula! répéta Lucien; Bamboula que Camparini a laissé pour mort sur le rivage de Saint-Vincent; Bamboula qu'un miracle a sauvé et qui, recueilli par les Anglais, soigné et guéri par eux, est revenu en France sous un autre nom ; Bamboula, enfin l'ennemi implacable de Camparini et qui a juré de triompher ou de périr dans la lutte ! . . . Tu ne me reconnais pas encore complètement Eoquefort ? Tu te demandes si tu n'es pas le jouet d'une illusion? Ecoute-moi sans m'interrompre, car les moments sont précieux ; écoute-moi, tu vas comprendre.

"Tu sais la lutte que j'avais entreprise avec le roi du Bagne? Aux Antillles, cette lutte continua plus terrible encore parce qu'elle était plus cachée ; j nous nous trompions tous deux et aucun de nous] cependant ne croyait à l'autre. L'enfant, le petit : fils du conseiller de Xiorres, devait être le prix cle cette lutte. Toutes mes mesures étaient établies! un navire m'attendait, j'allais triompher, quand • Camparini me frappa, il voulut fuir ! Il se crut un moment vainqueur; mais j'avais tout calculé, tout, I jusqu'à la possibilité de ma mort. L'embarcation I qui m'attendait et qui, moi vaincu, devait être à ' la disposition de Camparini, avait une voie d'eau

MO T AMI U)H II DIE I*A 22e DEMI WUOADH

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