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LES PUITS

— Cet enfant est en ma possession, poursuivit Camparini, je suis maître de son existence. Eh bien ! il ne vivra que s'il est bien celui dont je te parle, cet enfant de Blanche de Niorres et du comte de Sommes, enfant que tu auras connu jadis.

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Au même moment uii aDOÎemen! sonore, un hurlement presque Bauvage retentit au dehor- et arriva affaibli par l'espace. Mahurec fit un mouvement comme pour se ruer vers le soupirail; mais il se contint et il reprit son impassibilité apparente.

— Réponds ! dit Camparini avec une sorte de rage, la vie de cet enfant est entre tes mains, maintenant! Consens et il vivra, puis il sera libre, et bientôt tu le seras toi-même. Refuse, et il mourra alors tu pourriras sous les Plombs, car aucune puissance humaine ne* saura t'en tirer.

— Pour lors, fit Mahurec, ma signature sur Ion grimoire ; et c'est tout ce que tu demandes ?

— Ta signature et celle de ton compagnon.

— Ah ! Maucot en est ?

— Oui, il faut que vos deux déclarations soient identiques.

— Mais si Maucot ne veut pas?

— Cela te regarde, c'est toi qui devras le décider.

Mahurec se mit à réfléchir.

Décide-toi, réponds ! dit vivement Camparini, nous avons trop perdu de temps jusqu'ici.

Mahurec redressa la tête.

— Si je consens, dit-il, tu me jures de laisser libre le petit?

—Oui.

— De nous rendre libres nous-mêmes?

— Le lendemain du jour où vous aurez signé, vous quitterez les Plombs, je te le jure.

— Le lendemain, c'est trop tard.

— Le jour même . . .

— Ça va mieux! *

— Alors ... tu consens ?

Mahurec réfléchit encore ;puis, étouffant à demi un soupir qui lui monta à la gorge :

— Donne-moi trois jours pour décider Maucot, dit-il, et viens ensuite, on verra.

— Dans trois jours, c'est le dimanche de Pâques, dit Camparini; ce jour-là, je viendrai te revoir et t'apporter les papier-.

Mahurec fit un signe affirmatif. Camparini se recula et appela le geôlier :

— Fais reconduire cet homme sous les Plombs, dit-il.

Quelques instants après; Camparini entrait de nouveau dans la salle des Inquisiteurs: le signor Pezaro semblait l'y attendre.

— Avez-vous pu obtenir les renseignements que vous désiriez? demanda le Vénitien à voix basse.

— Pas complètement, répondit Camparini. Ce matelot sait bien des choses, mais il a refusé c'e parler. Dimanche, je dois le revoir, et, dès lors, nous serons fixés : s'il consent à servir d'espion, ainsi que je vous l'ai promis, nous l'enverrons sur la flotte française.

— Qui nous répondra de lui ?

— Moi.

— Cesit bien, dit l'inquisiteur. Avez-vous des nouvelles de Vérone?

— Oui, tout marche au gré de nos désirs; dans les campagnes, l'exaspération contre les Français est à son comble; tous les paysans s'arment; j'.ii fait répandre les bruits les plus propres à soulever les esprits: la mine est préparée enfin, il n'y a plu qu'à y mettre le feu.

On l'y mettra.

— L'heure est toujours fixée?

— Oui. La fête de Pâques deviendra le signal de l'anéantissement des Français en Italie ! Que les Autrichiens agissent comme nous agissons, et nas un homme de l'armée de Bonaparte ne reverra* la France.

— Le baron de Grafeld est parti hier.

— Et vous?

— Je demeure à Venise jusqu'à dimanche pour être mieux à même de concentrer tous les fils.; puis, le jour venu, l'heure sonnée, je serai partout où il faudra être pour faire triompher notre cause et exterminer nos ennemis !

— Avez-vous encore de l'argent?

— Plus une obole: j'ai tout épuisé pour acheter des armes et en donner aux paysans, pour entraîner les plus indécis, puis pour solder les espions.

— Il vous en faut?

— Toujours ! l'argent est notre plus sûr moyen de réussite.

Pezaro s'approcha de la table, prit une feuille de papier et écrivit rapidement quelques lignes;

puis après avoir apposé son cachet sur la feuille, il la tendit à Camparini :

— Voici un bon de mille sequins sur la trésorerie, dit-il, est-ce assez?

— Pour le moment, oui.

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