‹ Le roi l'a dit opéracomique en trois actes, en versChapitre 9 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JAVOTTE

Pauvre cœur novice.

Epris des grandeurs.

Il veut être suisse

Chez les grandis seigneurs.

Ah! quel est ton rêve,

Mon pauvre garçon !

Tu crois qu’on s'élève üe cette façon!

, BENOIT

On me croit novice;

J'aime les grandeurs ;

Je veux être suisse Chez les grands seigneurs.

Poursuis donc ton rêve, Benoît, mon garçon;

Car chacun s'élève De cette façon.

BENOIT

Déjà dans ma province J’ai servi, l’an dernier,

Dans le château d’un prince.

Où mon oncle était cuisinier.

Moi, j’aime la noblesse,

» Et je suivais' sans cesse Le prince, un franc luron,

Qui courait les fillettes Et qui dans les guinguettes Chantait comme un démon.

J’&i vu ce diable à quatre Se griser et se battre Et toujours bon vivant.

Quelle belle existence 1 Et que de fois j’y pense!

Que j’en rêve souvent !

JAVOTTE

Et moi, Benoit, je rêve Au temps où nous allions tous deux

LE ROI L’A DIT

Ramasser sur la grève Les petits cailloux merveilleux.

BENOIT, avec temlrease.

Tu t'en souviens encor, Javotte?

J AVOTTE.

Je chantais comme une linotte.

BENOIT

Moi, j'étais gai comme un pinson.

JAVOTTE

Et nous disions notre chanson :

Jacquot, courant par les bruyères,

Chante aux oiseaux : « Je suis heureux!

« Les arbres ont des mines fières ;

« Les blés ont des airs langoureux ;

« Les muguets me font la courbette;

« Les boutons d'or se sont faits beaux. »

Ah! Jacquot, nous voyons... les deux petits sabots De Jeannette.

Jacquot, tournant encor la tète,

Revient, le cœur tout enfiévré ;

Il rougit, il tremble, il s’arrête :

« Un follet m'a donc enivré?

« Mais, comme la bergeronnette,

« Je n’ai bu que l’eau du chemin.»

Ah! Jacquot, tu buvais... dans le creux de la main De Jeannette.

BENOIT, joyeux.

Voilà Javotte, enfin ; c’est ma Javotte à moi. JAVOTTE.

Tu me feras mourir d'effroi.

Page 1