Jbid., p
4. Dans une lettre à Déageant du 2 mai 1617, Avenel, t. VII, p. 396.
l'envie me combattent d'une part, d'autre, une haine qui m'ayant pour objet, en partie, ne laisse pas de porter sur d'autres * ». Qui donc lui en voulait? Vitry, d'abord, disait-il : « J'ai ouï dire que M. de Vitry est fort animé contre moi; je ne sais ce qui en est : vous savez si c'est avec sujet et quel prétexte on peut prendre-. » En réalité ceux qui le jugeaient le plus sévèrement étaient les anciens ministres. Ils ne lui pardonnaient pas d'avoir été une créature de Concini, tout au moins de ne pas s'être opposé aux accaparements de celui-ci. Du Vair paraissait le plus acerbe. Richelieu répondait avec amertume : « Si être venu en charge de son temps (de Concini) c'est un crime, qu'a fait le sieur du Vair qui l'en exempte? Si être sorti de charge en étant ôté contre son gré lui donne cet avantage, en avoir voulu sortir par cinq fois, avec instance, de son propre mouvement, ne doit-il point donner le même à juste titre? M. le garde des sceaux qui fait profession d'égalité en soi-même, ne devroit pas garder si longtemps une rancune comme celle qu'il a contre lui (Richelieu) et pour un sujet illégitime* ».
Aussi lorsque l'attitude de la cour de Blois excita les soupçons, qu'on eût vent à Paris d'intrigues, d'allées et venues se faisant dans l'entourage de Marie de Médicis, la première personne soupçonnée d'en être l'auteur fut Richelieu. On agita au Conseil la question de savoir s'il
1. Lettre de Richelieu à Déageant du début de juin 1617, Avenel, t. VII, p. 397-8.
2. Lettre de Richelieu à Luynes du 12 juin 1617, Ibid., p. 408.
3. Ibid., p. 417. Richelieu fait allusion à ce que du Vair, comme lui, est entré en charge du temps de Concini; mais que si du Vair a été remercié, Richelieu a voulu, lui, cinq fois quitter ses fonctions (voir plus haut p. 35). Richelieu était en termes froids avec du Vair (Cf. la lettre cérémonieuse qu'il lui écrit le 15 octobre 1617, Ibid., p. 414).
n'y avait pas lieu d'écarter Luçon de l'ancienne régente : « il avait trop d'esprit » disait-on. On ajourna*. La lettre d'un informateur qui assurait positivement que Richelieu dirigeait les « menées », qu'il écrivait, nouait des intelligences de tous côtés, et même « s'assuroit de nombre de gens de guerre pour la reine mère dans le Poitou, » acheva de fortifier les mauvaises dispositions du gouvernement à son égard. Les ministres s'assemblèrent : il paraissait indispensable, jugeaient-ils, de proposer au roi le renvoi de Luçon dans quelqu'une de ses terres. On sait comment au sortir du conseil, un des membres, M. de Chateauneuf, rencontrant le frère de l'évêque, M. de Richelieu, et lui annonçant la nouvelle de l'exil de Luçon comme certaine, sans attendre que le roi eut ratifié la proposition, M. de Richelieu écrivit à Blois afin d'avertir l'évêque. Celui-ci fut déconcerté : mieux valait, pensa-t-il, prévenir la mesure que de l'attendre : partant de lui-même il demeurerait libre, n'ayant pas été l'objet d'une disgrâce, et, avec le temps rentrerait quand il le voudrait. Le 12 juin il demandait à la reine mère un congé de huit jours sous prétexte d'aller à son prieuré de Coussay s'occuper d'affaires personnelles, et il quittait Blois précipitamment ^ En réalité, le roi n'avait pas pris la décision sollicitée.
1. Pontchartrain, Méin., éd. Michaud, p. 292-3; lettres du nonce du 16 mai et 4 juin 1617, (Beutivoglio, Lcltere, t. I, p. 223, 272).
2. Déa!:;eant, Mém., éd. de 1668, p. 104; lettre de Richelieu à Luynes du 12 juin 1617, Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p, 409. Dans une lettre à Marie de Médicis d'avril 1619, M. de Richelieu fait allusion au rôle qu'il a joué dans cette circonstance : Ibid., t. I, p. 585-6. Coussay est aujourd'hui dans le canton de Mont-sur-Guesnes, arrondissement de Loudun, Vienne. Voir sur ce prieuré, le Ballet, de la Soc. des antiquaires de VOuest, t. IX, p. 282, t. XI, p. 61, et L. Lacroix, Richelieu à Luçon, Paris, 1890, in-8°, p. 231,
Mais quand on sut à Paris le départ inopiné de Tévéque, le gouvernement décida de profiter de la circonstance pour rendre cet éloignement définitif. Le 15 juin le roi signait une lettre à Luçon dans laquelle il lui disait : « J'ai appris que vous vous résolviez de vous en retourner en votre diocèse pour vaquer, selon le dû de votre charge, à exhorter vos diocésains à se conformer aux commandements de Dieu et des miens, ce que j'approuve, et loue grandement votre résolution; pour vous y confirmer davantage et vous témoigner combien elle m'est agréable, je vous dépêche ce gentilhomme exprès tant pour vous le dire de ma part que pour vous rendre celle-ci; et aussi que vous n'ayez à partir de votre évéché ou autres vos maisons ou bénéfices sans autre commandement de moi »*. Richelieu était joué. « Nous nous sommes fait le mal à nous-mêmes », lui écrivait Tantucci^. Des deux frères, l'un avait parlé trop tôt, et l'autre avait agi trop vite. « Je suis au désespoir, écrivait M. de Richelieu à l'évêque de Luçon, de vous avoir donné l'avis de ce que je vous ai mandé, bien qu'il fut vrai et que je l'eusse appris de M. de Ghateauneuf qui me dit qu'il avoit été présent à la résolution qui en fut prise »^ A Blois, Marie de Médicis eut une violente colère. Elle fit écrire par son aumônier M. de Bonzi,
1. Arch. des Aff. étrang., France 244, fol. 2 r», original de la lettre de Louis XIII. Le gentilhomme envoyé était M. de Frontignac (dépêche de l'ambassadeur vénitien du 13 juin 1617, Bibl. nat., ms. italien 1771, p. 200). Louis XIII fait semblant de croire que Richelieu va se retirer à Luçon tandis qu'en fait le prélat se rend à Goussay.
2. Lettre de Tantucci à Richelieu du 22 juin 1617, citée dans Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 406. Cf. Arch. des Aff. étrang., France 771, fol. 58 v°.
3. Lettre de M. de Richelieu à son frère l'évêque de Luçon du 14 mai 1617, Arch. des Aff. étrang., France 771, fol. 117 r".
•évêque de Béziers, à Richelieu, de revenir immédiatement. « Il n'y a autre moyen, mandait Bonzi, que votre venue, qui puisse détromper le roi et toute la cour que vous n'avez pas pris congé de la reine pour toujours » '. L'aumônier se rendit à Paris afln d'arranger l'afTaire : on lui fit des réponses dilatoires. « Tous les diables sont déchainés contre nous, mandait-il à Richelieu; nos ennemis ont profité de votre absence^ ». Alors, Marie de Médicis écrivit à Louis XIII, à M. de Luynes, réclamant avec insistance son surintendant; elle disait à ce dernier : « Je vous ai voulu écrire pour vous dire que M. de Luçon sera demain auprès de moi, vous protestant que je mourrai plutôt qu'endurer qu'après la permission que le roi m'a donnée de le retenir près de moi, mes ennemis eussent le pouvoir de me faire un si grand affront qui me seroit du tout insupportable^». Il était trop tard. Richelieu avait reçu la lettre du roi : il ne pouvait plus rentrer.
Il fut accablé. Il avait cru être habile; il s'était imaginé éviter un danger, et il n'avait réussi qu'à se jeter au devant. « Je suis si malheureux! » disait-il à sa sœur mademoiselle de Richelieu^. L'effet sur l'opinion fut détestable. Il restait à patienter et à attendre. Richelieu dirait et ferait dire qu'il ne s'occupait plus que des devoirs de sa charge d'évêque. « Servant Dieu et mes
1. Lettre de Bonzi à Richelieu du 17 juin 1617, dans Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII. p. 403. « La reine en est en une extrême colère contre lui » (M. de Richelieu), Arch. de la maison de Richelieu, citées par <}. Hanotaux, Hist. du cardinalde Richelieu, t. II, p, 222.
2. Avenel, Lettres de Richelieu, t. Vil, p. 403. L'expression « diables déchaînés » se retrouve dans toutes les lettres du moment écrites par Bonzi, Luynes, Richelieu.
3. Ibid., p. 404 et Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 172.