Fonlenay-Mareuil, iVem., p
LE COUP d'État du 24 avril 1617. 51
cution des ordres du roi, il faudrait le tuer. Louis XIII manifesta une vive contrariété. Si on arrêtait cependant le maréchal, on ne pouvait le prendre qu'au Louvre, dans un endroit resserré et étroit, brusquement, puisqu'on n'avait pas de monde sous la main. Si l'arrestation ne réussissait pas, du fait que l'entourage du maréchal se portait à la défense de celui-ci, les conséquences de l'échec étaient graves : mieux valait ne rien tenter ou aller jusqu'au bout. Louis XIII maintint qu'il donnait ordre d'arrêter le maréchal, et les confidents obtinrent un acquiescement muet à l'idée de tuer Concini si « son insolence lui faisoit oublier son devoir et mépriser le commandement du roi » ^
Qui exécuterait? « Il sembloit qu'il eût été raisonnable, — MM. de Luynes et ses frères étant trois, — que ce fut à l'un d'eux que l'ordre fût donné. » Mais ils se récusèrent". Louis XIII, qui ne songeait toujours qu'à une arrestation, proposa de s'adresser à un magistrat, le lieutenant civil du prévôt de Paris, M. de Mesmes. On fit venir M. de Mesmes au Louvre sous un prétexte quelconque et, après quelques mots insignifiants, le roi lui demanda à brûle-pourpoint « s'il n'étoit pas son serviteur ». L'autre
1. Déageant, Méin., p. 44. Il y a unanimité des témoignages sur le fait que Louis XIIl n'a pas commandé de tuer Concini, mais de l'arrêter. Le roi le dit lui-même à M. de Verdun {Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 9); il le répéta officiellement (Lettre du roi au parlement de Dijon, p. 6). Voir : J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 80; la dépêche du résident Florentin (dans Zeller. Louis XIII, Marie de Médicis, p. 174); Fontenay- Mareuii (Mém., p. 118); Brienne (Mém. éd. Michaud, p. 12). Le public comprit qu'il n'avait pas été possible de ne pas tuer Concini (le « Te Deuin » des Béarnais, p. 45); et les juristes trouvèrent les justifications nécessaires (P. de Lancre, le Livre des princes, Paris, 1617, in-4°, p. 403).
2. Montpouillan, Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 25.
protesta qu'il l'étoit sans réserve. D'un air ambigu, Louis XIII ajouta « qu'il voyoit beaucoup de choses qui ne lui plaisoient point », et Luynes, présent, insinua que le maréchal d'Ancre « ne s'acquittoit pas bien de son devoir ». M. de Mesmes comprit : on lui demandait d'arrêter le maréchal, mais le maréchal, ne pouvant être mis en arrestation, il fallait, le cas échéant, le tuer; il répondit loyalement « qu'il avoit assez de courage et de moyens pour, non pas tuer le maréchal, ce n'étoitpasde sa profession, mais pour l'arrêter et lui faire son procès dès qu'il en auroit reçu l'ordre ». Louis XIII parut satisfait. L'entourage vit qu'il n'y avait rien à faire avec le lieutenant civil et n'insista pas ^
A ce moment, quelqu'un prononça le nom du marquis de Vitry. Nicolas de l'Hôpital, marquis de Vitry, capitaine des gardes du corps, était un diable d'homme « de peu de sens, dit le cardinal de Retz, mais hardr jusqu'à la -témérité ». Fort, robuste, portant beau, le visage mâle, la voix hardie, le geste prompt, il présentait un type accompli de soldat emporté, même violent : on le disait vaniteux; c'était à tout prendre un assez brave compagnon et très dévoué". Pour le rejoindre, M. de Luynes parla d'un « domestique » du roi attaché aux soins des oiseaux de Sa Majesté, Dubuisson, qui avait été autrefois de la maison du père de Vitry et avait conservé des relations amicales avec le capitaine des gardes. Par