Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p
LE COUP d'État du 24 avril 1617. 69
mains, comme folle. Les autres se taisaient. Un gentilhomme, M. de la Place, entra et hasarda qu'on ne savait comment annoncer à la maréchale d'Ancre l'événement. Marie de Médicis retrouva la parole pour répondre avec véhémence « qu'elle avoit bien d'autres choses à penser et que si on ne pouvoit lui dire la nouvelle, qu'on la lui chantât » ! Elle éclata, répétant en termes saccadés « qu'on ne lui parlât plus de ces gens-là, qu'elle le leur avoit bien dit! qu'il y avoit longtemps qu'ils dussent être en Italie » ! La veille au soir, encore, elle avait prévenu le maréchal que le roi ne l'aimait pas, qu'il ferait beaucoup mieux de s'en aller; mais il n'avait pas voulu, assurant que le roi lui faisait bonne mine. Maintenant, « elle avoit assez affaire d'elle-
même »
« Elle avoit assez afîaire d'elle-même! » Marie de Médicis comprenait que le coup était dirigé contre sa personne. Après seize ans d'indifférence et de sévérités, Louis XIII, devenu le maître, allait durement faire expier à sa mère son manque de cœur et ses faiblesses!
Le premier écuyer de la reine, M. de Bressieux, étant entré, Marie de Médicis le pria d'aller trouver le roi et de lui dire, de sa part, qu'elle désirait lui parler. Louis XIII répondit sèchement « qu'il avoit trop à faire, que ce seroit pour une autre fois » M II chargea le
i. Chaulnes, op. et loc. cit.
2. Chaulnes, Relation exacte, p. 459. Arnauld d'Andilly assure que Marie de Médicis fit dire au roi par M. de Bressieux que, « s'il eût fait entendre le sujet des mécontentements qu'il avoit contre le maréchal d'Ancre, elle eût été la première qui lui eût conseillé de faire ce qu'il avoit fait » {Journal, éd. Halphen, 1857, p. 28.3). Cf. S. Dupleix, Hist. de Louis le Juste, 1643, in-fol. p. 100. M. de Bressieux a écrit ce qui lui est arrivé le 24 avril (Anecdotes de la cour de France tirées de la bouche de M. du Vair, dans Mém. de Marguerite de Valois, éd. Lalanne, p. 327).
premier écuyer (Je déclarer à sa mère que dorénavant il était résolu « à prendre en main le gouvernement de l'État », qu'elle voulût bien ne plus s'en occuper; qu'il entendait « être le maître ». Provisoirement, il l'invitait « à ne bouger de sa chambre et de ne se mêler de rien ». Il verrait plus tard à ce qu'elle « se retirât » '. Une entrevue avec son fils, dans laquelle la mère retrouverait peut-être son ancien ascendant sur un enfant longtemps timide et craintif, était, pour Marie de Médicis, une dernière ressource. Elle demanda à M. de Bressieux de retourner près de Louis XIII et d'insister. Le roi répondit qu'il avait déjà fait connaître son sentiment. Une troisième fois, Marie de Médicis renvoya le premier écuyer. Louis XIII, impatienté, déclara à M. de Bressieux que, s'il le voyait une fois de plus, « il Penverroit en un lieu où il le trouveroit bien quand il le voudroit » M La régente, supplia alors la princesse de Conti de tenter la même démarche. Mais la princesse de Conti qui était venue en hâte de son appartement, ni habillée, ni coiffée, ne pouvait ainsi, « en jupon », se rendre dans les salles du roi pleines de monde. Elle eut l'idée de faire demander M. de Luynes. M. de Luynes vint : il s'agissait d'un sentiment personnel du roi, très excité;
1. Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis Le 2U avril, Paris, 1617, in-12, p. 4; Montpouillan, Mém., t. IV, p. 38. Marie de Médicis se considérera comme ayant été ■< honteusement chassée » le 24 avril (Extrait des raisons et plaintes que la reine mère du roi fait au roi son fils, Paris, 1619, in-12, p. 3). Louis XllI expliqua dans un document officiel « qu'il avoit supplié la roine noslre dite dame et mère de trouver bon que désormais il prît en main le gouvernail de son État afin d'essayer de le relever de l'extrémité où les mauvais conseils dont elle (la reine) s'étoit servie l'alloient précipiter » (Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, in-i2, p. G).