‹ Le roi Louis XIII à vingt ansChapitre 43 sur 345 · Ibid., et Chaulnes, Relation exacte, p · texte numérisé non relu

Ibid., et Chaulnes, Relation exacte, p

lement de la princesse déchue se trouvât complet. Le service d'honneur de celle-ci, fait par une compagnie de gardes du corps spéciale, portant les couleurs de la régente, fut supprimé et douze archers des gardes du corps du roi s'installèrent à l'entrée de l'appartement de Marie de Médicis, pour ne laisser pénétrer personne'. Des portes furent murées. Un petit pont jeté sur les fossés du Louvre faisait communiquer l'appartement de la régente avec le jardin du bord de l'eau; des Suisses vinrent l'abattre : le bruit des coups de hache, qui dura trois heures, fut lugubre-. On n'eût jamais cru que le roi pût se montrer aussi impitoyable ^ Il n'y eut de doute pour personne : Marie de Médicis était emprisonnée! Tout devait confirmer ce sentiment. L'ambassadeur d'Espagne, Monteleone, arrivant au Louvre et se dirigeant vers l'appartement de la reine mère, fut interpellé par Vitry : « Où allez -vous, Monsieur? Ce n'est pas là qu'il faut aller maintenant; c'est au roi^' » Les autres ambassadeurs venant solliciter de Louis XIII l'autorisation de présenter leurs hommages à Marie de Médicis

i. Dépêche de Tambassadeur vénitien du 24 avril 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 81): Pontchartrain, Méin., p. 388; Ghaulnes, Relation exacte, p. 4o9; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 284.

2. Ghaulnes, op. cit., p. 404; voir aussi Pontchartrain, .Wm., p. 388; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 280. Au dire de Mathieu de Morgues, on perquisitionna dans la chambre de la reine jusqu'à regarder sous son lit (M. de Morgues, les Deux faces de la vie et de la mort de Marie de Médicis, Anvers, 1643, in-4', p. 23; du même, Lumières pour Vhistoire de France, 1643, in-12, p. 46).

3. Bentivoglio est étonné de cette dureté {Lettere, 1863, t. I, p. 195) ; de mi-me, le résident florentin (Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 210). Un folliculaire traita Louis XUl de Néron (Galluzzi. Hist. du grand-duché de Toscane, t. VI, p. 164).

4. Ghaulnes, Relation exacte, p. 439. Monteleone raconte les événements en termes très brefs a Madrid (Arch. nat., K. 1473, n° 28).

LE COUP d'État du 24 avril 1617. 73

n'obtinrent qu'une réponse évasive : « J'aviserai'. » Le soir, tard, vers onze heures, par une porte dérobée^ le résident florentin, Matteo Bartolini, put accéder jusqu'à la reine détrônée : il la trouva accablée. Après avoir exprimé son étonnement qu'il eût pu arriver jusqu'à elle, la princesse éclata en sanglots : « Bartolini, aurais-tu jamais pensé me trouver en prison! » Et, parlant du roi qui refusait de la voir, qui interdisait à ses enfants de venir près d'elle, elle ajouta douloureusement : « Qui eût dit, quand je l'ai eu, qu'à l'âge de seize ans il procéderait vis-à-vis de moi comme il le fait! » Elle aimait mieux mourir que de rester en prison-. Le public parla de son incarcération définitive à Yincennes ou ailleurs. Tout au haut du Louvre, chez Léonora Galigaï, les choses furent plus expéditives. Léonora était dans sa chambre lorsque, par la porte ouverte, elle aperçut les gardes du corps qui venaient l'arrêter. Elle fut étonnée. Un garde lui expliqua qu'il y avait eu dans le Louvre une querelle avec Vitry et des coups de pistolet : « Comment, fit-elle, Vitry et des coups de pistolet dans le Louvre? C'est contre mon mari! » — « En effet, Madame, et il y de mauvaises nouvelles : M. le maréchal est mort! » — « Il a été tué? » — « Oui ! » — « C'est le roi qui l'a fait tuer? » — « Oui! » Elle parut profondément surprise, mais elle ne versa pas une larme. M. de la Place étant arrivé sur ces entrefaites, elle l'envoya à la reine pour lui demander sa protection. M. de la Place, qui savait

1. Bentivoglio, Letlcre, t. I, p. 202. Bassompierre, qui voulut aussi aller voir Marie de Médicis, re(,ut la même réponse [Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 124).

2. Dépêche de Matteo Bartolini, dans B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 172.

à quoi s'en tenir, s'adressa plutôt à la princesse de Conti, laquelle lui répondit qu'elle était désolée, « mais qu'elle avoit les bras trop faibles ». Mise au courant, Léonora désemparée, ramassa machinalement ses pierreries, les mit dans sa paillase, se déshabilla, se coucha', disant en pensant à la reine : « Pauvre femme! je l'ai perdoua-, » On vint ensuite la faire relever et habiller pour mettre ses pierreries sous séquestre, et, à la nuit, on l'enferma dans une chambre haute du Louvre. Elle continuait à paraître indifférente, convaincue d'ailleurs qu'elle allait être simplement reconduite à la frontière. Mais, du Louvre, elle devait aller à la Bastille, de la Bastille à la Conciergerie et de la Conciergerie à l'échafaud de la place de Grève ^ !

Les ministres de Concini s'évanouirent presque d'euxmêmes. Un des premiers mots de Louis XIII, recevant dans son appartement, puis, en raison de l'insuffisance de celui-ci, dans la petite galerie, — la galerie d'Apollon,

1. Ghaulnes, Relation exacte, p. 458. On envoya l'exempt La Chaussée et huit archers occuper la maison de Concini, sur le quai (Bibl. nat., Cinq Cents Golbert, 221, fol. 4 v").

2. Passage inédit de la Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 147 v°.

3. Nous avons le procès qui fut fait à Léonora et à la mémoire de Concini (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, collection Moreau 779; Arch. nat., X'^'' 979). Léonora se croyait sûre d'être relâchée; elle le répétait constamment au cours de son procès (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 237 r% 239 v°, .339 v°, 348 i"; cf. Fontenay-Mareuil, Méni.. p. 122). Elle poussa un cri « strident » en entendant qu'elle était condamnée à mort (amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 257). Mais elle mourut courageusement (Boitel de Goubertin, Hist. des choses plus mémorables de ce qui s'est passé en France, Rouen, 1620, t. II, p. 344; Mercure français, 1617, p. 231 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 320; B. Legrain, Décade, p. 419). Louis XIII, qui n'avait pas voulu être à Paris au moment de l'exécution (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 3.38), fut ému des détails et n'en dormit pas (Héroard, Journal, Bibl. nat., ms. fr. 4025, foi. 419 v"). Marie de Médicis parut aJîectée (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 381; amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 262).

LE COUP d'kTAT du 24 AVRIL 1617. 75

— le flot à toute minute montant des courtisans et des autorités qui s'empressaient de venir le féliciter, avait été « qu'il destituoit Mangot^ Luçon et Barbin »'. Il donna même l'ordre de les faire arrêter-. Barbin. à la première nouvelle de l'événement, accourant au Louvre, rencontra quelques amis qui lui conseillèrent prudemment de ne pas s'aventurer. Assez inquiet, il se rendit rue des Poulies, à l'hôtel Combault, l'écurie de Marie de Médicis, oij madame de Bressieux, la femme du premier écuyer, qui y habitait, le recueillit chez elle. Mangot, prévenu, vint le rejoindre. Richelieu, auquel on avait annoncé la nouvelle pendant qu'il faisait une visite à un recteur de la Sorbonne, s'empressa de venir en carrosse. Son premier mouvement, en apprenant qu'il était débarrassé de la tyrannie de Concini, avait été un mouvement de joie. 11 dit à Barbin, « le visag'e fort content », « qu'ils étoient maintenant en repos et à couvert ». — « Hé! Monsieur, fît Barbin, irrité de cet optimisme, vous moquez-vous de ne juger pas que le contre-coup de tout ceci tombera sur nous^? » Ils causèrent. 11 n'y avait rien à faire \ Pendant qu'ils échangeaient leurs impressions arriva une brigade d'archers qui, s'étant rendue à la maison de Barbin pour l'arrêter, ne l'y ayant pas trouvé

1. Chaulnes, Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 134 v». Cf. amb. vénitien, dépêche du 24 avril, Ibid., ms. ital. 1771, p. 81.

2. Et l'annonça aux provinces : « Nous avons fait arrêter sa femme (de Concini), ensemble ses susdits ministres » {Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, p. 6). Rohan dit que Richelieu fut en effet arrêté, ce qui n'est pas exact (iWm., éd. Michaud, p. 511).

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