Arnauld d'Andilly, Journal, 1837, p
4. Ils envoyèrent toutefois Braguelonne à Marie de Médicis. Bragueionne parvint, on ne sait comment, jusqu'à la reine. La reine répondit qu'elle ferait pour Barbin ce qu'elle pourrait, mais que pour les deux autres elle ne savait que dire (Chaulnes, Relation exacte, p. 460).
et informée qu'il était rue des Poulies, venait s'assurer de sa personne. Barbin fut ramené chez lui, oîi, sous ses yeux, deux commissaires chargés de cet office tirent un rapide inventaire de ses papiers; après quoi, il fut écroué au For-L'Evôque, ensuite à la Bastille; il sera plus tard jugé et condamné au bannissement perpétuels On n'arrêta ni Mangot ni Richelieu. Des gardes furent envoyés au premier, puis rappelés; on notifia au second l'ordre de ne pas sortir de chez lui : l'ordre ne le toucha pas et on ne le renouvela pas ^. Mangot, Barbin parti, se hasarda à venir dans la cour du Louvre, où il se mit à se promener seul, « mâchant quelque chose dans la bouche ». Finalement, il trouva quelqu'un qui consentit à aller demander au roi si Sa Majesté consentait à le recevoir. Louis XIII répondit par un refus, mais il lui fit prescrire de rapporter immédiatement les sceaux au Louvre. Mangot alla les prendre chez lui dans leur bourse fermée à clef, et, il lui fut permis de gagner la grande salle, oii il dut attendre que M. de Luynes vint chercher lui-même les sceaux; après
1. Pontchartrain, Mém., p. 391; Récit vcriLable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 4. Ses meubles furent saisis par un huissier du Conseil d'Etat (Bibl. nat., ms. fr. 18192, fol. 32 v°). Il sera condamné au bannissement le 30 août 1618 comme criminel de lèse-majesté (Bibl. nat., ms. Dupuy, 92, fol. 125 r": Arch. des Aff. étr., France 772, fol, 16 r°). Il se retira en Franche-Comté, à Besancon, alors terre étrangère, d'où il écrivit lettres sur lettres pour implorer sa grâce. Il sollicitait l'appui de Richelieu, invoquant « leur ancienne amitié », disant qu'il mourait de faim, n'avait pas un sol vaillant et était malade de la pierre (voir le dossier de ses lettres, Arch. des Aff. étr., France 775, fol. 119 r" et suiv.). Richelieu s'occupa de lui mollement. Déageant, plus généreux, intervint en sa faveur (lettre de Déageant à Richelieu, Arch. des Aff. étr., France 771, fol. 119 \"). On se heuTta à un refus de Louis XIII.
2. Bentivoglio, Lettere, 1803, t. I, p. 195 ; Mercure français, 1617, p. 200; Gaspart, Thrésor de Vhistoire générale de notre temps, Paris, 1623, in-8°, p. 200; du Hailian, Hist. générale des rois de France, Paris, 1629, in-fol., t. II, p. 738; Fontenay-Mareuil, Mém., p. 118.
LE COUP d'État du 24 avril 16I7. 77
quoi, on l'enferma jusqu'au soir, cinq heures, dans la chambre de Vitry, puis on le relâcha'.
Quant à Richelieu, très alarmé de la tournure que prenaient les événements, il vint aussi au Louvre. Chacun s'écartait, faisant semblant de ne plus le connaître-. Il monta, parvint, pressé dans la foule, jusque dans la petite galerie. Dès qu'il l'aperçut, Louis XIII lui cria avec colère : « Eh bien, Luçon, me voilà hors de votre tyrannie! » Et, comme l'autre balbutiait : « Allez! Allez! ôtez-vous d'ici! » Dans un remous, Richelieu put s'approcher de Luynes et, brièvement, lui rappela ce qu'il lui avait fait dire naguère par M. du Pontde-Courlay touchant sa fidélité et ses ofTres de services. Luynes consentit à glisser quelques mots au roi qui, radouci, se tournant alors vers le prélat, lui dit, que, comme évèque et conseiller d'État, il pouvait rester, mais qu'il lui retirait sa charge de secrétaire d'Etat pour la rendre à M. de Villeroy et qu'il lui commandait d'aller prendre ses papiers afin de les porter au nouveau ministre qui tenait conseil dans le cabinet des livres ^ Richelieu s'exécuta. Quand il parut à la porte du conseil, Villeroy, se leva vivement et le pria de sortir. Richelieu mortifié, demeura quelque temps derrière la porte à causer avec
1. Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 290; Chaulnes, Relation exacte, p. 460.
2. Lettre de Tantucci à Richelieu, du 21 février 1619, Arch. des AIT. étr., France 771, fol. 57 r».
3. Richelieu dit dans ses Mémoires (t. I, p. 156) qu'il a été très bien reçu par Louis XIII et il l'a raconté, le lendemain du 24 avril, au nonce (Bentivoglio, Lettere, 1803, t. 1, p. 195). Par contre, Chaulnes (Relation exacte, p. 461), Brienne (Mém., p. 12), B. Legrain (Décade, p. 391), C. Bernard [Hist. de Louis XIIL t. I, p. 79), assurent qu'il a été mal accueilli. On voit par Pontchartrain (Mém. p. 387) et Chaulnes (op. et loc. cit.) que les deux versions sont exactes, mais successives et telles que nous venons de le dire.
M. Miron, afin d'avoir une contenance; il parlait avec animation de Goncini, qu'il traitait maintenant de « pendard » '.
Les secrétaires d'Etat du maréchal d'Ancre destitués, Louis XIII ordonna qu'on mandât au Louvre les anciens ministres renvoyés il y avait quelques mois : des gentilshommes allèrent trouver Villeroy, Jeannin, du Vair, Brulart de Sillery et les ramenèrent. En recevant le vieux Villeroy, serviteur déjà de tant de règnes, le jeune prince l'emhrassa : « Mon père, lui dit-il, je suis roi, à présent, ne m'abandonnez point'! » Il les pria tous d'aller tenir conseil avec ses secrétaires, MM. de Gesvres, Charles de Loménie, de Sceaux, Pontchartrain, Chàteauneuf, dans son cabinet des livres, afin de prendre les mesures que nécessitait la situation et de décider des déclarations et dépèches à envoyer ^ Déageant, qui avait tout rédigé d'avance, fut admis aux délibérations*. On allait, par l'intermédiaire de l'introducteur des ambassadeurs, M. de Bonneuil, notifier officiellement aux envoyés étrangers que la régence était finie, que le roi avait pris le pouvoir, et, par une circulaire, informer les gouverneurs de provinces, les parlements
1. Passap,e inédit de la Relation exacte de Cliaulnes (Bibl. nat., ms. Dupuy 661, foi. 137 r"). Riclielieu avoue avoir été éconduil du Conseil par Villerov [Méin., t. I, p. 157).
2. Pontcliartrain, Mém., p. 387; letlre de Boucher de Guiileville, dans J. Doinel, Concini, récit de sa mort, p. 6. Cf : Béjouissance de la France sur Vélection et rétablissement de Monseigneur du Vair, Paris, 1617, in-12. Les lettres patentes rétablissant chacun des anciens ministres ne sont datées que du 30 avril (Arch. des AfI. étr., France 771, foi. 103 r" et suiv.).
3. Le cabinet des livj-es est dans le pavillon du roi au Louvre (Héroard, Journal, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 358 r°); ses fenêtres donnent sur la cour (Ibid., 305 r°).