Richelieu le dit lui-même (iVe'm., t. I, p
et toutes les autorités de ce qui venait de se passer ^ Le peuple de Paris l'avait su immédiatement. Le premier bruit qui s'était répandu dans la ville avait été qu'il venait d'y avoir un éclat au Louvre et que le roi était tué ou blessé. Les boutiques se fermèrent, la foule envahit les rues, se portant vers le Louvre, au palais. Sous le coup de l'émotion générale, les chambres du Parlement levèrent l'audience et les présidents s'assemblèrent au bureau des eaux et forêts afin de délibérer-. Du Louvre, le Conseil, prévenu, envoya dans Paris les enseignes et exempts des gardes du corps à cheval, accompagnés d'archers, criant partout « Vive le roi! Le roi est roi! » et le colonel d'Ornano fut chargé d'aller sans larder au palais rassurer les esprits ■'. L'allégresse succéda immédiatement à l'inquiétude. De toutes parts on accourut au Louvre, ceux qui y avaient accès s'empressant d'aller complimenter Louis XIIL
Et ce fut au château le plus extraordinaire encombrement. On s'étouffait aux portes, on avançait à peine dans les escaliers; la circulation était impossible à travers les salles ^ Au milieu de la petite galerie, le roi, pressé' par la foule avide de le voir, avait pris le parti, afin de se dégager, de monter sur le billard. Bien qu'un peu pâle et
1. Bibl. nat., amb. vénitien, ms. ital. 1771, p. 84; Lettre du roi aux (jouveriteurs de ses provinces, Paris, 1617, in-8", 12 p. Cette circulaire fut traduite en allemand sous le titre de : Der koniglichen Majestcit in Franckrcich Ludwigs des dreizenhenden an aile Ofjlcircr der Kron Franckrcick Erklnrung, in-4''. Voir encore la lettre envoyée à M. de Béthune, ambassadeur à Rome (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 62), et d'autres du même genre {Ibid., ms. fr. 2.3862, fol. 197 r").
2. Richelieu, Mém., t. I, p. 156; Mercure françois, 1017, p. 199.
3. Chaulnas, Relation exacte, p. 460; registre du conseil du Parlement, cité par II. de Crèvecœur, Un document nouveau sur la succession de Concini, p. 5; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 266.
4. Arnauid d'Andilly, Journal, 1857, p. 283; Pontchartrain, Méin., p. 388.
les traits tirés ', Louis XIII était tout à la joie de sa délivrance. Il répondait avec empressement, ne dissimulant pas son bonheur, tantôt les larmes aux yeux, d'émotion, tantôt ne pouvant s'empêcher de rire de satisfaction, au point qu'il devait mettre sa main devant la bouche afin d'atténuer ce que cette hilarité avait d'excessif-. 11 embrassait ceux qu'il connaissait. A tous, il répétait : « Maintenant, je suis roi ! Oui, Dieu soit loué, me voilà roi ^ ! » Et, aux mots aimables qu'on lui disait, il répondait avec fermeté et présence d'esprit : « L'on m'a fait fouetter des mulets dix ans durant aux Tuileries; il est temps, maintenant, que je fasse ma charge. » Au président Miron, qui le félicitait d'avoir eu l'énergie d'agir, il répliquait : « J'ai fait ce quejedevoisM » Il s'entretint longtemps avec la délégation du Parlement, le premier président, M. de Verdun, les présidents d'Ons-en-Bray et Lescalopier, un certain nombre de conseillers : « Je veux que vous me voyiez tous », leur disait-il, et chacun défilait devant lui, lui serrant la main. « Servez-moi bien, je vous serai bon roi'. » Il raconta à M. de Verdun les détails de ce qui s'était passé. Ce qui