LB PREMIER MOUVEMENT
— Madame, commença la jeune fille, en s*adressant k Eulalie, je n'ai pu voir, sans en être sincèrement émue, la triste situation de la pauvre femme que vous avez recueillie si charitablement. Aussi je venais vous proposer, si cette charge est trop lourde pour vos ressources, de vous remplacer auprès d'elle.
— Me remplacer I s'écria Eulalie qui parut tomber du ciel. De quel droit? Dans quel but?
— Afin de faire donner à cette malheureuse les soins que réclame son état. '
— Ça c'est vrai, avoua franchement Eulalie. J'aurais dû le faire, mais je n'étais pas assez riche. Dame 1 elle nous coûte déjà gros, la pauvre folle!
— C'est ce qui m'avait fait espérer qu'en vous dédommageant d'une partie de vos dépenses, vous consentiriez à m'accorder ce que je suis venue vous demander. Malheureusement, je ne suis pas riche non plus. Je gagne ma vie, comme vous, et la somme dont je pourrais disposer est bien peu de chose...
— Combien? fit Eulalie avec un peu d'impatience.
— Je n'ai que cent francs, madame... ^it timidement Gabrielle, mais si vous les voulez je les ai sur moi...
— Cent francs! se récria la saltimbanque. Non. A ce prixlà, c'est impossible. Ecoutez donc, je m'y suis attachée, moi, à cette créature. Aussi je ne songe pas à m'en séparer. J'aurais peut* être consenti à vous la confier, si la somme en avait valu la peine, parce que, avanl tout, je suis pauvre et j'ai de la famille, mais je me le serais reproché toute ma vie.
— Songez, insista Gabrielle, qu'on peut guérir cette femme, et que ce sera également pour vous un remords de vous être opposée à ce qii'elle recouvre la raison.
— Je ne vous dis pas non, mais je suis sûre qu'elle sera heureuse et tranquille tant qu'elle sera près de moi.
— Croyez-vous qu'elle le sera moins auprès de moi? fit la jeune fille avec vivacité.
— Mon Dieu! vous êtes une jeunesse, vous, mon enfant, répliqua Eulalie avec bonhomie. Vous devez avoir quelque part, dans un coin de votre cœur, un beau jeune homme que vous aimez, que vous épouserez...