LE PREMIER MOUVEMENT
— Gabrielle s'approcha d'elle.
— Que faites-vous là ? demanda-t-elle de sa voix la plus douce.
L'infortunée releva la tête et considéra la belle jeune fille avec surprise.
— Voulez-vous venir avec moi? demanda Gabrielle en lui prenant la main.
La folle se laissa faire, mais ne bougea pas.
— Vous ne voulez donc pas que je vous conduise vers lui? murmura l'enfant à son oreille.
Cette fois la malheureuse tressaillit.
— // est mort, répondit-elle. ^
— Mais non, il vit, insista Gabrielle.
La pauvre femme se leva comme mue par un ressort.
— Où est-t7? dit-elle avec égarement.
— Donnez-moi la main et suivQz-moi. Dans une heure vous le verrez,
La folle avait dépouillé son masque d'immobilité. Ses yeux s'étaient animés, ses lèvres ébauchaient un sourire.
Gabrielle lui prit la main et l'entratna doucement. La folle ne résista plus et sortit de U baraque avec son guide.
— Ah ben! vous avez d'ia chance! grogna Polyte, moi, je n'ai jamais pu en rien faire.
Il les regarda s'éloigner d'un air satisfait. Mais tout à coup ses sourcils se contractèrent. Il parut éprouver un remords ou un regret.
— Lalie avait raison, fit-il. Cent francs! ce n'est guère... Y aurait p't'étre moyen... plus tard... On peut pas savoir... J'vais suivre c'te jeunesse à tout hasard.
Alors se tournant vers ses deux enfants stupéfaits :
— Gardez la boutique, vous autres! ordonna-t-il brutalement.
Et il s'élança sur les pas de Gabrielle.