‹ Le roi misèreChapitre 23 sur 98 · LE CHATJSAU DS M. ARTHUR · texte numérisé non relu

LE CHATJSAU DS M. ARTHUR

n'impatienta plus René. Encore un peu il Taurait trouvé familier.

L'enchantement auquel il cédait se dissipa momentanément. Levé depuis cinq heures du matin, il était à jeun quand il se oût à table. Il déjeuna donc de grand appétit et trouva la chère exquise, ce qui lui fit juger qu'en gourmandise, comme en art, Vhôte de céans était un délicat.

Au dessert, il fit prier Tintendant de se rendre auprès de lui. •

Le vieillard resta debout et protesta par un geste respectueux contre Tinsistanco de l'artiste qui, de la main, Tinvitait à s'asseoir.

André, discrètement, les laissa seuls.

L'intendant s'informa de suite si le repas avait plu à René, si le vin était de son goût. Celui-ci l'assura aincèrement qu'il ne souhaitait rien de mieux.

— Maintenant, poursuivit^il, il est urgent que je m'informe auprès de vous.

— Je suis à vos ordres, dit le vieillard.

— Verrai-je votre maître ?

— Je ne le crois pas, répondit l'intendant d'un air qui si-* gnifiait : ne Tespérez pas.

— Bien ! fit René un peu désappointé. Alors qui m'indi* quera ce que ja dois faire ici ?

— Ce sera moi, si vous le permettez,

— Soit! Votre maître vous a donc donné ses instructions?

— En partie, oui, monsieur. D'ailleurs, a-t-il ajouté, il s'en rapporte surtout à votre goC^t.,.

— Il vous l'a dit î

— Oh! non, monsieur. Il me Ta écrit.

— Mais ses instructions, il vous les a sans doute données de vive voix?

•— Pas davantage.

*- Ah ! fit René déconcerté, Avez-vous gardé le papier sur lequel elles sont consignées?

— Assurément.

— Les avez*vous sur vous ?

— Oui, monsieur.

— Vous est^l défendu de me les communiquer?

— Je n'ai reçu aucun ordre à cet égard.

— Dans ce cas, veuillez m'en donner connaissance, je les comprendrai mieux que si vous tentiez de me les expliquer.

— Je doute que vous puissiez les lire, dit le vieillard qui sourit en lui remettant cet écrit. J'ai été longtemps moi-même à trouver la clef de ces hiéroglyphes.

En effet, le peintre y jeta les yeux, mais ne vit guère que du blanc et du noir. Les caractères hauts, longs, pointus, n'étaient pas reliés entre eux par le moindre délié. Ce n'était pas une écriture tremblée, tracée par une main caduque, mais on aurait dit que le bras qui avait dirigé la main avait la fièvre, et ne pouvait pas se poser tranquillement sur le papier.

— C'est vrai, avoua René, je suis incapable de déchiffrer ce grimoire. Il faut que je me contente de vos explications verbales. Parlons d'abord des restaurations...

— Je me contenterai de vous les indiquer, répondit l'intendant. Vous êtes meilleur juge que moi en pareille matière. Quant au panneau que vous devez faire, l'emplacement qu'il occupera était autrefois caché par une large et haute armoire de chêne, que mon maître a fait transporter dans l'office. A cet égard seulement, il m'a chargé de vous exprimer son désir.

— C'est donc un sujet de son choix qu'il s'agirait d'exécuter? demanda l'artiste.

— Non, monsieur. En cela, comme en tout, mon maître s'en rapporte à vous. Tout ce qu'il vous demande, c'est, avant de le commencer, de vouloir bien déposer le soir dans la bibliothèque l'esquisse que vous aurez préparée. Le lendemain matin il vous sera loisible de la retirer, et de prendre ou non en considération lès observations qui y seront jointes, s'il y a lieu.

— Fort bien, approuva René. Veuillez me faire voir quelles restaurations me sont confiées, quel panneau je dois remplir, et surtout dans quelle partie du château je puis me risquer sans indiscrétion.

— Ayez la bonté de me suivre, fit le vieillard avec une condescendance inaltérable.

Le jeune peintre se leva avec empressement. D'après ce

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