‹ Le roi misèreChapitre 25 sur 98 · LB CHATEAU DE M. ARTHUR · texte numérisé non relu

LB CHATEAU DE M. ARTHUR

— Monsieur désire-t-il faire aujourd'hui une promenade en voiture ? Doîs-je donner l'ordre qu'on attèle?

— C'est inutile, je vous remercie. Je vais faire un tour de parc, si cela m'est permis.

— Non-seulement cela est permis à monsieur, mais j'ai ordre de lui offrir un fusil et un chien, si cela lui convient. Outre les taillis qui entourent le château et qui foisonnent de lapins, monsieur trouvera dans le haut du parc une belle plaine, du lièvre, du perdreau, et, le long du ruisseau qui traverse .la propriété, des poules d'eau, quelquefois des hérons...

— Je vous sais gré de ces détails, mais, pour aujourd'hui, je me contenterai d'une simple promenade à pied. Quelle est donc la contenance superficielle du parc?

— Cinq cents hectares environ.

— Diable ! sourit René, j'aurai soin de ne pas suivre le mur d'enceinte.

A ces mots, il traversa le vestibule, descendit le perron, et s'avança au hasard dans la première allée qu'il rencontra.

Depuis une heure- il errait à l'aventure, lorsqu'il aperçut un garde qui se dirigeait de son côté. Il poursuivit sa route. Au moment où il passait près de lui, le garde le salua.

— Parbleu! pensa René, cet homme ne me connaît pas. Je suis arrivé depuis ce matin et n'ai pas mis le pied dehors!

— Tiens ! fit le garde au même instant, monsieur n'a donc ni chien ni fusil? monsieur n'est donc pas chasseur?

— ^ Je le suis... à l'occasion, répondit l'artiste, mais fort maladroitement, j'en conviens.

— Oh ! il y a de quoi faire ici ! Le jour que monsieur voudra m''lndiquer, je me charge de lui faire tirer assez de lapins ou de lièvres au gîte pour qu'il n'en manque pas beaucoup.

— 11 y en a donc énormément?

— 11 n'y en a que trop. Ils mangent presque toute la récolte. .

— Votre maître ne chasse donc jamais?

— Mon maître ! s'écria le garde, je ne l'ai jamais vu.

— Qui donc vous a donné votre place?

— C'est M. Breton.

— Et qu'est-ce que M. Breton?

^0 LE ROI MISÈBB

— L'intendant de M. Arthur. Vous ne saviez donc pas son nonj?

— Ma foi non ! mais vous, vous savez donc qui je suis?

— Pardine ! vous êtes le monsieur de Paris.

— Et comment vous nommez-vous?

— Pierre Denis, pour vous servir.

— Eh bien! Pierre, venez me prendre au château demain matin à six heures, vous ferez mon apprentissage.

— Monsieur me trouvera au bas du perron, dit le garde en s'éloignant.

Après deux heures de marche, René revint au château. Sur-le-champ il chargea sa palette et se mit à ToBuvre.

L'intendant arriva et le regarda faire pendant quelques minutes.

— Monsieur trouve-t-il le jour suffisant? demanda-t-il.

— Oui, pourquoi ?

— C'est que mon maître avait ordonné qu'en cas de besoin, on construisit dans le parc un atelier en planches, que monsieur aurait fait éclairer de la façon qu'il aurait voulu.

— C'est inutile, répondit le peintre. Ces fenêtres sont d'une telle hauteur que le jour est admirable, et, à moins qu'on ait besoin de cette pièce...

— Pourquoi faire? demanda naïvement le vieillard. — j Est-ce que votre maître n'y prend pas ses repas?

— Jamais.

— C'est différent, dit René, qui n'osa pas insister.

M. Breton se retira aussitôt, et l'artiste continua de travailler jusqu'à la nuit.

Le lendemain matin, à six heures, exact au rendez-vous, le garde l'attendait. Il tenait en laisse un superbe setter écossais au poil noir, long et soyeux.

Dès que René parut, Pierre lui tendit un fusil brisé de Marquis et une cartouchière.

Avant déjeuner, l'artiste, qui ne s'était pas vanté en se <j^' donnant comme un maladroit, avait brûlé cinquante cartouches et tué une dizaine de pièces. Le jeu lui plut. Au bout de huit jours , grâce aux conseils de Pierre , il tirait passablement et dédaignait les lièvres ou les lapins en forme. Quant aux perdreaux, il commençait à les descendre assez proprement.

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