QUEL HOMHB ÉTAIT LB BOI MISÈRE
de mire de toutes les beautés à prix fixe qui faigjiit partie de la réunion. Cherville, qui tenait à lui faire les honneurs de la maison, lui nomma chaque femme Tune après Tautre, et lui détailla leurs beautés les plus secrèles.
Cette nomenclature décolletée fit sourire René, dont Foeil distrait se reposait sur les différents objets qui garnissaient Fatelier.
Cet atelier ne ressemblait guère à celui du pauvre artiste. Partout, le long des murs, étaient accrochés des objets cu-^ rieux, dont quelques'-uns avaient un mérite et une valeur réelle. Le lustre qui pendait du plafond^ les appliques de cuivre repoussé, dataient du seizième siècle. Les bougies dont ils étaient garnis dardaient leur lumière brillante sur les panoplies, les bronzes, les faïences, les porcelaines, et éclairaient quelques belles peintures.
Tout cela était bien un peu péle-méle, mais on pouvait mettre ce désordre sur le défaut d'emplacement. Dans tous les cas, cet intérieur respirait un bi^n-étre voisin de la richesse.
Pourtant, au bout d'une heure, René fut rassasié de ce spectacle. II se dirigea vers la porte, dont il allait franchir le seuil quand Cherville l'arrêta.
— Où allez- vous donc ? demanda-t-il.
— Je rentre chez moi. Je vous l'ai dit, il faut que demain matin, & six heures, je sois sur pied.
— Je regrette que ma soirée tombe si mal à propos pour vous, mais puisque je ne saurais réparer cette maladresse involontaire, permettez-moi d'en profiter jusqu'au bout. Qu'allez-vous faire chez vous?. Vous coucher? Soit, mais vous ne dormirez pas. Or, est-il un supplice pareil? Pour moi, je n'en connais pas. Donc de deux maux choisissez le moindre. Dans une petite heure on va souper, restez avec nous.
Ce Cherville n'était vraiment pas méchant. Il joignit [k sa prière une physionomie si désappointée, si suppliante, que René céda. Il sentait que son ' hôte avait raison et qu'il ne fermerait pas l'œil de la nuit.
Il alla s'asseoir à l'écart dans la première pièce, et se mêla à un groupe de jeunes gens, moins forcenés que les autres
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sur. la danse. Là, il entendit sans sourciller une foule de platitudes et deux ou trois choses sensées.
La musique avait cessé. Dans Tatelier on avait dressé sur deux trétaux une espèce de table, faite de trois planches juxtaposées qu'on couvrit d'une nappe, et sur laquelle on mit le couvert. Tout le monde y concourut avec empressement. Aussi, en quelques minutes, le souper fut servi, et chacun prit, place au hasard, sauf les quelques personnes que Cherville désigna pour occuper les places d'honneur.
Parmi celles-là, juste en face de l'amphitryon, René occupait le milieu de la table, en dépit de ses refus réitérés.
Le repas ne se composait absolument que de viandes froides et de pâtisseries. 11 n'était pas somptueux et n'affichait aucune prétention, et cependant il n'y avait pas un de ces trente jeunes visages qui ne fût épanoui et disposé à la gaieté.
Aciatole Delaunay, qui se trouvait relégué au bout de la table, n'avait cessé de protester pendant toute la durée du souper. Le hasard l'avait placé entre deux jeunes gens.
— Comme c'est gai I murmurait-il. Pas de femme l
Les convives ne se piquaient précisément pas d'une grande austérité de mœurs. Leurs lèvres effleuraient de temps en temps le cou de leur voisine. Quand arriva le Champagne, ces indiscrétions devinrent plus fréquentes et plus prolongées. Quelques-uns même insistèrent...
Anatole n'y tint plus.
— Eh lia bas I cria-t-il. Doucement, je n'ai pas de femme, moi!
— Vas en chercher une, riposta Cherville.
— Tiens! c'est une idée. C'est dommage qu'il soit si tard...
— Il n*y a pas d'heure pour les braves. . .
— Au fait. . . pourquoi pas? fit Anatole en se levant. Il avait la face enluminée, l'œil brillant.
— Tu es gris, lui dit Cherville. Achève-toi tranquillement dans ton coin et laisse-nous causer.
— Non, se défendit le jeune fou, je veux une femme, je l'aurai.