‹ Le roi misèreChapitre 47 sur 98 · QUI ETAIT LE BARON RAOUL DE SAN6Y · texte numérisé non relu

QUI ETAIT LE BARON RAOUL DE SAN6Y

M. de la Vigerie s'arrêta et porta la main à sa poitrine, comme pour étreindre une douleur. Evidemment ce récit le fatiguait beaucoup.

Quand à M. Arthur, sous la cagoule qui recouvrait son visage, on ne pouvait pas deviner, ainsi que sur les traits du baron, quelles émotions il ressentait. Il conservait la même position renversée, gardait un silence obstiné et une immobilité presque absolue.

Le seul geste qui lui échappât, aux passages les plus dramatiques de cette histoire, c'était d'étouffer avec la main droite la toux opiniâtre qui s'était emparée de lui depuis le commencement de ce récit. Du reste, à n'en pas douter, il s'y intéressait vivement, car il n'avait pas eu la moindre distraction, et n'avait pas quitté des yeux le baron.

— Vous excuserez le trouble auquel je suis en proie, reprit courageusement M. de la Vigerie, quand vous saurez que j'ai connu chez la comtesse les acteurs de ce drame teï rible, et que Raoul de Sangy, de qui je tiens tous ces détails, était mon ami le plus intime.

M. Arthur ne bougea pas. Il ne trouva pas un mot de sympathie ou de consolation pour cette douleur, dont le temps et la volonté n'avaient pas eu la force de triompher.

— Aussi bien, poursuivit le baron, je n'aurai plus de ces défaillances, car Raoul n'est pour rien dans l'iufamie qu'il me reste à vous dévoiler.

Lorsqu'il aperçut, gisant sur le sol et sanglant, celui qu'il haïssait de toute son âme, il perdit la tête, s'enfuit et se réfugia dans la ville voisine. Il croyait avoir tué son adversaire, mais il n'était pas certain que celui-ci fût mort sur le coup, et il avait tout à redouter de sa vengeance. Pendant huit jours.

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