‹ Le roi misèreChapitre 49 sur 98 · QUI ÉTAIT LE BABON RAOUL DE SANGY · texte numérisé non relu

QUI ÉTAIT LE BABON RAOUL DE SANGY

exacte et complète a été dressée de toutes les mères qui se sont embarquées au Havre pour TAmérique, à Tépoque précisée par les souvenirs de son fils adoptif. Cette liste que celui-ci m'a communiquée, j'en ai pris la copie, je l'ai sur moi, la voici, et j'y trouve — hasard étrange , avouez-le — la mention que jadis j'avais relevée moi-même : « La marquise de Maurecourt et son enfant. »

En disant ces mots, le baron de la Vigerie élevait entre le pouce et l'index la liste dont il parlait.

M. Arthur s'avança et étendit le bras avec le désir évident d'y jeter les yeux, mais le baron la retira lestement.

— Non pas, dit-il d'une voix grave. Sur ce papier figure le nom véritable de la marquise. 11 est le seul qui s'y trouve accolé au titre qui lui appartient et que je lui ai conservé. Je n'ai pas le droit de vous le faire connaître encore.

De tout ce que je viens de vous dire, je n'ai pas ouvert la bouche à René. Mes convictions ne sont pas suffisamment assises, ses propres calculs sont trop vagues. Je n'ai pas osé lui faire part de mes soupçons et jeter le trouble dans son âme, pour n'aboutir peut-être qu'au désespoir, ou, tout au moins, à un désenchantement plus cruel que Tignorance dans laquelle il vit de son origine.

Mais j'ai été le confident de ce drame lugubre, et j'ai résolu de réparer le mal que l'injustice d'un homme a commis. Je suis seul, je n'ai plus de famille, hélas! je me dévouerai, s'il le faut, à cette œuvre de réhabilitation, je rendrai son nom à ce fils déshérité, et si la pauvre Cécile a succombé, du fond de l'éternité dans laquelle elle s'est endormie, la martyreine saura gré d'avoir rendu à son fils un titre et une position qu'il a le droit de revendiquer le front haut.

— Ainsi vous n'avez aucune preuve que ce René Dorval soit le fils du prétendu marquis de Maurecourt ? demanda }^ Arthur en se rapprochant du baron.

— Aucune, je vous l'ai dit, mais je m'en procurerai.

— De quelle façon ?

— Je ne le sais pas moi-même, répondît M. de la Vigerie, je n'ai pas eu le loisir de m'en occuper. Je ne suis maître de ce secret que depuis deux jours à peine, mais tout ce qu'il sera humainement possible de faire, je le tenterai* Pour

m'aider dans celte tache difficile, un seul homme pourrait me seconder . . .

— Lequel?

— Le marquis lui-même, s'il vit encore.

— Connaissez-vous sa retraite ?

— J'ignore même s'il est moçt ou vivant.

— Ah I dit M. Arthur en se rejetant dans son fauteuil et en affectant une indifférence glaciale. En effet, c'est une tâche difficile. >/

— Oh! j'en viendrai à bout, fit le baron avec force. N'est-ce pas mon intérêt? ne m'a-t-il pas ravi ma fille ?

— Que dites- vous I Ce Raoul, dont vous me parliez tout à l'heure, c'était donc vous? dit précipitamment M. Arthur.

Le baron se mordit les lèvres et garda le silence pendant quelques instants.

— Eh bien ! oui, avoua-t-ïl en un éclat de voix déchirant. Cet amant malheureux, ce père plus malheureux encore, c'est moi. Pourquoi le cacherais-je? Y a-t-il rien dont j'aie à rougir? Croyez- vous que j'aie assez souffert ? Et comprenezvous pourquoi je veux retrouver M. de Maurecourt ? C'est que par lui seul je puis arriver jusqu'à ma fille.

— Ne l'avez-vous donc pas recherchée à l'époque où elle vous fut enlevée?

— Vous me demandez cela 1 s'écria M. de la Vigerie que ce doute blessa cruellement. Ah! Dieu m'est témoin que j'ai vainement, dans ce but unique, dépensé mon argent, mon temps, mes forces. Mais le marquis se' doutait certainement que je n'épargnerais rien pour y parvenir ; il a si bien pris ses précautions, que mon activité s'est brisée contre sa haine.

— Supposez-vous donc que vous ayez aujourd'hui plus de chances de réussir? interrogea froidement M. Arthur.

— Oui, si cet homme vit encore, affirma le baron. Dixsept ans écoulés ont dû l'assurer de l'impunité. Peut-être n'est-il plus sur ses gardes. Et puis l'âgé est venu. Sa douleur a eu le temps de se calmer, sa haine doit être moins vivace.

— Je le souhaite pour vous, dit sèchement M. Arthur,

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