‹ Le roi misèreChapitre 50 sur 98 · QUI ETAIT LE BARON RAOUL DE SANQY · texte numérisé non relu

QUI ETAIT LE BARON RAOUL DE SANQY

mais je vous ferai observer que nous nous sommes singulièrement éloignés de l'objet de votre visite.

— Je ne m*en suis pas écarté d'une ligne, répliqua M. de la Vigerie. Vous m'avez demandé des renseignements sur René Dorval, je vous les ai donnés...

— Bien, l'interrompit le pénitent ; mais ces renseignements n'en sont pas. Loin d'être une explication, ils sont au contraire un obstacle au mariage que vous aviez projeté, de concert avec mademoiselle Lancray.

— Pour le moment, vous avez raison ; mais si je découvre la vérité. ..

— Je n'y crois guère, fit M. Arthur en secouant la tête avec incrédulité. Or, Caroline d'Érigny, que je protège uniquement parce que j'ai connu son père, n'a pas de famille, pas de parents, pas d'amis^ mais elle porte un nom honorable, qui lui appartient, qu'elle ne peut pas mésallier avec l'obscurité, ou, si vous le préférez, l'aristocratie fort contestable de M. Dorval. Le reconnaissez-vous, M. de la Vigerie, vous qui vous montrez si sévère envers les autres en fait d'honneur et de probité?

Le baron releva la tète. Il y avait dans cette dernière phrase une nuance d'ironie amère. Il regarda en face le pénitent, mais que lire sur ce masque de bure qui lui dérobait les traits de l'inconnu?

— Je suis de votre avis, dit-il. C'est précisément pour cela que j'ai tenu à vous fournir ces explications, convaincu que je m'adressais à un honnête homme, incapable de trahir la confiance que je lui -témoignai s.

— Oh! quant à cela, je vous le jure ! répondit M. Arthur d'une voix solennelle.

— Donc, reprit le baron, restons-en là pour aujourd'hui. Seulement, avant de me retirer, je serais heureux d'emporter d'ici la promesse que je suis venu chercher.

— Quelle promesse?

— C'est qu'avant un mois vous ne disposerez pas en faveur d'un autre de la main de mademoiselle d'Érigny.

— J'y consens, fit M. Arthur en se levant.

Le baron de la Vigerie salua profondément et se retira. Tout un monde de pensées nouvelles l'assaillit quand il se

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vit au grand jour, en pleine lumière. Songeant à ce personnage mystérieux devant lequel il s'était trahi ; auquel, dans un mouvement d'élan paternel, il avait ouvert son cœur et confessé sa vie entière, il se demanda s'il n'avait pas été imprudent, et si cet homme ne pouvait pas abuser du secret dont il était devenu le confident.

Il se rassura promptement, quand il se rappela que M. Arthur vivait dans une solitude claustrale,, au seuil de laquelle devaient expirer les bruits et les passions d'un monde auquel il avait renoncé.

Le soir même, René recevait du baron la lettre suivante :

€ Mon cher René,

a Ne soyez pas inquiet. N'agissez pas, ne vous engagez à rien avant mon retour. Je m'occupe de vous.

« Baron de la Vigerie. »

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