COMMENT FUT ACCUEILLTB LA DEMANDE DE RENÉ
tent de savoir quels déchirements ont brisé mes forces? Que voulez-vous encore?
Faut-il vous dire que je me punis mille fois plus que vous en fuyant de mon plein gré les horizons ensoleillés que j'avais entrevus, que je vous aime, que je souffre, que je mourrai peut-être de douleur, loin de vous, obligée de fuir votre présence, d'éviter vos regards. Ah! Dieu sait, lui qui m'entend, que je préfère la mort aux tortures qu'il m'inflige. Qu'elle vienne, cette mort! Qu'elle vienne donc! Je l'attends.
L'exaltation, qui peu à peu s'était emparée de Gabrielle, s'éteignit tout à coup. Un déluge de larmes se fit jour à travers ses paupières; un hoquet convulsif s'échappait de son gosier, tandis que les sanglots soulevaient sa poitrine oppressée.
Oubliant les odieuses révélations que lui avait faites Anatole, René, transporté, radieux, se laissa tomber aux genoux de la jeune fille et couvrit de baisers sa main pâlie.
— Vivez, Gabrielle! suppliait-il, pour inoi, pour vous, pour votre bonheur, pour votre père !...
11 perdait la tête ; il aurait invoqué tous les saints du paradis. Ses lèvres ne se détachaient pas de celte main qu'on lui abandonnait sans songer à la reprendre.
Gabrielle se sentait défaillir. Un instant de faiblesse allait la livrer sans défense aux transports de celui qu'elle aimait... Elle en eut conscience et se leva, forte et résolue.
— Non, dit-elle énergiquement, en repoussant René par un mouvement nerveux, je ne faiblirai pas.
Elle fit au hasard quelques pas dans l'atelier, uniquement pour dissiper l'ivresse des sens à laquelle elle avait failli succomber.
— Gabrielle ! suppliait René. Écoutez-moi. 11 est impossible que vous ayez ce triste courage...
— Je l'aurai répondit-elle fièrement.
— Etvous me laisserez souffrir sans pitié ! Mais vous ne savez donc pas que c'est ma carrière, ma vie que brise votre inflexible volonté!
— Et moi? répliqua-t-elle simplement, n'est-ce pas aussi ma vie que je donne?
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— Non, je ne le tolérerai pas. J'irai trouver votre père, dit René avec feu, je lui reprocherai sa cruauté...
— De quel droit ? l'interrompit la jeune fille. D'ailleurs mon père ne vous croira pas. Je lui ai dit que je ne vous aimaid pas, je le lui répéterai devant vous, s'il le faut.
— Non, vous ne ferez pas celai s'écria René avec égarement.
— Je le ferai, mon parti est irrévocable...
— Ah! gronda l'artiste, je vous disais bien que vous ne m'aimiez' pas! Et qui sait?... ajouta-t-il amèrement.
Gabrielle se tourna vers lui et le regarda en face, comme pour lire sa pensée dans ses regards.
— Achevez, fit-elle sans le quitter des yeux.
— Peut-être en aimez-vous un autre... avança René sans oser la regarder en face.
— Le docteur Lasserre„n'est pas? demanda cyniquement la jeune fille.
— Eh bien ! oui. Lui, puisque vous l'avez nomflaé. . .
— Ah! c'est le comble! ricana Gabrielle. Il a fallu que vous vous fassiez l'écho de cette calomnie... comme Cherville, poursuivit-elle avec mépris. Mais de quelle fange êtesvous donc pétri pour concevoir de telles infamies et me les cracher au visage? Oui, vraiment! vous avez bien fait de vomir contre moi cette insulte suprême ; car, maintenant, c'est sans regret que j'accomplirai mon sacrifice.
A ces mots, sans laisser tomber un regard sur le jeune peintre, elle se dirigea vers la porte.
— Pardonnez-moi! gémit Rénéen se précipitant au-devant d'elle. Vous voyez bien que, moi aussi, la douleur me rend fou.
*— Vous voulez dire qu'elle vous rend lâche, dit froidement Gabrielle.
— Eh bien ! oui, je sn^ lâche, cruel, impitoyable, sanglota l'artiste. Oui, je mérite irbtre courroux, votre mépris, mais délivrez-moi de ces angoisses, prenez en pitié ma jalousie, ne me quittez pas ainsi, je vous en prie, Gabrielle, à deux genoux !
Et René se laissa tomber devant la jeune fille, dans Fhuniliante posture qu'il s'Imposait.
CE QUE GABHIELLB ALLAIT FAIBB A MONTMABTBE ^ 243
— A deux heures, je viendrai vous demander votre bras, dit Gabrielle qui Técarta de la main et passa outre.