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CE QUE GABRIELLE ALLAIT FAIRE A MONTMARTRE

René demeura littéralement pétrifié de cette proposition inattendue. L'heure que venait de lui indiquer la fille du Roi Misère, était précisément celle qu'Anatole lui avait désignée, comme étant le signal des visites quotidiennes de Gabrielle à l'appartement de la rue Lepic. Que voulait-elle donc faire? Avait-elle résolu de se justifier aux yeux de l'artiste des médisances qu'on lui avait rapportées? Il l'espéra, et, sur-lechamp, s'évanouirent les soupçons que les lettres du saltimbanque et les révélations de M. Delaunay lui avaient inspirés.

11 ne se trompait pas. Effrayée des conséquences qu'entraînait le mystère dont elle avait voulu s'entourer, outrée des perfides insinuations de Cherville, désespérée qu'une accftsation aussi vile pesât sur elle avec quelque semblant de vérité, et fût parvenue jusqu'aux oreilles de celui qu'elle aimait, Gabrielle répudiait enfin le secret que sa timidité avait gardé.

La veille, elle avait mis dans sa confidence le roi Misère. Aujourd'hui, elle était décidée à désabuser René. Vis-à-vis de ces deux affections-là seulement, elle avait à cœur de se défendre . Quant à Cherville et à Delaunay, peu lui importait l'opinion de ces écervelés.

Lorsque, tremblante, et craignant les reproches de son père, elle lui raconta quelle sympathique pitié l'avait entraînée et lui avait fait acheter la liberté de la folle qu'ils avaient visitée ensemble à la fête de Saint-Cloud, le vieux Jacques, qui, diaprés les réticences de sa fille, redoutait un ^veu plus

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terrible, l'attira sur sa poitrine en poussant un soupir de soulagement.

— Comment! dit-il avec joie. C'est d'une œuvre de charité que tu te caphais envers moi ! Tu as pu penser que je te blâmerais d'être généreuse et bienfaisante! Mais l'argent que tu gagnes est à toi, chère enfant. Tu peux en disposer à ta guise...

— Vfai ! vous m'approuvez, père ? s'écria Gabrielle transportée.

— Non-seulement je t'approuve, mais sites ressources sont insuffisantes, je t'aiderai. J'ai, grâce à toi, quelques économies, je te les donne. Je suis si heureux que je voudrais ne voif souffrir aucun de ceux à qui tu t'intéresses.

— Oh! alors, nous nous entendrons à merveille, fit la jeune fille avec expansion. Mais, attendez je ne vous ai pas tout appris.

— Encore un autre secret? dit Jacques en souriant.

— Non, c'est toujours le même. Vous allez voir. Ah! d'abord, il faut que je vous dise que ma protégée se nomme Geneviève. Si vous saviez de quelle singulière façon j'ai decouvert son nom, vous ne le croiriez pas. Je vous le dirai, mais... tout à l'heure. Donc, j'aurais été très- embarrassée de Geneviève, si M. Dorval ne m'avait remis pour le docteur Lasserre une lettre de recommandation, à laquelle celui-ci fit plus honneur que M. René et moi ne l'aurions espéré.

Le jour même où je l'amenai à Paris, ma protégée fut installée par nos soins à Passy, dans ujie maison de santé fort propre et fort agréable d'aspect. Ce fut là que, pendant quinze jours, j'allai visiter la malheureuse que j'avais recueillie. Mais, outre que cette maison était beaucoup trop éloignée, le séjour n'en était pas fait pour rappeler la malade à la raison; moi-même, il me répugnait d'en franchir le seuil.

Dans le jardin qui l'entourait, je voyais errer tant de souffrances, des cris si perçants et si épouvantables s'échappaient parfois des chambres voisines, que je fis part au docteur de l'insurmontable dégoût que j'éprouvais. Il le comprit sans peine, car, sans m'en prévenir, désireux de concourir pour sa part à l'œuvre que j'avais entreprise et que, sans lui, je ne pouvais mener à bien, il loua à Montmartre, au numéro

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