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prononçait un root, et, de nouveau, le moulin orienté reprenait son mouvement de rotation.

Cependant René commençait à se lasser de ce sempiternel bavardage, quand Anatole arriva exh chantant le dernier air à la mode du cabriolant Offenbach.

En apercevant le jeune peintre, Delaunay fit un point d*orgue qui ne figurait pas dans la partition, et ne fut pas maîire de sa surprise.

Cherville, redoutant quelque catastrophe, allait intervenir, lorsque, à son grand ébahissement, René se leva et tendit la main à Anatole.

— Je suis enchanté de vous voir, M. Delaunay, dit-il, car la dernière conversation que nous avons eue ensemble n'était qu*un feuilleton dont ni vous ni moi n'avions deviné ledénoûment.

— Ah! fit vivement Anatole, vous l'avez trouvé?

— Mieux que cela, monsieur, j'y ai joué un rôle.

— Et... y a-t-il indiscrétion à vous demander ce qui en est résulté ?

— Aucune. Je ne suis même pas fâché de vous le dire en présence de Cherville, qui, lui aussi, a lu le feuilleton dont nous parlons.

Celui-ci ne comprenait rien à ce langage énigmatique. Évidemment, Anatole lui avait caché la démarche qu'il avait aite auprès de l'artiste.

— Ne cherchez pas plus longtemps, lui dit René, vous allez comprendre ; la jeune fille dont nous parlions, il y a trois jours, va en effet quotidiennement au numéro 31 de la rue Lepic...

— Ah! j'y suis I fit Cherville en se frappant le front.

— L'appartement est bien loué par le docteur Lasserre ; vos renseignements étaient exacts. Seulement, la vieille femme dont on vous a parlé est une malheureuse folle, que cette jeune fille a recueillie après avoir racheté sa liberté. C'est elle qui la soigne et la nourrit, elle qui a voulu que sa protégée quittât la maison de santé où on l'avait menée tout d'abord.

Ne devinez-vous pas maintenant ce que fait le docteur Lasserre auprès de ces deux femmes? Je crois vous avoir entre-

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teiiu de ses aptitudes spéciales à guérir le genre d'affection dont la malade est attaquée. C'est lui qui m'a conduit auprès d'elle et qui m'a ouvert les yeux. \\)ilà où en est actuellement le feuilleton que nous avons lu tous les trois. J'espère qu'il n'est tombé sous les yeux de personne autre. Si malheureusement je me trompais, je vous serais obligé, messieurs, de tenir au courant ceux que votre indiscrétion aurait pu induire en erreur.

Gherville et Anatole protestèrent à la fois par un geste de dénégation.

— Tant mieux! conclut René. Il est inutile, à mon avis, de s'excuser auprès de cette jeune fille, mais il sera bon de lui témoigner à l'avenir, par le plus profond respect, qu'on regrette les médisances dont on a souillé sa pureté.

— Parfait I dit laconiquement Cherville. On s'y conformera. L'artiste s'éloigna quelques minutes plus tard.

Six jours se passèrent au milieu de l'oisiveté la plus pénible. Le docteur venait régulièrement panser la blessure de René, qui était à peu près guérie. Néanmoins il lui avait conseillé, par prildence, de garder deux ou trois jours encore l'écbarpe qui soutenait son bras.

Sur ces entrefaites arriva le vieillard qui, tout récemment, s'était présenté chez le jeune peintre. Il ne s'aperçut pas tout d'abord que l'artiste était blessé.

— Le hasard me conduit à Paris aujourd'hui, dit-il, et j'ai eu la curiosité de savoir si vous aviez commencé les deux toiles que vous m'avez promises... Ah ! pardon I s'interrom-' pit-il tout à coup, vous êtes blessé! Vous vous êtes battu?

— Ce n'est rien, fit René, une piqûre insignifiante...

Un instant il crut s'être trompé. Il lui avait semblé que le vieillard avait pâli; mais plus il l'observait, plus il était convaincu de n'être pas le jouet d'une illusion.

Cette particularité le frappa. Cependant il ne poussa pas l'indiscrétion jusqu'à en faire la remarque à voix haute.

— Souffrez- vous? demanda enfin le vieillard.

— Non, monsieur, je vous remercie. Le docteur vient de m'annoncer que dans deux ou trois jours je pourrais continuer mes travaux.

— A la bonne heure! dit l'inconnu, qui reprit aussitôt

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son ton habituel d'excessive courtoisie. Alors, vous pensez à moi?

— C'était mon intention, monsieur, mais il se présente une difficulté que je n'avais pas prévue lors de votre dernière visite. J'ai reçu, sans savoir comment ni par qui, une lettre de la surintendance des Beaux-Arts, qui me demande d'exécuter au plus tôt une toile importante, destinée à une église qu'on voudrait prochainement inaugurer...

— Ah ! flt le vieillard, je vous en félicite sincèrement.

— Je vous en sais gré, monsieur, mais vous sentez bien que l'État est un client envers lequel, nous autres artistes, sommes obligés à de grands ménagements...

— De sorte, l'ipterrompit l'inconnu, que vous seriez forcé de faire passer cette commande avant la mienne?

— 11 me serait impossible d'agir autrement, répondit René.

— Qu'à cela ne tienne, M. Dorval! Nous sommes gens de revue. Vos intérêts doivent prendre le pas sur mes fantaisies.

— Vous êtes d'une indulgence qui me confond, balbutia l'artiste. Quant aux arrhes de notre marché...

Le vieillard l'arrêta d'un geste.

— Gardez-les, dit-il, je n'en ai que faire, et vous tiens toujours pour engagé vis-à-vis de moi.

— Comme il vous plaira, monsieur, mais alors qu'il me soit donné de connaître celui dont je reste l'humble débiteur.

— A quoi bon? répliqua le vieillard avec un léger signe de contrariété. Rien n'est changé dans notre situation réciproque. Pourquoi y apporter une modification inutile, puisqu'elle ne vous servirait à rien? Mais n'allez pas pour cela vous égarer dans des conjectures hyperboliques. Je ne suis pas un mystère^ comme la Trînité. Je suis pour vous un client, voilà tout. Remarquez que j'aurais parfaitement pu vous dire que je me nomme Durand et que je demeure à Carpentras. En seriez-vous plus avancé?

— Non, sans doute, riposta René, sur les lèvres de qui l^s paroles du vieillard amenèrent un sourire, mais j'aurais été heureux et honoré que votre confiance répondit à votre générosité.

— Quelle générosité trouvez-vous dans ce fait si simple d'un

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