CB QUB RAPPORTAIT DE SON VOYAGE LE BARON
D*ailleurs, elle venait de passer de longues heures d'angoisses, un sommeil invincible s'était emparé d'elle. Elle s'endormit dans les bras de son fils.
Celui-ci, avec les mêmes précautions qu'il aurait prises pour un enfant, la déposa sur son lit, l'enveloppa soigneusement, et prit place à son chevet.
Mais, dès à présent, le doute s'était évanoui. Les quelques phases de sa vie que Geneviève avait esquissées correspondaient si directement avec les souvenirs d'enfance de René, que toute incertitude devenait impossible.
Le signe révélateur que sa mère avait mis à découvert lui parut être une preuve irréfutable. Ce moyen banal, usé, doat il avait ri de si bon cœur dans les drames et dans les romans qu'il avait vus ou dévorés, prit les proportions d'un événement gigantesque, le plus important assurément dont il eût été témoin. L'idée ne lui vint même pas qu'il pût paraître ridicule aux autres, ni que l'on pût produire en sa faveur un argument plus victorieux.
On comprend dès lors avec quelle impatiente anxiété il épiait les moindres mouvements de la malade ! Ses yeux ne se détachaient pas de ces traits chéris, ravagés par les souffrances, les privations, la maladie. A mesure qu'il les examinait, il retrouvait le chai'mant visage un peu attristé dont il avait consfèrvé la mémoire.
Une chose surtout le préoccupait. Celte reconnaissance, dont un danger imaginaire avait provoqué l'éclat, survivraitelle au sommeil? Apprendrait-il le nom de aa famille, lui qui ne portait qu'un nom d'emprunt?
Quand parut le jour, Geneviève n'avait pas encore ouvert les yeux; mais son visage était calme, sa bouche souriante. On aurait dit que des songes heureux hantaient son sommeil.
René fit monter le concierge de la maison, et l'envoya prier Gabrielle et le docteur d'accourir au plus tôt.
Dès qu'ils arrivèrent, René leur raconta sommairement sa laiL leur fit part des étranges révélations que Geneviève a^wR faites, et de l'étonnement joyeux dans lequel cette découverte l'avait plongé.
— Je le disais bien! s'écria triomphalement Lasserre, qu'il ne fallait qu'une étincelle pour la ranimer.
300 LE BOT MISÈBB
— Savez-vous ce qui m'épouvante? demanda René.
— Non.
— C'est le réveil.
— Pourquoi?
— Si elle avait tout oublié!
— Ce n'est pas admissible. Votre présence, vos soins, doivent triompher de cette léthargie mentale. Regardez-moi, fit Lasserre. Ai-je désespéré, moi, depuis que j'ai entrepris cette cure difficile? non, n'est-ce pas? Et c'est vous, son fils, vous qui avez entre les mains la clef de son passé, qui perdriez courage!
— Ce n'est pas le courage qui me manque, c'est la confiance. J'ai peur, après avoir touché de si près la lumière, de retomber dans le mensonge, dans la nuit.
— Allons donc! mon cher. Soyez homme, que diable!
— Ah ! vous avez raison. Je ne me serais pas cru susceptible de pareilles défaillances. Pensez donc ! si elle a dit vrai...
— Vous en doutez? Après ce que vous venez de me confier?
— Vous y croyez donc, vous? demanda le jeune peintre;
— Fermement, je ne vous le cache pas, répondit Lasserre.
— Ah ! répétez-le moi, fit René. J'ai besoin que la conviction des autres fortifie la mienne. Je n'ose pas ajouter foi à tant de bonheur.
— Eh ! pourquoi vous raidir contre la vérité? Cette femme ne se trompe pas, je vous en réponds. J'ai suivi toutes les -phases par où sa mémoire a passé. C'est votre visage qui l'a troublée, puis c'a été votre nom, et cette nuit enfin — je regrette même de n'avoir pas assisté à cette scène — son cœur vous a reconnu et son esprit s'est dégagé des limbes qui l'enveloppaient.
Tout ceci s'est enchaîné graduellement, lentement, jusqu'à ce que, vous voyant menacé d'un pistolet, le désir de vous sauver ait amené l'effort sublime duquel a jailli la vérité»
— Oui, murmura René. Je sais que tout cela estlo jpîe.
— Eh bien! répondez-moi. Cette cicatrice que vous avez sur la main, d'où provient-elle?
- Je l'ignore.