CE QUE BAPPOBTAIT DE SON VOYAGE LE BARON
voque, qui n'avait amené aucun résultat, il ordonna à René de s'éloigner, et pria Gabrielle de vouloir bien passer la journée auprès de la malade.
René y consentit avec peine. Geneviève essayait de le re* tenir; mais le docteur réclama leur obéissanoe, au nom de l'autorité que lui donnaient son titre et son amitié. René céda, mais s'engagea à revenir dans l'aprèa-midi.
Comme il rentrait chez lui, son concierge le prévint que le baron de la Vigerie l'attendait dans l'atelier. Il ne fut pas maître d'un mouvement de contrariété. La présence du baron lui rappelait ses projets de mariage avec mademoiselle d'Érigny, et les engagements qu'il avait contractés.
Ce léger nuage se dissipa devant l'accueil cordial et visiblement affectueux de M. de la Vigerie.
— Çà ! fit René en se croisant les bras. D'où sortez-vous depuis le temps que vous avez quitté Paris?
— Je ne sais pas allé loin, répondît le baron. Seulement, j'ai beaucoup piétiné sur place.
— Y a-t-il indiscrétion à vous demander en quel pays?
— Non, j'arrive d'Orléans et... ses environs.
— Depuis plus de deux mois que vous êtes parti?
— Oui, et ce qu'il y a de plus triste, c'est que j'ai perdu mon temps et mes peines... ou à peu près.
— Comment cela ? demanda René. Ne m'avez-vous pas écrit que vous vous occupiez de moi?
— C'est exact.
— A quel sujet?carje cherche vainement à m'expliquer...
— Je viens vous le dire, l'interrompit gravement le baron. Il est possible que je sois dans l'erreur, mais, en la situation où vous vous trouvez, un peu de lumière peut beaucoup, un peu plus d'obscurité n'aggravera rien. Et puis... je ne dois pas me taire plus longtemps.
— Je vous écoute, dit René avec la plus vive curiosité, •^r Lorsque vous m'avez fait le récit des événements qui
ont ïîgnalé votre jeunesse, commença M. de la Vigerie, ces détails me rappelèrent certain épisode dans lequel j'avais joué un rôle, et dont votre vie accidentée pouvait bien être la conséquence.
304 LE ROI MTSàRB
-*- Puis-je connaître cet épisode? demanda avidement René.
— Oui, mais attendez, je n'ai pas fini. Cette coïncidence entre vos aventures personnelles et celles qu'on pouvait déduire de rhistoire que je vais vous raconter me frappa. Mais ce n'était peut-être qu'un jeu du hasard, et je ne voulus pas vous en instruire avant d'avoir étayé ma conviction de preuves irréfutable^.
Pourtant, sans vous en douter, vous m'en aviez fourni une qui confirma mes soupçons, et me fit entreprendre l'inutile campagne que je viens de terminer.
— Moi ! se récria René, je vous ai fourni une preuve...
— Vous, affirma le baron. Quand vous m'avez communiqué cette liste, dressée par les soins de Mathieu Dorval, des mères qui sYtaient embarquées pour l'Amérique avec leur enfant, j'y vis précisément figurer le nom de Théroïne du drame que vous allez entendre.
— Et ce nom, quel est-il? demanda René avec une indicible anxiété.
— Lisez-le vous-même, répondit M. de la Vigerie.
A ces mots il tira de sa poche le double de la liste que le jeune peintre lui avait donnée, et, du doigt, lui indiqua une des lignes qui y étaient tracées.
— La marquise de Lostanges eî son enfant ! lut René qui porta la main à son cœur.
Puis, se rappelant alors le protecteur mystérieux qui avait intercédé pour lui au ministère :
— Je savais bien, s'écria-t-il victorieusement , que je connaissais ce nom, que je l'avais déjà lu ou entendu prononcer.
— Gomment cela? interrogea à son tour le baron.
— Vous le saurez, dit René. Chaque chose viendra en son temps. Continuez, je vous en prie.
— Eh bien ! jeprit M. de la Vigerie, ce premier indice m'inspira la pensée de rechercher la famille de Lostapges. Je l'avais perdue de vue depuis longtemps, mais je savais où étaient situées ses propriétés, je me dirigeai de ce côté.
Tout d'abqrd, je me rendis chez M. Arthur, dont mademoiselle Lancray m'avait donné l'adresse. Il est le protecteur