UBL ÉTAIT LE NOM VÉRITABLE DE M. ARTHUR
— Non, mère. Seulement, je vous l'ai dit, je ne suis pas autorisé à vous le révéler encore. . .
— Enfant! prononça la marquise avec une tendre pitié. Et si j'avais deviné ton secret? Si je l'avais lu dans les regards que tu lançais à Gabrielle...
— Au nom du ciel! Taisez-vous! dit précipitamment René en posant sa main sur la bouche de la marquise...
— Pourquoi? Cette jeune fille n'est-elle pas honnête?
— C'est un ange de vertu et de piété filiale, répondit l'artiste avec chaleur.
— Alors, qu'importe qu'elle soit de roture et pauvre? Va, mon fils, nous sommes bien déchus de notre splendeur première! Tu as vu ce qu'est devenue ta mère... une saltimbanque! Et toi-même...
— Oh ! s'écria René, ne croyez pas que ce soit un sentiment de sotte vanité qui me retienne. Je fais bon marché du titre et de la fortune que me conteste un père...
— A ton tour^ tais-toi ! dit la marquise, ton père a été envers nous cruel, injuste, impitoyable, je le l'accorde, mais il a dû souffrir, lui aussi, car il m'aimait.
— 11 suffît, mère. Vous avez, je le vois, toutes les générosités, mais je ne puis pas oublier, moi, que cet homme vous a honteusement chassée avec son fils — car je suis bien son fils, n'est-ce pas?
— Dieu me foudroie, si j'ai menti! jura madame de Lostanges en levant la main avec un geste plein de noblesse.
— Qu'il ait souffert, je le veux bien, je l'espère même, continua René; que j'aie été par sa faute un enfant perdu, je le lui pardonne encore; mais qu'il vous ait vouée, vous, à la misère, à la captivité, à la honte, presque à l'infamie, si la fuite ne vous y avait pas arrachée, voilà ce qui se dressera toujours entre cet homme et moi.
— René, mon fils! je l'en conjure, supplia la marquise. Pas de colère, pas de rancune. Peut-être est-il mort de douleur, peut-être, à sa dernière heure, s'est-il repenti, peut-être nous a-t-il appelés.*. Paix à sa cendre!
— Et, s'il vivait? éclata René; si, soupçonnant ce que je suis, il m'avait vu et m'avait parlé, sans éprouver un remords, sans avoir un bon mouvement, sans me tendre les bras, sans
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me dire : « Viens, j'ai tout appris, tu es mon fils, pitié pour ce que j'ai souffert, pour ce que je t*ai fait souffrir!... » Si cela était vrai, que diriez- vous?
— Je le plaindrais du plus profond de mon cœur, car la grâce ne l'aurait pas touché, car il faut un courage horrible pour résister aux entraînements dont une cuirasse d'insensibilité ne vous défendra jamais en pareil cas.
— Soit ! fit René, mais je ne comprends pas ces sublimes lâchetés.
— Ainsi, demanda la marquise, ce que tu viens de me dire est la vérité? Tu as vu le marquis, ton père?
— Je l'ignore, répondit l'artiste. J'aime mieux admettre que je me suis trompé, que mes soupçons ne sont pas fondés, mais, un jour ou Tautre, je le saurai, et si le malheur veut que ce ne soit pas une erreur...
— Ne blasphème pas, mon enfant! je t'en supplie!
— Oh ! gronda René, si cet homme est le même, je le hais!
— Malheureux ! fit la marquise épouvantée. Tais-toi ! je le veux, je te l'ordonne.
A ces mots, elle étendit impérieusement la main vers son fils.
Celui-ci n'était pas habitué à un pareil langage. Il essaya de se redresser; mais le visage de sa mère, son attitude, étaient empreints d'une autorité si digne, si absolue, qu'il courba la tète, humilié, dompté. '"^
La marquise surprit cet anéantissement de l'homme et fut touchée de cette obéissance d'enfant. Insensiblement, elle laissa retomber son bras menaçant, et adoucit la sévérité de ses regards.
— Crois-moi, René, reprit-elle d'une voix attendrie, n'ayons point de fiel au fond du cœur. Laissons à Dieu le soin de punir. Nous sommes des atomes si infimes, que noire prétendue justice ne pèse pas dans la balance divine le poids d'un grain de sable dans l'océan... Mais aussi, poursuivitelle, quel fatal écart de conversation nous a entraînés si loin du sujet que nous traitions! Revenons-y. Le veux-tu?
— Je suis à vos ordres, ma mère, répondit froidTement René.
— Il était question de cette jeune fille. Que te disais-je