QUEL ÉTAIT LE NOM VÂRITABLB DB M. ARTHUB S4S
donc? Tu m'as troublée, tu m'as fait peur. Plus de ces secousses, je t'en prie! je redeviendrais folle, je le sens...
— Ohl chère mère, pardon! murmura l'artiste vaincu. '
— C'est cela, sois raisonnable, fit la marquise. Eh bien! cette jeune fille, tu l'aimes, n'est-ce pas?
— Ohl de toutes mes forces.
— Est-ce qu'elle ne t'aime pas?
— Au contraire.
— Alors, quel obstacle existe-t-il entre vous ?
— Son père.
— Il refuse de te la donner?
— Non, mais il a pour sa fille une telle adoration, il a fait pour l'élever de si grandes choses, qu'il ne peut pas se résoudre à se séparer d'elle.
-^ N'est-ce que cela? Je lui parlerai, je te le promets.
— Rien n'y fera. Gabrielle a voué à son père une reconnaissance si illimitée qu'elle a sacrifié son amour, le nôtre, a la tranquillité du roi Misère.
Elle me l'a déclaré formellement.
— Le roi Misère? quel est ce singulier potentat?
— C'est le surnom qu'on a donné à ce pauvre homme dans les ateliers. Son nom véritable, c'est Jacques Lacour.
— Jacques Lacour ! répéta la marquise qui parut se recueillir. Je ne me trompe pas... c'est le nom de notre ancien domestique, celui qui a été témoin du duel entre le marquis et le baron, celui qui m'a accompagnée au Havre... Sais-tu cela ?
— Non, fit René surpris, mais je ne crois pas...
— J'en suis sûre. C'est lui qui était chargé de me remettre de la part du marquis les cent mille francs que j'ai refusés..,
— Alors, ce n'est qu'une ressemblance de nom.
— Cependant, c'est bien cela... Jacques... Lacour... Oui, parfaitement.
— Je ne dis pas le contraire, mais ce ne peut être qu'une ressemblance de nom, fit observer René, car si vous avez repoussé cet argent, Jacques a dû le garder, puisque M. de Lostanges a subitement disparu.
— C!est juste, fit la marquise. Je m'explique alors qu'il ait donné à sa fille une éducation si soignée.
— Vous VOUS trompez encore, mère. Voilà dix ans que je connais Jacques, et je vous affirme qne, pour élever Gabrielle, ii a vécu dans la plus hideuse pauvreté. Or, s'il avait eu cent mille francs entre les mains...
— Tu as raison ; mais alors, quel homme est-ce ? Connais-tu son passé ?
— Non. J'ai même remarqué qu'il évite d'en parler.
— Peut-être afin qu'on ne vienne pas lui demander compte de cette somme, qu'il compte utiliser plus tard...
René hésita un instant. Le soupçon dont la marquise lui faisait part offrait quelque vraisemblance.
— Non, dit-il pourtant, je ne puis le croire. D'ailleurs, était-il marié, ce Jacques dont vous me parlez ?
— Non, mais il a pu se marier depuis mon départ, puisque sa fille n'a pas plus de dix-huit ans.
— Tout cela est possible, fit René en proie à une indécision pénible. Dans tous les cas, nous ne tarderons pas à le savoir, puisque ce soir même vous vous trouverez en face de lui. Je dois le voir tout à l'heure, mais je ne toucher» pas un mot de ce que vous m'avez appris.
— A quoi bon? objecta la marquise. Si ce Jacques est notre ancien serviteur, il doit dès à présent connaître mon nom et le tien. Il est impossible que Gabrielle ne le lui ait pas appris en lui annonçant mon arrivée.
— Alors, je le verrai venir, répondit René. Quoi qu'il résulte de cette complication, comptez sur moi vers quatre heures. Dusse- je vous céder ma chambre, je ne souffrirai pas que vous restiez ici un jour de plus. A bientôt donc, mère.
René l'embrassa et regagna son atelier. Avant de franchir le seuil de la porte, il jeta les yeux dans la rue. Polyte ne s'y trouvait pas.
— Décidément, pensa l'artiste, cet homme est perdu. Puisse-t-il aller se faire pendre assez loin d'ici pour que je n'en entende plus parler.
Le baron de la Vigerie venait d'arriver quand René entra. Celui-ci se rappela la conversation qu'il venait d'avoir avec sa mère.
— Vous souvient-il, demanda-t-il au baron, du dômes-
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tique qui a été témoin de votre duel avec M. de Lostanges?
— Parfaitement, répondit le gentilhomme. Pourquoi?
— Parce que, si jamais le hasard vous mettait en présence, je vous serais infiniment obligé de m'en avertir.
— Je comprends, dit le baron. Ce serait une nouvelle preuve à ajouter à celles que vous possédez déjà.
— C'est bien cela, fit René en se détournant. Puis, en lui-même, il ajouta :
— Vienne le roi Misère à présent. Je l'attends.
Au même instant , on frappa à la porte de l'atelier, qui s'ouvrit sans invitation préalable. Cette façon de se présenter indiquait un habitué de la maison.
En effet, le roi Misère entra, donnant la main à Gabrielle, et sinclina gravement devant René.
— J'aurais une communication àfaireà M. le comte, dit-il. Est-il disposé à la recevoir ?
Involontairement l'artiste se retourna, pour chercher à qui s'adressait celte demande. Il n'avait pas réfléchi qu'il était fils de marquis, et que l'usage l'autorisait à porter, du vivant de son père, le titre immédiatement inférieur dans la hiérarchie nobiliaire. Il n'y songea qu'en voyant les yeux du vieillard obstinément fixés sur lui.
— C'est vrai, murmura-t-il, je suis comte de Lostanges. Alors il jeta sur Jacques un regard scrutateur.
— Vous pouvez parler devant le baron de la Vigerie, reprit-il, je n'ai pas de secrets pour lui.
Le roi Misère se tourna du côté du baron, et s'aperçut que le gentilhomme l'examinait avec une singulière persistance.
— Monsieur le baron me remet-il? demanda Jacques.
— Oui et non, balbutia M. de la Vigerie. Pourtant, votre visage ne m'est pas inconnu, je puis l'affirmer.
— Voilà cependant vingt-trois ans que vous ne l'avez vu, et j'ai bien changé, répliqua le vieux modèle.
— J'y suis ! fit le baron en se frappant le front. Vous étiez alors au service du marquis de Lostanges...
— Votre mémoire ne vous fait pas défaut. Monsieur. C'est devant moi que vous avez blessé le marquis.
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René était quelque peu déconcerté. Le roi Misère allait au^ devant des révélations qu*on attendait de lui.
— Eh bien! dit-il, parlez, nous vous écoutons.
11 prit place sur son divan, à côté du baron, et fit signe à Gabrielle et à Jacques de s'asseoir, mais celui-ci ne parut pas avoir compris cette invitation. Il demeura^ debout dans une attitude respectueuse, quoique exempte de servilité et d'embarras.
A peine ouvrait-il la bouche que des coups précipités retentirent à la porte extérieure, et un homme se rua comme un ouragan dans Tatelier.
Sans doute, il ne s'attendait pas à trouver tant de monde» car il s'arrêta, visiblement décontenancé. Il était aisé de voir qu'il venait de fournir une longue course. Ses' vêtements étaient couverts de poussière et sa poitrine se soulevait précipitamment.
René et le baron ne furent pas mattres d'un mouvement de surprise en reconnaissant Polyte.
— Que signifie le désordre où je te vois? D'où viens-tu? demanda coup sur coup l'artiste avec curiosité.
— Vous l'savez bien, répondit l'ex-saltimbanque.
— Tu as donc vu l'homme que je t'avais signalé?
— Hier. Dix minutes après que vous êtes sorti d'ia maison.
— Et tu l'as suivi?
— Parbleu 1 c'était-il pas Tmot d'ordre qu'vous m'aviez donné?
— Ainsi tu sais où il demeure?
— Sans doute.
— Comment il se nomme?
— Belle malice !
— En ce cas dépéche-toi. Il n'y a personne de trop ici.
— J'veux bien, fit Polyte ; mais vrai, si vous aviez un coup à boire, ça n'serait pas d'refus. J'ai une pépie I... -
René fit un geste d'impatience. Néanmoins il se dirigea vers une armoire, y prit une bouteille et un verre, qu'il remplit et tendit au saltimbanque.
— Ah ! soupira celui-ci avec une satisfaction bruyante. Ça fait du bien par où ça passe. Cré nom !
Pour lors, commença-t-il, j'étais d'planton à la porte, ous-