‹ Le roi misèreChapitre 86 sur 98 · QUEL ÉTAIT LB NOM YBBITABLE DE M. ARTHUR · texte numérisé non relu

QUEL ÉTAIT LB NOM YBBITABLE DE M. ARTHUR

qu'en moi-même je r'passais Tsignalement qu'vous m'aviez donné, quand tout à coup v*là mon particulier qu'arrive» qu'entre, qui monte chez vous sans rien d'mander au pipelet...

Bon I que j'me dis, m'sieur René est sorli ; Tparticulier va pas tarder à descendre, esbignons-no\is.

En effet, deux minutes après, je Tvois qui renfile la portecochère et qui s'pousse de Vair, JTemboite, et nous arrivons sur les boul'vards. Là nous flânons un bon quart d'heure. Tout à coup, mon homme avise un'voiture, grimpe dedans, et le v'ià parti!

Ça n'm'allait qu'à moitié. J'cberche un sapin. Pas d*sapin ! J'm'accroche après c'iui du bonhomme, et il m'fait faire un diable de ch'min... Bref, à cinq heures, nous arrivons à la gare d*Orléans. Il était temps! cent pas d'plus, j'aurais crevé en route.

Cinq heures v'naient d'sonner. On prenait ses billets pour le train de cinq heures un quart. L'monsieur en d'mande un pour Monnerville, j'en d'mande un...

— Je m'en doutais! s'écria René, en se tournant vers le baron.

— L'autr' ne s'doutait de rien, continua Polyte. Nous descendons à la station. Y avait un'grand'guimbarde à deux ch'vaux qu'attendait. Il mont'dedans, et fouette cocher I... Heureusement qu'y, f sait nuit. J'cours après la calèche, j'm'asseois sur la sellette de derrière, et j'roule en carrosse sans savoii^ où qu'J'allais.

Au bout d'une heure, on s'arrête devant un'grille. J'descends. J'vois la voiture qu'enfile une avenue, je m'glisse dans l'parc à travers la haie, j'aperçois un grand beau château, et mon particulier qu'entrait là d'dans comme chez lui.

Il était plus d'huit heures et d'mie. Il n'était pas probable qu'il allait faire un'visite à c't'heure-là. D'ailleurs , y avait pas d'iumières dans l'chàteau. Pourtant, je n'boug'pas du massif où j'm'étais faufilé. Et j'avais une faim!... Ça fait de rien. J'guigne tout d'mème. Neuf heures sonnent, dix, onze heures. A minuit, j^détale, en m'disant : Toi, j'te r'pig'rai d'main matin.

Mais où coucher? V'ià Tchiendentl Les nuits sont fraîches

en novembre. Avec ça, IVentre creux. C'était pas gai. Enfin!... y avait pas à tortiller : fallait s'faire un lit là. A quéqu's pas, j'avise un'meule de foin, j'y fais un trou, je m'fourrMedans, qu'y avait qu'ma tête qui passait. J'étais pas mal. J'avais chaud comme un sou d'pommes de terr'frites. J'dors.

L'matin, v'ià les satanés oiseaux qui m'réveillent. Je m'iève, j'pars aux informations, et j'arrive à un'ferme ousqu'on me donne enfin un morceau de pain et un'tasse de lait. J'cause avec le fermier tout en mangeant, et j'apprends...

— Que l'individu que tu as suivi se nomme M. Arthur, l'interrompit René, qu'il habite le château depuis vingt-trois ans, que personne ne l'a jamais vu..

— Au contraire, j'apprends que depuis un mois on l'a vu sortir cinq, six fois, qu'ça a fait un'révolution dans Tpays, qu'les gens du château dansent de joie...

— Et le nom véritable de cet homme, on ne te l'a pas dit?

— Non. On s'dout'bien que le nom de m'siéu Arthur n'est pas i'sien, mais on ne connaît pas l'autre.

René fit une grimace de désappointement.

— Si encore on était bien sûr que ce personnage mystétérieux fût bien le même que celui qui est venu ici, dit-il.

— Pour ça, j'vous l'garantis, certifia Polyte. Pour ma part j'I'ai déjà vu v'nir deux fois.

— Comment cela?

— Dam! quand j'fesais l'siége de vot'maison, j'avais besoin de dévisager tous ceux qu'entraient ou sortaient.

— Et tu es certain de ne pas te tromper? demanda René.

— J'en donnerais vot'tête à couper, répondit Polyte. Pardine! je Tvois encore... un grand vieux sec, ben nippé, avec un tuyau d'poêle, des gants en peau d'rat sur les pattes, une'longue barbe blanche, l'air d'un milord, quoi...

— Et c'est le nom véritable de ce personnage que vous désireriez connaître? interrompit le roi Misère.

— Oui, fit vivement René. Pouvez-vous me le dire?

— Vous souvient-il, reprit le vieux modèle, qu'un jour je me trouvais sur le palier, lorsque vous vîntes ouvrjr la porte à ce visiteur?

— Je me le rappelle, dit curieusement le jeune peintre.

COMMENT GABBIBLLE SB BANQEA A l'aYIS... 349

— Eh bien ! ce jour-là, je crus être le- jouet d'une erreur; mais depuis j'ai acquis la certitude que je n'étais pas dupe d'une ressemblance lointaine. Si M. le baron de la Vigerie l'avait vu, il l'aurait reconnu comme moi.

— Bref, insista René avec impatience, ce personnage se nomme...

— Le marquis de Lostanges, affirma Jacques.

COMMENT GABRIELLE SE RANGEA A l'AVIS DE SON PÈRE

Le nom prononcé par Jacques produisit l'effet d'une bombe au milieu du silence et de l'attention générale.

René et le baron de la Vigerié ne dirent pas un mot, mais ils échangèuent un regard d'intelligence. Leur perspicacité ne s'était pas égarée.

Quant à Polyte, il demeurait calme, sinon immobile. Son amour-propre était excessivement flatté des résultats que son expédition avait amenés, et il se frottait les mains avec une vivacité expansive.

— Va, lui dit René, retourne auprès de ta femme. Je suppose qu'il te reste quelque chose des cinquante francs que je t'avais donnés hier.

— Plus d'ia moitié, répondit Polyte, en relevant sa blouse pour fouiller dans la poche de son gilet.

— Garde cet argent, fit l'artiste. Tu en auras besoin pour recevoir tes enfants. Occupe-toi de leur chercher un maître d'apprentissage, et quand tu l'auras trouvé, viens m'en informer. Alors seulement je te ferai obtenir la médaille que je t'ai promise.

— Ahl m'sieur René, s'écria Polyte dans un mouvement d'expansion, si l'on n'avait jamais affaire qu'à des clients comm'vous, on n'aurait pas de peine à reste^ honnête. J'm'en vas chez Lalie.

A ces mots^, et après avoir honoré d'un salut personnel

360 LB SOI MISÈtlB

chacun de ceax qui se trouvaient là, il partit en se dandinant. Dès qu'il se fut éloigné, le roi Misère, toujours grave et digne, reprit la conversation interrompue.

— Maintenant que je vous ai dit qui j'étais, continua-t-i), vous ne vous étonnera pas de la résolution que j'ai prise de quitter cette maison.

— Vous ! se récria René. Pour quels motifs ?

— Mon Dieul... fit le vieux modèle avec embarras, vous sentez comme moi que je serai forcément dans une situation équivoque vis-à-vis de madame la marquise, si bonne et si indulgente qu'elle se montre envers moi. J'ai pris depuis une vingtaine d'années des habitudes d'indépendance, qui ne me permettraient plus de rentrer en service. Si j'étais seul, encore... je m'y résoudrais peut-être, car je n'ai rien et il faut vivre; mais j'ai une fille que j'aime et que j'estime trop pour l'assujettir à de telles conditions... Non pas que je considère comme une humiliation de servir comme domestique. Tous les métiers sont honnêtes quand on les exerce honnêtement. D'ailleurs il faut bien que ceux qui n'ont rien vivent aux dépens de ceux qui possèdent; mais, à tort ou à raison, la domesticité entraîne avec elle une sorte de déconsidération dont je ne veux pas que ma fille ait à souffrir.

— Mon cher Jacques, dit René, je partage vos susceptibilités, mais je ne me les explique pas. Que parlez- vous ici de domestique? Ma mère et moi sommes-nous en état de suffire à un luxe de œ genre? Vous savez aussi bien que moi que nons sommes sans fortune...

— Pardon , l'interrompit le roi Misère ; mais, comme je suis sûr du contraire, je suppose que vous ne souffrirez pas que madame la marquise se serve par ses mains.

**- Que voulez- vous dire? demanda le jeune peintre.

— J'ignore, poursuivit Jacques, si madame la marquise vous a informé d'une particularité qui, cependant, a bien son importance. Vous a-t-elle appris que j'étais chargé de lui remettre une somme de...

— Cent mille francs, acheva René. Oui, elle me l'a dit

— Eh bien, cette somme qu'elle a refusée, je l'ai toujours^ puisque je n'ai pas pu la restituer au marquis.

— Gomment ! vous avez cet argent l s'écria l'artiste.

COMMENT GâBBIBLLB SB BANaEÂ A l'aTIS... 351

— Oui, monsieur le comte.

— Et pendant ces vingt-trois ans vous l'avez gardé chez vousl Sans vous en dessaisir? Sans y toucher?

— Naturellement, répondit Jacques avec une simplicité antique.

— Et vous craignez, après une si noble conduite, que Gabrielle ait à rougir d'avoir un père tel que vous I

— Eb! Monsieur, fil Jacques, le monde s'occupe^t^il de pareilles niaiseries?

— Niaiseries! protesta Béné. Vous qualifiez de niaiserie un acte de probité tel qu'il ne s'en rencontre plus de sem<blable?

— Tant pis! répondit le vieillard. Après tout, le nom ne fait rien à la chose. Le fait'est que cet argent me brûle les doigts et que je ne veux pas le garder plus longtemqs...

-— Vous n'avez donc jamais revu le marquis? interrogea M. de la Vigerie pénétré d'une admiration sincère.

— Jamais.

— Et vous n'avez entendu parler de lui, ni ne l'avez jamais rencontré avant le jour où il est venu ici?

— Une seule fois. Six ans après qu'il eut disparu du monde. -^ Six ans après... répéta le baron avec agitation. Vous

l'avez revu.

— Il m'a écrit, répondit le vieux modèle. Le billet qu'il m'a fait parvenir n'était pas signé, mais j'ai parfaitement reconnu son écriture. Et, ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que, dans cette lettre, il ne me rappelait aucunement les cent mille francs qu'il m'avait donnés. Pourtant il ne devait pas ignorer que je les avais, puisque j'en avais prévenu son notaire...

— C'est que son intention était de vous les laisser, dit René.

— A quel titre? demanda fièrement le roi Misère. Le baron de la Vigerie était bouleversé.

— Six ans! répétait-il à voix basse. Six ans!

Cette date correspondait exactement avec celle où on lui avait volé sa fille !

— A quel sujet le marquis vous a-t-il écrit? demanda-t-il en faisant un effort pour contenir son émotion. '

352 LE BOI MISÂBB

— Je ne puis vous le dire, répondit Jacques ; c'est un secret qui ne m'appartient pas.

— Du moins, reprit le baron, pouvez-vous me jurer qu'à cette époque vous n'avez pris part à aucune tentative violente dirigée contre moi ou les miens.

— Sur mon honneur, je vous le jure ! fit le roi Misère avec étonnement.

Mais en même temps qu'il prétait le serment qu'on exigeait de lui, il examinait M. de la Vigerie, comme s'il avait voulu lire dans sa pensée. Ses sourcils se contractaient; son visage prenait une expression inquiète, ses regards devenaient déliants.

Le baron ne le remarqua pas. Il avait silencieusement courbé la tête et frappait du pied avec colère.

Seuls, Gabrielle et René s'aperçurent du changement que la question du baron avait opéré sur la physionomie du vieux modèle. L'artiste essaya en vain d'échanger avec la jeune tille un coup d'oeil d'intelligence. Elle se détournait de lui comme pour éviter jusqu'à ses regards.

— Ainsi, reprit René, depuis l'époque que vous citez, M. de Lostanges ne vous a plus donné signe de vie?

"— Pas une fois, répondit Jacques. C'est précisément pour cela que je viens vous restituer la somme que monsieur votre père a laissée entre mes mains...

— Je n'en veux pas, dit vivement le jeune peintre. Croyezvous que je puisse accepter ce que ma mère a refusé?

— Vous agirez à votre guise, mais quant à moi, je ne veux pas assumer plus longtemps une pareille responsabilité. Puisque vous connaissez M. de Lostanges, je vous serai obligé de lui restituer cet argent ou de le lui faire parvenir.

En disant ces mots, le roi Misère déposa sur la table le portefeuille que, la veille, il* avait ouvert devant sa fille.

René fit un mouvement pour le repousser, mais, comme si une idée subite avait lui dans son esprit, il prit le portefeuille et le mit dans sa poche.

— Soit, dit-il d'une voix ferme. Je m'en charge.

— Maintenant, ajouta Jacques, je n'agirai pas envers vous par surprise. J'attendrai, pour quitter cette maison, que madame la marquise soit installée et que vous m'y autorisiez.

COMMENT GABHIELLE SE RANGEA A l'aVIS... 353

J'espère que vous n'abuserez pas de la fausse position que me font les événements.

— Et Gabrielle? demanda René avec vivacité.

— Ma fille me suivra, répondit sans hésiter, le vieux modèle.

— Vous n'aurez pas cette cruauté 1 s'écria l'artiste en sanglotant. Vous ne voudrez pas priver ma mère d'une amitié si intelligente, si dévouée. D'ailleurs, ne craignez rien. Ma mère a deviné mon secret. Elle sait que j'aime Gabrielle, et que je ne la sacrifierai pas aux préjugés vaniteux d'une classe à laquelle je n'appartiens ni par mes convictions ni par mon éducation. Elle consentira...

— A quoi? interrompit le roi Misère avec dignité. Vous n'ignorez pas que les projets auxquels vous faites allusion ne sont pas réalisables. Ma fille ne vous l'a pas caché.

— Oui, répliqua René d'une voix sourde. Je sais que votre égoïsme barbai e est le seul obstacle à notre amour. J'en appelle à Gabrielle...

— Pardon... fit le vieillard d'un ton hautain.

— Taisez-vous, père, dit Gabrielle avec froideur. Puisque c'est moi qu'on interroge, je répondrai.

Pendant cette longue conversation, la jeune fille navait pas prononcé un mot. Elle paraissait étrangère à ce qui se. passait autour d'elle. L'interpellation directe de René fit monter la rougeur à son front, et l'arracha à l'impassible indifférence qu'elle affectait.

— Je ne sais, en vérité, réppndil-elle d'une voix mal affermie, de quel droit M. René se permet de récuser mon père qui, seul ici, a quelque autorité pour se prononcer. J'ai dit a M. René que je ne Taimais pas, je le répète. C'est moi, et personne autre, qui repousse les offres flatteuses dont j'ai été l'objet, et je ne souffrirai pas qu'on fasse retomber sur mon père le dépit mal fondé que mon refus a pu causer.

René n'en pouvait croire ses yeux et ses oreilles. Ce langage danj^la bouche de Gabrielle l'épouvantait.

— Non, balbutia-t-il, ce n'est pas possible... J'ai mal entendu... Ce n'est pas vous qui renieriez...

— Je vous en prie, monsieur le comte, fit le roi Misère d'un ton qui n'admettait pas de réplique. Votre insistance

354 LE ROI MisàaB

n'aurait d'autre résultat que de rompre sur Theure les relations amicales que nous avons nouées ensemble. Par égard pour madame la marquise, ne nous forcez pas de nous éloigner à Tinslant même.

René tenta de se raidir contre la douleur qui Tétreignait, mais il n'en eut pas la force. Il fit en chancelant trois ou quatre pas et tomba accablé sur le divan.

Le baron lui prit la main, et fit signe au vieillard de s'éloigner.

— Quels que soient les motifs qui vous guident, lui dit-il, votre cruauté n'a pas d'excuse.

— Viens, ma fille, sourit Jacques d'un air triste et résigné, en entraînant Gabrielle.

La jeune fille se laissa faire sans résistance. Elle suivit son père, qui traversa l'antichambre et ferma la porte d'entrée. Mais, au moment de franchir le premier degré conduisant à l'étage supérieur, brisée par les émotions qui la torturaient, Gabrielle s'évanouit, sans pousser un gémissement, dans les bras du vieux modèle.

— Ah! s'écria Jacques en l'emportant, Dieu n'est donc pas juste !

Et devant le corps inanimé de la frêle petite, le vieillard se mit à pleurer comme un enfant...

La fermeté dont le père et la fille venaient de faire preuve prenait sa source dans la résolution récente qu'une visite du docteur Lasserre leur avait dictée. Gabrielle ne sacrifiait plus seulement son amour à sa reconnaissance envers le roi Misère, elle le sacrifiait encore à son devoir.

En effet, pendant la matinée, alors que René était auprès de sa mère, le docteur, se souvenant de la promesse quMl avait faite à son ami, était venu rendre visite à Jacques. Sa fille était auprès de lui et déjà disposait tout pour recevoir la marquise.

Après l'échange de politesses qu'autorisait la familiarité de ses relations, le docteur se tourna vers le vieux modèle.

— Mon cher monsienr, dit-il, j'aurais à vous parler, à vous seul, si vous le permettez...

En même temps il conduisait tout doucement Gabrielle étonnée dans sa chambre, dont il fermait la porte.

COMMENT GABRIELLB SB BANGEA A l'aVIS... 356

— Mon bon ami, reprit-ilens'approchantde Jacques, ne vous formalisez aucunement de la démarche que je viens tenter auprès de vous. J'ai cru que je devais la risquer à titre de médecin et d*ami.

— Je suis à vos ordres, monsieur, répondit le roi Misère.

— Vous aimez beaucoup votre fille, m'a-t-on dit? commença doucement le docteur.

— On ne vous a pas menti, monsieur.

— Alors, vous avez dû remarquer que, depuis un mois environ, la santé de celte jeune personne est assez gravement altérée...

— C'est vrai, monsieur.

— Et vous ôtes-vous demandé pourquoi?

— Souvent.

, — L'avez- vous interrogée à cet égard ?

— Cent fois.

— Que vous a-t-elle répondu?

— (Jumelle n'avait rien, que je me trompais...

. — J'en étais sûr. Et vous n'avez pas cherché quelle était la cause de ce dépérissement inexplicable? .

— Non, monsieur, je l'avoue.

— AlorSj j'ai bien fait de venir vous trouver.

— Vous connaissez donc les motifs de ce malaise?

— Ma spécialité ne me force^t-elle pas à être le médecin du cœur et de l'esprit autant au moins que celui du corps?

— Et ces motifs quels sont-ils?

— Votre fille aime quelqu'un, répondit le docteur.

— Elle vous l'a dit?

— Jamais.

— Comment alors pouvez-vous l'affirmer?

— La belle énigme que vous me proposez là! Un enfant en trouverait le mot. Qui Gabrielle peut-elle aimer, sinon un homme qu'elle ait eu fréquemment l'occasion de voir et d'apprécier? Or, cherchons bien dans son entourage. Puisque vous ne pouvez être mis en cause, nous ne trouverons que René et moi: René, qu'elle voit tous le& jours depuis trois ans bientôt; moi, qu'elle connaît depuis deux mois à peine. Donc le doute n'est pas possible, c'est René qu'elle aime.

356 LE BOI MISÈBB

Vous • le savez bien. Je ne suis pas dupe de voire feinte ignorance.

Le roi .Misère courbait la tête et ne répondait rien.

— Pourquoi ne pas marier ces deux enfants-la? conclut carrément le docteur. Je devine ce qui se passe en vous. Vous aimez aussi votre fille, je le sais, mais c'est Taimer cruellement que de vouloir son malheur. Prenez-y bien garde ! Vous jouez, non pas avec le feu, mais avec la mort. Si Gabrielle n'épouse pas René, elle en mourra, je vous le certifie, et c'est vous qui serez responsable de ce lugubre dénoûment , car c'est votre égoïsme et votre entêtement qui l'auront amené.

— Dieu me jugera, répondit Jacques d'une voix émue. Pour moi, je suis heureux qu'aucune parole n'ait été échangée entre M. René et moi. 11 est vrai qu'il m'a demandé la main de Gabrielle, je ne vous cache pas non plus qu'il me coûtait beaucoup de me séparer d'elle; il est possible que ma fille, par un héroïsme que vos observations me font soupçonner, ait voulu m'épargner cette douleur...

— Vous voyez bien ! s'écria triomphalement le docteur.

— Je ne le nie pas, reprit le vieillard. Cela est possible. Cela doit être. Mais je bénis mon aveuglement et la résignation de Gabrielle, puisqu'ils m'évitent la peine de reprendre une parole donnée...

— Je ne vous comprends plus, fit le docteur.

— La nouvelle position de M. René devrait pourtant vous ouvrir les yeux, vous qui vous flattez d'une infaillible clairvoyance. L'artiste d'hier, l'homme sans nom et sans fortune, est aujourd'hui comte de Lostanges. Demain, il sera riche. Gabrielle ne saurait donc prétendre à une union si disproportionnée. Pour ma part, je n'y consentirais pas.

— Est-ce vraiment un tel scrupule qui vous arrête?

— Pas autre chose.

— De sorte que, si les rôles étaient intervertis, si c'était vous qui fussiez noble et riche, vous refuseriez à René la main de votre fille? demanda Lasserre.

— Assurémei\t non. Mais de ce que l'on ferait soi-même il ne faut pas conclure à ce que feraient les autres...

— Q\xk cela ne tienne, fit vivement le docteur; je me

porte caution pour René et j'affirme que de semblables puérilités ne Tarrêteront pas.

— Je le crois comme vous, répliqua Jacques. Alors c'est à moi qu'il appartient d'empêcher cette mésalliance, car je ne vous ai pas tout dit, monsieur, et votre science ne pouvait vous l'apprendre: je suis Jacques Lacour, l'ancien valet du marquis de Lostanges.

Le docteur demeura bouche béante et ne trouva pas un mot à ajouter.

— Voilà qui coupe court à votre éloquent plaidoyer, continua le roi Misère avec amertume. Donc, croyez-moi , monsieur, brisons là. Je vous remercie d'avoir daigné venir jusqu'ici. Gabrielle vous saura gré comme moi d'une telle marque d'amitié; mais mon parti est irrévocable et rien ne m'en fera changer.

— Réfléchissez-y, mon ami, fit le docteur en se retirant, il y va de la vie de cette pauvre enfant...

Quand le docteur se fut éloigné, Gabrielle sortit de sa chambre et se jata dans les bras du vieillard.

— J'ai tout entendu, père, dit-elle, pardonnez-moi.

— Eh bien? fit Jacques, avec anxiété.

— Vous avez raison, dit-elle avec fermeté. Le devoir est là.

En repoussant les offres de René, ni le roi iMisère ni Gabrielle ne lui avaient avoué quels motifs les faisaient agir. Mais l'artiste, un moment terrassé par les angoisses que ce refus inattendu lui causait, soupçonna bien qu'une telle conduite cachait un nouveau mystère.

Après les tendres aveux que lui-même avait reçus de la jeune fille, il ne pouvait pas douter que les paroles qu'il vq-

nait d'entendre fussent dictées Gabrielle par d'autres raisons que celles qu'elle avait alléguées naguère.

Si troublé que fût René, il n'avait pas pu s'empêcher de remarquer qu'à travers l'énergique dignité du roi Misère, perçait une sorte de joie secrète de soustraire sa fille à la recherche dont elle était l'objet. "

Cette découverte dont il fit part au baron l'intriguait fort et ne surprenait pas moins M. de la^igerie.

Ni l'un ni l'autre ne trouvaient un prétexte plausible à cette étrangeté. Ils jugèrent donc que le parti- le plus sage était de se soumettre en apparence à la décison du vieillard, jusqu'à ce qu'on démasquât ses batteries.

D'ailleurs d'autres préoccupations les assiégeaient en ce moment. Depuis qu'ils avaient acquis la certitude que M. Arthur et le marquis de Lostanges n'étaient qu'un seul et même personnage^ René de son côté» le baron du sien, ne songeaient qu'à se trouver en face de l'homme qui avait été la cause première de tant de maux.

Ce fut M de la Vigerie qui, le premier, brisa la glace et annonça l'intention formelle de se rendre sur-le-champ chez le marquis de Lostanges.

— Certes approuva René, ce n'est pas moi qui vous en dissuaderai, mais moi aussi j'ai résolu de voir le marquis, et, comme vous avez manifesté Je désir de m'accompagner, j'espère que vous voudrez bien attendre à demain. Je partirais sur-le-champ, si l'installation de ma mère ne nécessitait pas ma présence.

— C'est juste, fit le baron, m|âi je vous en avertis, je n'attendrai pas un jour, pas une heure de plus.

— Ni moi, croyez-le bien, répondit René. Je ne vous adresserai qu'une dernière prière : c'est de ne rien dire à ma mère du projet que nous avons conçu. La sainte femme redouterait par trop les conséquences d'une entrevue que je juge indispensable.

— Vous avez raison, mon ami. Mais, à mon tour, vous me permettrez de vous Mppeler que le marquis est votre père, et que, si coupable qu'il soit, vous^ne pouvez pas, sachant quel titre le recommande à vos yeux, vous éloigner du respect...

— Rassurez-vous, Tinlerrompit René de la voix et du geste. Je n'oublierai rien.

Sur ces entrefaites survint Polyte. Il était transformé. Il avait remplacé les haillons sordides, dont il était vêtu la veille, par un habillement de velours bleu qui, s'il n'était pas neuf, était du moins propre.

— Ah ! fit René en l'apercevant, te voilà déjà en costume de commissionnaire.

— Oui, répondit Polyte en se retournant pour se faire admirer sur toutes les faces, il n'y manque plus qu'la mé* daille.

— Tu l'auras... si tu es converti. Mais que viens-tu faire ici ? As-tu quelque chose de nouveau à m'apprendre ?

— Non, rien. Seui'ment, comm' les p'tits n'arriveront pas avant deux ou trois jours, je v'nais voir si vous n'aviez pas besoin d'moi...

— Aucunement, je te remercie, répondit René.

— ^^Ahl c'est que... voilà. J'ai dit comm' ça à Lalie : Si t*âs quéqu' chose à m'dire, tu m'trouveras chez m'sieu Réné^ et alors. . . si ell' v'nait. . .

— Mais où veux-tu que je te mette ? fit l'artiste.

— Oh ! parbleu... où vous voudrez. J'suis pas gênant. Et puis, voyez-vous... ici, j' s'rai pas tenté d'aller boire...

— Allons, reste, consentit René. Tu viendras avec moi chez ma mère qui va venir habiter cette maison, et comme il y aura probablement quelque chose à emporter...

— C'est ça, dit joyeuseme^ Polyte. J'ia déménagerai.

— Eh bien ! va t'asseoirvans l'antichambre en atten-* dant.

— J'peux-t-y r'garder les images? Dans les cartons?

— A ton aise, sourit le* peintre. Cela l'occupera. L'ex-saltimbanque souleva le lourd rideau qui fermait l'entrée de l'atelier et disparut.

René et le baron demeurèrent seuls et convinrent qu'ils partiraient le lendemain matin pour Monnerville.

Quelques heures après, la marquise ^ait installée près de Gabrielle, dans la chambre que le roi Misère lui avait cédée. Son .fils l'avait mise au courant de ce qui s'était passé.

Pendant la soirée, René prit à part le roi Misère.

— Vous voyez, Jacques, lui dit-il, que ma mère est on ne peut mieux disposée en votre faveur. J*espère donc que nous triompherons de vos scrupules...

— Je vous en conjure, M. René, ne parlons pas de ça. Madame la marquise a été trop bonne, mais elle ne me fera jamais oublier ce que j'ai été.

— Je n'insiste pas, interrompit le jeune peintre. Ce dont je voulais vous prier, c'est d'être assez bon pour rester demain auprès d'elle jusqu'à mon retour...

— Vous vous absenterez donc? interrogea le vieillard.

— Une partie de la journée seulement, mais comme je ne peux pas lui dire où je vais, je désire qu'elle ne soit pas inquiète de moi.

— Vous ne pouvez pas lui dire... fit Jacques. Où donc allez-vous? Mais pardon, je suis indiscret...

— Nullement. Je n'ai aucune raison de vous le cacher, à la condition que vous ne le lui répéterez pas.

— Soyez tranquille, je vous le promets, M. René.

— Eh bien 1 je vais chez le marquis de Lostanges. Il faut que ma position soit bien tranchée et que je sache de quels sentiments il est animé, non pas envers moi, je m'en soucie fort peu, mais envers ma mère. D'ailleurs, j'ai de votre part une restitution à lui faire.

— Et vous y allez seul? demanda le vieux modèle.

— Non, le baron m'accompagne. 11 a lui-même une réclamation à adresser au marquis... un enfant qu'on lui aurait enlevé... ^

Le roi Misère pâlit, chancelsRt faillit tomber.

— Qu'avez-vous? demanda René avec sollicitude.

— Rien, balbutia Jacques.... toutce que j'apprends depuis (jnelques jours... la surprise... le respect...

— Remettez- vousj dit l'artiste avec bonté. Quoi qu'il arrive, de tout ceci il ne peut résulter qu'un grand bien. Ainsi je puis compter sur vos bons soins pendant cette courte ab sence.

Incapable de pronincer un mot, le roi Misère posa la main sur sa poitrine et s'inclina devant René.

Gabrielle ne les avait pas perdus de vue. Elle redoutait un f-r.inf. Le trouble et la pâleur de son père ne lui avaient pas

échappé ; mais elle se rassura en voyant le sourire que le jenne homme adressait au vieillard en se séparant de lui.

La veillée ne se prolongea guère. Vers dix heures, chacun regagna sa demeure.

De tous les personnages qui figuraient à cette soirée de famille, deux seulement passèrent une nuit paisible : c'était la marquise et Polyte.

Il faut bien l'avouer, René, qui n'était pas la crème des héros de roman, songea moins à son amour qu'à la démarche qu'il allait faire dans la matinée.

Le baron de la Vigerie était exactement dans la même situation, à cela près que son cœur était libre.

Quant à Gabrielle, la douloureuse contrainte qu'elle avait été forcée de s'imposer lui pesait affreusement.

Elle avait bien pris son parti ; elle était résolue à étouffer son amour, mais elle se sentait incapable de vivre ainsi, exposée à voir chaque jour celui qu'elle aimait, et à attiser le mal qui la consumait.

Pourtant, celui dont le sommeil fut le plus agité, fut le roi Misère.

Seul en l'appartement qu'on lui avait préparé, insensible aux attentions délicates que l'artiste avait apportées dans chacun des objets composant l'ameublement, il marcha longtemps à grands pas, comme un fauve dans sa cage.

Il ne disait mot, mais il se rongeait les ongles, et sur sa physionomie contractée, les plus horribles tortures se reflétaient. Ses cheveux se hérissaient, ses regards erraient dans le vide ou s'élevaient vers le ciel, comme pour y chercher une inspiration.

Cette surexcitation se calma enfin. Il se jeta sur son lit.

— Décidément, dit-il, c'est aujourd'hui qu'il faut partir... Mais Gabrielle consentira-t-elle à me suivre ?

Il ne ferma pas l'œil de la nuit. Le jour commençait à poindre quand il se leva. Il ouvrit la fenêtre de sa chambre ; il avait besoin d'air, il étouffait. Cette fenêtre donnait sur la cour delà maison.

Jacques aperçut René, qui, sans doute, se dirigeait vers le chemin de fer, pour se rendre chez le marquis de Lostanges, en compagnie du baron de la Vigerie.

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^^ Hàtons*nous, murmura le vieillard. Dans quelques heures, il serait trp tard.

Ea effei, René be jeia dans la pren ière voiture qu'il rencontra et se fil con«luire à la gare d Orléans, li y trouva le baron qui l'attendait et qui^ par mesure de précaution, avait pris l^b billets d'avance.

Un quart d'heure après, le train les emportait.

La veille, je bonm avait télégraphié à la principale auberge de Monnervtlle qu'on lui am^nât une voilure à la station. Celte voiture était un mauvais lilbury, ou plutôt une carriole sans couleur^ mal suspendue, dont les ress^orts fatigués gémisaient sous le poids des deux voyageurs.

L'atialdge se composait d'une rosse blanchâtre, au poil terne, aux genoux pieux, à la carcasse osseuse, destinant sous la peau une anatomie attristante. Cependant tout cela s'ébranlai se mit en marche et se prit à rouler sur le chemin du château Bourette, au trot de la béte étique qui l'emportait.

Pendant le trajet, René et le baron n'échangèrent pas une parole. 11 est vrai que le conducteur de cette machin.e disloquée aurait gêné quelque peu le'urs épànchements.

Au bout d'une heure et demie, on s'arrêta.

Le baron et René sonnèrent. Un domestique vint leur ou* vrir et les introduisit, pendant que, sur l'ordre qu'il avait reçu, le cocher les attendait, et, en l'honneur de cette solennité, régalait son maigre cheval d'un picotin d'avoine.

Au bruit de la sonnette, M. Breton se présenta sur le perron de l'escalier. Il manifesta quelque surprise en reconnaissant le jeune peintre.

— Votre maître est-il au château? demanda René.

— Oui, monsieur, mais vous savez bien»..

— 0^ il ïie reçoit jamais personne, acheva l'artiste, je le sais. Mais peut être, M. Arthur a-t-il changé d'avis depuis qu'il s'est décidé à quitter sa retraite.

— Quoi, monsieur ! fit l'intendant. On vous a dit.,.

— Votre maître est venu chez moi et je l'ai bien reçu, l'interrompit René; je me plais à croire qu'il ne me fera pas plus mauvais accueil.

M. Breton demeurait pétrifié d'étonnement.

LES INQUX!iTUDE8 DU ROI MISERE 363

— Veuillez, continua le jeune peintre, lui remettre ma carte et celle de M. le baron. Vous lui direz que nous sommes venus ensemble, et que le motif qui nous amène est à peu près identique.

— L'intendant prit les deux cartes qu'on lui tendait, et salua sans soulever de nouvelle objection. Il les fit entrer dans la bibliothèque, les pria d'attendre son retour et disparut.

Dix minutes s'écoulèrent, sans qu'aucun des deux visiteurs songeât à admirer les chefs-d'œuvre de toute espèce qui sollicitaient leur curiosité.

Enfin une porte s'ouvrit, celle par laquelle René avait vu certain soir arriver le pénitent, et M. Arthur parut sur le

seuil.

Mais ce n'était plus le personnage mystérieux en face de qui l'artiste s'était trouvé. Il avait dépouillé la robe de bure dans laquelle il s'ensevelissait jadis, comme en un linceuil. L'inpénétrable cagoule ne drapait plus sur son visage ses plis austères.

L'homme qui s'avançait vers eux appartenait au monde cette fois, par ses habits, par ses manières, par la politesse digne qu'il témoignait à ses hôtes, en leur offrant un siège de la main.

Il était tête nue, et, toute prévention à part, cette tête était belle et noble. Ses cheyeux, blancs comme la neige, étaient épais et couronnaient son front de boucles soyeuses. Sa longue barbe, un peu moins blanche que ses cheveux, encadrait sa figure expressive. Ses regards, sans être provocateurs, étaient limpides et calmes. Sa bouche souriait, mais d'un sourire de statue, stéréotypé sur les lèvres, sans joie, sans vie. Son attitude était froide, exempte à la fois de crainte et de bravade.

René ne l'avait jamais si bien dévisagé. Tout d'abord il se sentit saisi de respect à l'aspect de ce vieillard vénérable, qui, sachant probablement quelle question allait être agitée, venait à lui franchement et le visage découvert.

Le baron fut moins impressionné. Outre qu'il connaissait de longue date le marquis, ses vieilles haines, mial étouffées.

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renaissaient à celte vue, avec leur cortège de passions inassouvies.

Quant à M. de Lostanges, il ne s'était assis qu'après avoir vu ses hôtes installés dans le fauteuil qu'il leur avait désigné. Alors il se pencha vers eux et attendit.

Un assez long silence suivit ce premier moment de surprise. Mais le baron comprit que, par déférence, René attendait qu'il prit la parole.

— L'âge, dit-il, me donnerait à la rigueur le droit de réclamer le premier l'explication que je suis venu chercher, mais les intérêts de M. René passent avant les miens, et j'attendrai qu'il se soit expliqué.

En même temps, il se tourna vers le jeune peintre, et du geste, rinvita à parler.

Le marquis se contenta de s'incliner en signe d'assentiment.

LES VIEIUES HAINES

René remercia du regard le baron de la «Vigerie. Puis il fixa sur le marquis son regard clair.

— Monsieur, commença-t-il, peut-être avez-vous deviné déjà quels motifs m'ont conduit ici.

— Peut-être, répondit laconiquement M. de Lostanges.

— La visite que vous avez reçue, il y a un mois environ^ du baron de La Vigerie, doit vous l'avoir fait pressentir. La vérité veut que je vous dise que j'ignorais absolument, à cette époque, quelles relations embarrassantes l'avenir nous réservait.

Les confidences que j'avais faites au baron, confidences nécessitées par la position exce{)tionnelle que m'avait créée le hasard, avaient été provoquées par Taveu tacite que vous sembliez accorder aux projets de mariage conçus entre mademoiselle d'Érigny et moi. Je n'avais jamais songé aux im-

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