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— Halte-là, monsieur! Tinterrompit le marquis avec hauteur. Que dans un moment de vivacité, M. René me reproche un peu durement ma conduite, je puis le subir/ si le ciel a réelment permis que ma justice s'égarât à ce point, mais que VQus éleviez la voix pourm'accuser, chez moi, en sa présence, voilà ce que je ne saurais tolérer, ce que je vous défends!

— Vous! tjt M. de la Vigerie sur un ton de défi. Vous auriez la prétention d'enchaîner ma langue, ma volonté !

— Taisez- vous, je vous l'oi donne, répota le marquis.

— Ce sera donc moi, reprit le baron, qui me chargerai de vous punir ici-bas des irifamies que vous...

*- Sortez 1 cria M. de Lostanges, en s'avançant d'un air meïiaçant. A rinstanl! Je le veux I

— Je vous en conjure, messieurs, supplia René. Par respect pour votre dignité, pour ma mère qui vit encore, ne renouvelez pas les qut^relles sanglantes dont je ne saurais demeurer le témoin impassible.

En disant ces mots, il s'était levé, et, les deux bras étendus, il s'était place entre lesdeux gentilshommes.

— R jppelez-vous, dit-il au baron, que vous avez voulu m'accouipag.ier pour prévenir un éclat, que vous m*avez recommandé le calme et le respect, que tout à l'heure encore vous arrêtiez sur ma bouche les expressions un peu vives qui s'en échappaient.

— Vous avez raison, répondit M. de la Vigprie, j'oubliais que devant vous je ne puis pas aborder un pareil sujet, mais plus tard,.. *

— Pas plus qu'aujourd'hui, mon cher ami. ftfa position est délicate, ^éfléchi^sez-y, entre vous qui avez aidé ma jeunesse de vos conseils et de votre bourse, ma nïère dont l'excessive indulgence ne saurait cependant admeti/'e de pareilles violences, et monsieur le marquis dont je porte le nom.

Ayez égard tous les deux, je vous en prie, à l'extrême difficulté où le sort m'a placé de concilier toutes ces exigences. Et puisque, vous et moi, monsieur le baron, sommes venus chercher une explication amiable, restons dans les limites d'une courtoisie apparente, si elle ne peut être aussi franche que nous' l'aurions désirée.

— Voilà de bonnes et loyales paroles^ dit le marquis, je

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VOUS en rèfiflêrde, monsjieur R^né. H41as ! faut*ïl que ce soit Un jpuoe homme, presque un ei f;Hîl, dont la sagpfsse intervienne dans |ps haines mal éteintes de deux vieillards!

— 'C'est vrai! fit le baron attristé. Nous sommes vieux, monsieur le marquis! Fff trçoris nous donc de remuer ces cendres refroidies sans en f<iire jaillir une étincelle.

Quand, peu de jours après notre rencontre, je m^ fus assuré que madame de Losfangeg avait quitté la France, comme vous vous enfr rmiez au chàiean Boureite, je me rei.rai dans mes terres. Je n'av-iis pas oublié, mais Dieu m'^ivait envoyé une consola'inn. C'était ime file, im joli chérubin blond et ro^e. qui mil un peu de bnnue sur mes bl'ssiires et me fit repr^'ndrp g'^>nt à la vie. M is votre veng"anre veil'ait dânè r»»mb'e et mo poursuivait dans ma retraite. Une nuit, cette enfant me fut vo en. Sur son berceau vide, je trouvai un billet contenant cette phrar^e accusatrice :

a Vous av<z tué mon bonheur, je tne le vôtre* »

Pouvais-jeme méprendre ? Se d^^vinais-je pas quelle mnin cruelle avait trace ce? mots odieux? C'était vous, monsieur ie marquis, ne le niez pas.

— JVn conviens, dit simplement M. de Lnstanges.

— Eh bien ! je vonssnpp ic, continua le baron. Vous voyez que je ne menace plus, que je prie, que je pleure... Qu*ayeir vous fait de J *anne, de ma fille?

— Sur ce ton-là, monsieur, vous trouverez toujours à qui parler, répondit le marquis. En sortant du tombeau dans darjs Irqiiei je^ mVl;iis rnuié, en rentrant dans le monde, où vos et anges révélations sur René Dorvâl m'ont rappelé, j'ai abjuré toute haine. Il n'a pas tenu à moi que la scène qui vient de se passer n'eût pas lieu. Je vais vous en donner la preuve.

En vous prenant cette enfant, je ne prétendais que me venger, mais je ne voulais pas la vouer au malheur. Je la fis donc conduire secrètement chez un homme de confiance, dont j'avais désiré reconnaître le zèle et la probité, en lui abandonnont une somme que, d'abord, je n'avais pas l'intention de lui laisser...

— Que dites vous ? fit le baron très-agité.

— En lui faisant remettre cette fille, je lui écrivis, sans au

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tre explication, quelques mots que je né signai point, par lesques je la recommandais spécialement à sa sollicitude ; mais^ dans ma précipitation, je négligeai de Tautoriser à se servir pour l'élever de l'argent qu'il avait entre les mains. Plus tard, je crus inutile de réparer cette omission, je ne doutais pas qu'il l'eût comprise, et je ne me figurais pas que sa probité résisterait éternellement à la tentation. Je vois que je me, suis trompé. Le portefeuille que vient de me remettre M. René me prouve...

— Ainsi, cet homme c'est Jacques Lacour? demanda le baron qu'un espoir soudain vint animer.

— C'est lui, répondit M. de Lostanges. 11 avait laissé sor adresse à mon notaire, je n'eus pas de peine à le découvrir. II habitait alors rue Neuve-des-^etits-Champs, 60. En m'informant de lui, j'avais appris qu'il s'était marié, et que sa femme venait d'accoucher d'une fille nommé Gabrielle, celle sans doute dont vous me parliez tout à l'heure...

— Gabrielle ! sa fille ! s'écria le baron tout à coup désespéré. Mais alors qu'est devenue Jeanne?

— Je ne saurais vous le dire, fit le marquis; mais, puisque vous connaissez Jacques, il vous est facile de l'interroger.

— Courons, dit précipitamment M. de La Vigerie, qui saisit le bras de René.

— Un moment encore, demanda le jeune peintre en s'adressant au marquis.

M. de Lostanges, reprit-il, je retourne '«auprès de ma mère. Elle ignore que je suis venu ici, et, pour peu que vous le désiriez, je ne le lui dirai pas. Mon seul butéiait desavoir si vous m*autorisiez à porter votre nom, ou si je devais recourir aux voies judiciaires pour faire constater mes droits.

— C'est inutile, interrompit le marquis. Ce nom est bien à vous. Je ne songe pas à vous le reprendre, ni même à vous le contester. Est-ce bien tout ce que vous aviez à me dire?

René crut remarquer que les regar(is du gentilhomme s'étaient adoucis, et que.ses traits exprimaient une émotion que sa volonté était impuissante à dominer. Lui-même, il se sentait remué, attendri; mais il songea à ce qu'avait enduré sa mère, et le courage lui revint.

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— C'est tout, monsieur le marquis» répondit-il en saluant profondément. • . .

Le gentilhomme devint livide, mais ne répliqua point.

Gomme pour mettre fin à cette situation équivoque, le baron prit la main de René et l'entraîna.

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