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COMMENT LE PLUS HONNÉTB HOMME PEUT

son, les trésors qu'il pos^^de, et qui se sontforc<*ment accrus pend^int sa r^tra te, ce n'est pas seulement la richesse qui les attend, c'est Topulenre. Nous les générons alors, ces grands seigneurs. Pour se débarrasser de nou;*, ils nous feront Taumône d'une partie de ce que le marquis tient en réserve, de ce que je leur ai rendu, peut-être...

«^ Par exemple I fit Gabnelle avec indignation.

— Cela te semble inipossible, monstrueux^ je le conçois, mais quelle autre solution serait vraisemblable? S'ils ne nous achètent pas, loin, bien loin d'eux, une petite maisonnette discrète où nous végéterons indifférents le reste de nos jours, que feront ils? Nous recueilleront-ils chez eux? nous ferontils partager leur château, leur table, leur richesse? Je l'admets. En ce cas, restons. Résignons -nous à subir éter^ ^^ tellement l'humiliation contre laquelle nous nous révoltons déjà, au bout de vingt-quatre heures...

^* Jamais 1 s'écria énergiquement la jeune fille. <*-- Donc, quel autre parti prendre? dit Jacques. Rester ou partir : il n'y a pas de milieu. Choisis.

— Eh bienl répondit Gabrielle» nous partirons...

«*« Quand ? Pourquoi hésiter? A quoi bon prolonger notre supplice?

— Quelle est donc votre intention? demanda-t-elle en changeant subitement de couleur.

-^ Je n'en ai aucune. Je ne ferai que ce qu'il te plaira, répliqua le roi Misère. Mais si tu es résolue à fuir, mieux vaut s'y décider à l'instant.

— Vous avez raison, fit Gabrielle avec exaltation. Quant à moi, je ne saurais vivre ainsi.

— Réfléchis, fit observer Jacques. Je ne veux pas que tu me reproches un jour d'avoir influencé ta volonté.

— Ne craignez rien, père, je serai forte. Mais comment annoncer cette nouvelle à la marquise?

— Je m'en charge, répondit le vieux modèle. Toi, pendant ce temps, fais un paquet des quelques bardes que j'ai transportées hier ici. Tu y joindras tout à l'heure ce que tu veux emporter, nous prendrons une voiture et nous irons*.. oti le ciel nous conduira.

— ' Soit! dit la jeune fille surexcitée. Hâtez-vous.

384 LE ROI MISàBB

Jacques se rendit chez la marquise. Elle était debout.

— Madame, commença- t-il, j'avais espéré demeurer auprès de vous en Tabsence de M. le comte...

— René est donc absent?

— Pour quelques heures seulement. Ne soyez pas inquiète. Il m'avait prié de les passer auprès de vous et j'y avais consenti, mais une lettre que je reçois à l'instant me force à sortir...

— Ne vous gênez pas, mon bon Jacques, dit la marquise, Gabrielle me tiendra compagnie.

— C'est que... balbutia le vieillard, il est indispensable que ma fille vienne avec moi.%

— S'il s'agit d'une affaire grave et que vous ne puissiez pas remettre, je n'ai aucune objection à faire. Allez, et emmenez Gabrielle. Grâce à Dieu, je n'ai plus besoin de personne à mon chevet.

— Je remercie madame la marquise de son indulgence.

— Il n'y a pas de quoi, mon ami. Vous êtes libre et pouvez, comme vous l'entendez, user de votre liberté.

Jacques se retira et regagna son appartement.

En rentrant chez lui, il vit son linge et ses habits empilés sur une table. Gabrielle était immobile. Elle tenait à la main un béguin et un bonnet d'enfant, coquettement brodés, garnis de valencienne, et les examinait curieusement.

— 0^'est-ce cela? demanda-t-elle en apercevant son père.

— Rien, dit précipitamment le roi Misère, qui tendit la main pour s'en emparer.

Mais Gabrielle les lui enleva lestement.

— Tu as porté cela jadis, fit le vieillard avec un sourire contraint. C'est une relique de ta jeunesse.

— Mais ce linge est marqué d'un R et d'un V...

— Oui. J'avais acheté cela tout fait, pour que tu fusses belle...

— C'est singulier, reprit la jeune fille sans remarquer le malaise de son père, ces initiales sont les mêmes que celles de ce monsieur que l'on nous a présenté hier...

— Quel monsieur?

— Monsieur le baron Raoul de ia Vigerie.

— Tiens ! c'est vrai, dit Jacques avec un rire nerveux.

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