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LE PERSOXNAOB QU'ON N'ATTENDAIT PAS

On conçoit aisément le désordre qui suivit cette scène im* prévue.

Le baron et René prirent le vieillard et lô couchèrent sur le lit, pen>iant que Gabrielle éperdue allait clieicher des sels et faisait appeler un médecin.

Quand la pauvre enfant remonta, le roi Misère respirait avec pluâ de facilité, mais sa figure violacée, ses traits tuméfiés, indiquaient utie congestion imminente^ On ne pouvait

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le sauver que par une saignée immédiate. Et le docteur n'arrivait pas !

Déjà René avait tiré son canif et se préparait à remplir tant bien que mal Toffice de médecin, quand celui-ci parut enfin.

li courut droit au lit du malade, le regarda un instant, et dans demander d'explication, déplia sa trousse et tira sa lancette. La manche du vieillard était relevée, son bras était nu; le docteur n'eut que la peine de pratiquer une légère piqûre. Une goutte noirâtre apparut aussitôt; mais le sang ne jaillit pas.

Oabrielle effrayée contemplait ce spectacle, auquel la marquise s'efforçait inutilement de Tarracher. Une inquiétude mortelle se lisait sur tous les visages. Seul, le docteur ne sourcillait pas. Il tenait le bras du roi Misère et faisait une petite grimace d'assez mauvais augure.

Knfin la première goutte coula sur la peau du vieillard. Ellnfiit suivie d'une seconde, d'une troisiè le, puis d'un jet abondant qui s'échappa tout à coup de la piqûre. Jacques était sauvé.

— Beau sang ! murmurait le médecin d'un ton connaisseur. On dirait celui d'un homme de trente ans.

Cependant les traits du vieux modèle reprenaient leur calme ordinaire, son teint dép )uillait peu à peu les couleurs sinistres qui l'avaient envahi. Bientôt après il ouvrit les yeux et soupâra.

11 promena autour lui un regard étonné de voir tant de monde à son chevet. 11 aperçut la phy^ionomie impassibledu médecin, et vit Gabrielle, les yeux démesurément ouverts, la bouche béante, muette de terreur, tenant à la main la bande de toile que le docteur avait réclamée.

Sur. le visage de la marquise, du baron et de René, il lut une indicible expression d'anxiété. Alors il se souvint, il eut un sourire triste et résigné. Deux grosses larmes vinrent lentement humecter sa paupière, mjis il ne prononça pas un mot. *

Le docteur fit un si^ne, Gabrielle s'approcha et maintint le bras du patient, pendant que le médecin bandait la blessure.

— Ce ne sera rien, dit-il en se retirant. Cet homme se porte à présent comme le Pont-Xeuf .

Le baron raccompagna et le congédia « selon la formule. » Quand il rentra dans la chambre, la marquise était auprès du vieillard.

— Ah ! vous nous avez fait une fière peur, mon pauvre Jacques! disait-elle. Mais aussi, qu'est-ce qui vous a pris! Songe-t-on à vous enlever Gabrielle... Jeanne, veux-je dire?

— Vraiment? ût-il, vous me la laif^serez ?

— Vous savez bien que c'est impossible; mais rassurezvous; le baron ne la gardera pas plus que vous.

— Ah I dit le roi Misère encore un peu ébranlé. Qui donc...

— Comment! c'est vous qui m'adressez cette question! s*écria la marquise. Vous avez donc oublié que Jeanne aime René, que mon fils vous a demandé sa main?

— C'est vrai! répondit tristement le vieux modèle.

— Eh bien ! comme je la demande aujourd'hui pour mon fils au baron qui ne me la refusera pas, vous comprenez que Jeanne ne tardera pas à devenir comtesse de Lostanges...

— Oui. Ah! je vais être bien seul à présent!

— Pourquoi ! Ne voulez-vous donc pas demeurer avec nous? Ne verrez-vous pas Jeanne tous les jours?

— Bien vrai! Vous ne me chasserez pas? Vous me permettrez de la voir...

— Certainement.

— Comne autrefois?

— Sans doute.

— Et de l'embrasser... de temps en temps... quand on ne me verra pas ?

— Pourquoi non? Croyez-vous q'ie nous ferons mystère ou que nous rougirons de tout le bien que vous lui avez fait ?

Jeanne jeta au baron un regard suppliant et vint se placer à côté du vieillard.

Vous m'en voulez donc, père Jacques ? demanda-t-elle d'un ton plaintif Pourquoi? Est-ce parce qie je sui.s riche, noble? Est-ce parce que je pourrai reconnaître enfin ce que je vous dois?

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