‹ Le roi RamireChapitre 6 sur 7 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

À mesure que la nuit, longtemps suspendue par d'obscurs rayonnements lointains, se faisait plus épaisse, les vapeurs de l'Arbouse, touchées par une lune mince et pâle, devenaient plus blanches et semblaient grossir à vue d'œil. Tout à l'heure, c'étaient des fumées légères flottant sur certains points à la surface de l'eau ; à présent, les lourds anneaux d'une chaîne de montagnes se développaient d'une rive à l'autre, encombrant la vallée de leurs masses trapues, projetant vers le ciel des cimes d'où se détachaient incessamment des avalanches de neige ou d'énormes blocs de rochers. Jacques et l'abbé Pigeonneau quittèrent les bords de la rivière, coupant à droite vers la maison.

« Une dépêche ! une dépêche I » continuait de crier mademoiselle Hombeline.

« Nous voici ! » répondit M. Pigeonneau.

Mademoiselle de Castillet, qui, après s'être avancée jusqu'à l'entrée du parc, avait rétrogradé vers le jardin, se retourna et discerna, à travers les brumes enveloppantes, son neveu d'abord, puis l'aumônier.

« Vous jouez donc à cache-cache? leur ditelle.

« Une dépêche pour moi ? » demanda Jacques.

« La voici ; on l'apporte à l'instant. »

Jacques rompit le cachet de la petite feuille bleue ; mais impossible de lire.

« Entrons dans le salon, lui dit sa tante...

Monseigneur Rodriguez, M. d'Alpujaras, Isabelle sont là. Du reste , Méric va sonner le dernier coup de la Bénédiction. Nous irons à la chapelle tous ensemble, selon l'habitude. Gussette, prépare des lanternes... »

Jacques n'écoutait pas. — Que lui voulait cette dépêche? — Ce chiffon de papier lui pesait. Enfin, il pénétra dans le salon, très insuffisamment éclairé par deux antiques lampes Carcel. Notre

jeune homme, obsédé d'inquiétude, sans articuler un mot d'excuse pour son absence si longue, sollicita la permission -de prendre immédiatement connaissance du télégramme qu'il recevait.

« Je parierais que c'est une dépêche dû Roi, » dit le marquis Alvar.

Jacques gagna le fond de la pièce, où une des lampes reposait sur une console, et lut ces lignes en caractères imprimés :

« Mon chéri, si tu t'amuses à Lormières,

» restes-y. Moi, je ne m'amuse pas à Luchon,

» et je pars. Je vais à Saint-Sébastien par la

» mer. N'est- il pas vrai que c'est charmant?

» Pourvu que Méritons ait embarqué assez de

» biscuit ! Il nous a manqué plus d'une fois , le

» biscuit, rue Taitbout. Je te pardonne cette

» négligence et bien d'autres avec , et je t'em-

» brasse comme je t'aime... pas bien fort.

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