‹ Le roi René. Regnault et Jehanneton. Introduction, notes et glossaireChapitre 7 sur 13 · FROISSART · texte numérisé non relu

FROISSART

Non, car maintenant le paysage est vu, copié sur nature, et Gardanne nous en fournit tous les aspects successifs (2). C’est à Gardanne que René

(1) Ainsi Froissart qui émancipa si fort la pastorale respecta l'expression sacramentelle « l'autrier » ou « l’autre jour » que nous ne retrouverons plus dans Regnault et Jehanneton.

Assis prés dou Bourch la Roîne En l'ombre d'un vert arbrissel

Vi l'autrier à l'eure qu'on desne, Mainte touse et maint pastourel.

(FroissaArT. Pastourelle XV : Comment la roïne de France est premiers entrée en Paris, août 1380.)

(1) Le roi René à son château de Gardanne, par l'abbé M. Chaillan, 1909, in-8 : le 26 juin 1454 achat

a sa ferme modèle d'élevage — bergerie, vacherie, porcherie — c'est à Gardanne qu’il installe son oivier ; c’est à Gardanne que passent les pèlerins au tombeau de la Madeleine à Saint- Maximin (1). Peut-être un jour prochain le hasard, providence des curieux, favorisera les recherches laborieuses de quelque érudit, et

de Gardanne ; le 31 décembre 1457 arrivée de René à Gardanne où le 28 son maître d'hôtel Jean de la Sale avec les fourriers l’avaient précédé ; à partir de 1469 les retours royaux à Gardanne sont des plus fréquents.

(1) L'on sait la grande dévotion que René avait pour Marie-Madeleine : non content d'enrichir sa basilique, d’aller visiter la Sainte-Baume et de vénérer le Saint-Pilon au lieu où sept fois par jour selon la Légende Dorée la pécheresse repentie était ravie par les anges... René lui avait dédié sa plus belle monnaie, son florin d’or appelé « magdalon >» dans les textes parce qu’il représente le buste de la sainte tenant le vase à onguent. Cette pièce offre quatre variétés dont les plus curieuses remplacent le nom et les titres du roi par les mots : MARIA : VNXIT : PEDES : XRISTI: tandis qu'au revers la double croix d'Anjou est entourée du premier vers de l'hymne : O, CRVX, AVE, SPES, VNICA. Seules les lettres R. KR. (Renatus Rex) accostant la croix indiquent que la pièce est de René. La tarasque marque l'atelier de Tarascon.

pourrons-nous connaître le nom de ce pèlerin ami, témoin de la querelle royale choisi comme juge du conflit amoureux, cause charmante que M°e Martial d'Auvergne aurait su, je présume, couvrir de son arrêt. Peut-être un jour prochain une pièce d'archives mettra-t-elle le chercheur sur la voie de quelque commensal, de quelque domestique du roi qui, à l'exemple de son secrétaire et poursuivant d'armes messire Pierre de Hurion dit « Ardent Desir » voulant témoigner au roi et à la reine sa gratitude pour le service qu’ils rendirent à son frère en lui faisant accorder un bénéfice par l'archevêque de Reims (frère de Jeanne de Laval) offrit au roi « ung petit traité en parchemin » qui était probablement son ouvrage et qui figurait en 1471 parmi les livres conservés à Angers (1).

(1) Aux Comptes de Provence du roi René (Arnaud d’Agnel) on lit certaines notes discrètes qui n'ont pas encore révélé leurs secrets : à maistre Gontier philosophe le VI: dudit moys d’aoust (1478) en Avignon la somme de vingt ducaz à lui délivrez

par le commandement du roy pour luy faire cer-

taines choses à son plaisir. — Au Prieur maréchal des logis le XIII du dit moy (décembre 1478) 5 florins que le roy lui a fait bailler pour achater du papier et parchemin pour certaines choses que le roy lui

Ce superbe triptyque de la cathédrale d'Aix, le Buisson ardent (1), qui si longtemps passa pour l’œuvre capitale due au pinceau du roi, n’est-1l pas maintenant, par la critique, justement restitué à son auteur le maître avignonnais Nicolas Froment d’Uzès à qui René l'avait commandé (Comptes des menus plaisirs, 1475-79).

La réputation royale en fut-elle diminuée ? Non. Il en sera sans doute de même pour Regnault

fait faire. — Le 19 décembre 1478 à un prédicadour, docteur en théologie la somme de XX ducatz que le roy lui a donnez pour un livre qu'il a présenté fait a sa louenge. — Au Prieur maréchal des logis le XXIIII du dit moys pour certains livres qu'il a fait escrire pour le dit seigneur, etc.

(1) Le tableau complet (H. 12 pieds L. 6), peint à l’huile sur panneaux de bois représente au sujet central dans un paysage où paissent des moutons te buisson ardent où la Vierge est substituée à Dieu le Père suivant la tradition victorine (René était chanoine de Saint-Victor); sur le volet de droite : le roi agenouillé devant un prie-dieu armorié sur lequel est un coussin supportant la couronne à côté d’un livre d'heures, à ses pieds un ‘barbet ; il est accompagné des trois protecteurs de l’Anjou et de la Provence : saint Maurice, saint Antoine et sainte Madeleine ; sur le volet de gauche : sa femme Jeanne de Laval avec saint Jean-Baptiste, sainte Catherine et saint Nicolas.

et Jehanneton. Le mécène aura gagné, plus que n'aura perdu le royal amateur, et René demeurera plus conforme au portrait tracé par lui-même dans lAbuzé en court (1).

Huy content, demain despiteux

Ung jour marry, l’aultre joyeulx

Une heure en pleur, l’aultre en soucy Une fois seur, l’aultre esbahy

Demy fol, saige peu souvent

Plus paresseux que diligent.

(1) Si par une noble pudeur René de toute indiscrétion défendit les Amours du Bergier et de la Bergeronne, par contre il accorda une large publicité à l’Abuxé en court dont la Bibliothèque nationale possède quatre manuscrits. Cet ouvrage fut dès 1484 imprimé à Vienne en Dauphiné en un volume in-f* avec petites figures dans le texte sous la signature de Pierre Schenkc. Si Jeanne de Laval consentit à cette publication c’est qu’elle était sûre d’honorer par là le souvenir de son royal époux, peut-être même exécutait-elle ainsi un secret désir du vieux roi... Que René ait souhaité être imprimé tout vif, cela nous semble probable; qu'il en ait même caressé le dessein avec quelqu'un de la vallée du Rhône, c’est possible. Un seul fait demeure : Pierre Schenck après cette publication vint à Lyon où il fut l'associé du célèbre Gaspard Ortuin lequel était mentionné au rôle d'impôts de cette ville comme impresseur de livres dès 1478, c'est-à-dire deux ans avant la mort du roi.

Pour assurer cette identification 1l faudrait que les lettrés de France connussent autrement que par l’imparfaite copie de la Bibliothèque nationale ce manuscrit fameux dont les riches enlumminures suscitaient, à Saint- - Pétersbourg, ladmiration .du comte de la Ferrière.

Après avoir échappé à la chute de l'ancien régime français puisse le précieux manuscrit original de Regnault et Jehanneton avoir trouvé en Russie un destin aussi miraculeux !

Quand les relations seront reprises avec le gouvernement de Pétrograd, si les diplomates français voulaient consentir à demander aux Soviets de nous le restituer, nul doute que ceux-ci, pour inaugurer le règne de la paix, ne fassent sur Pautel de la réconciliation européenne l'hommage gracieux de cette historique pastorale, car ce geste d’imprévue courtoisie et de respect pour la mémoire de ce Bon Rot de légende serait des deux côtés plus éloquent que bien des protocoles. En relisant leur poème d'amour, saluons le prince avisé qui fut en France le plus actif précurseur de la Renaïssance, et sourions

aussi à la gente reine Jeanne qui par son charme discret sut captiver si délicatement son grand curieux de René (1).

(1) Bien amusant le dernier emblème de René : « un seul bonnet pour leurs deux têtes » qui se trouve reproduit ici.

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