‹ Le Rôle de la Banque des Règlements InternationauxChapitre 16 sur 56 · A OT · texte numérisé non relu

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dépôts à son passif, autrement dit, en contractant des créances sur elle-même, Elle ne travaillera donc qu'avec les disponibilités or et devises provenant de ses actionnaires, créanciers, clients. |

Les capitaux énormes que la B.R.I. est appelée à posséder, doivent-ils la conduire à devenir une grande banque d’affaires, à s’intéresser à des entreprises privées dans les différents pays du monde, à concurrencer les Banques d’affaires privées, concurrence d'autant plus facile que les moyens à sa disposition seront considérables. D’abord, ses services d'informations très complets, ses relations économiques avec tous les pays du monde son crédit moral, ses facilités de paiement, de règlements par les comptes-virements qu’elle ouvrira à toutes les Banques qui en feront la demande; ses possibilités d’avoir comme agences, toutes les Banques Centrales qui y consentiront, assurent à son activité la plus grande internationalisation qui soit.

Devant toutes ces perspectives logiques en ellesmêmes, que prévoient les statuts ?

L'article 25 déclare :

Il est interdit à la Banque :

a) d'émettre des billets payables à vue et au porteur.

b) d’accepter des lettres de change.

c) de faire des avances aux Gouvernements.

d) d’ouvrir des comptes-courants au nom des gouvernements. e) d'acquérir un intérêt prédominant dans une affaire,

f) sauf dans la mesure indispensable pour la gestion de ses propres affaires, de rester propriétaires d'immeubles plus longtemps qu'il n’est strictement nécessaire pour réaliser avantageusement toute propriété immobilière dont la Banque serait amenée à prendre possession au recouvrement des créances.

Aucune de ces interdictions n’est absolue, toutes peuvent être tournées dans le cadre des statuts. On a in-

SORTE à

terdit à la Banque de faire des avances aux Gouvernements, mais elle pourra escompter leurs bons du Trésor; de même l'interdiction d'acheter des lettres de changes ne l’empêche pas de soutenir une Banque d’acceptation. La Banque pourrait valablement émettre des billets payables avec un préavis insignifiant d’un jour, sinon d’une heure. De même les contrats de trust, qui chargeront la Banque du recouvrement de certaines créances internationales, amèneront fatalement l’ouverture de comptescourants au nom des pays créanciers et débiteurs.

Il semble donc que la Banque des Règlements internationaux soit une Banque de Dépôts comme toutes les autres Banques spécialisées dans ce genre d’activité. Elle a de plus sur les autres, deux avantages incontestables : d’abord, celui de pouvoir disposer de dépôts à terme important qui lui seront confiés pratiquement, et sauf, faute lourde, pour une durée illimitée. En second lieu, comme elle jouira vraisemblablement d’un crédit exceptionnel, il lui sera facile de faire des émissions de bons à long terme sur les différentes places pour investir les capitaux ainsi obtenus dans des pays qui manquent de ressources.

Quant à la conception de la Banque des Règlements Internationaux, véritable super-banque centrale, il est facile d’en montrer la fausseté. En effet, les marques distinctives d’une Banque Centrale sont, ainsi qu’il est communément reconnu, le droit d'émettre seule des billets; l’obligation d’agir comme un Agent fiscal de son gouvernement et un gardien de ses fonds, de régler par les changements de son taux d’escompte et autres moyens l’octroi des crédits et le volume de la circulation intérieure, et d'empêcher toute dépréciation de la valeur extérieure de la monnaie — mesurée par les changes étrangers — en maintenant une réserve d’or suffisante pour rencontrer tous retraits inattendus. Or, il peut être dit

sans hésitation, que la Banque des Règlements Internationaux ne présente aucun de ces signes caractéristiques d’une Banque Centrale d'émission, et qu’au surplus, etle ne doit obeissance à aucun gouvernement et n’a le droit d'ouvrir un compte courant à aucun d’eux. art

La génèse à tirer de ses possibilités et impossibilités, semble être de faire entrer la B.R.I. dans le rythme d’activité des banques centrales, de limiter son activité aux transactions qu’elles lui procureront ou auxquelles elles auront préalablement consenti. Avec ses fonctions multiples, la B.R.I. nous apparait donc comme une Banque mixte. Quelle est de toutes ces caractéristiques, celle qui l’'emportera sur les autres ? L’avenir seul, le dira.

Comme l’a dit sir Nicholas Murray Buttler (1) : Elle est une création sans précédent, qui sera ce que la feront ses dirigeants d'aujourd'hui et de demain, comme organe de coopération et de compensation. Pour le moment, nous ne pouvons la considérer dans sa phase initiale, que, sous l’aspect d’une entreprise coopérative des Banques Centrales des pays de Réparations, avec une participation limitée, accordée aux Banques Centrales des autres pays, en fait, un centre, un point de ralliement pour les Banques Centrales,

(1) The international Mind, 15 Juillet 1930.

Centre Européen de la Fondation Carnégie,

La B.R.I. dans ses rapports avec les Banques Centrales

Entre tant d’autres solidarités qui s’emparèrent des nations alliées, la guerre en fit apparaître une dont l’inéluctable évidence semble éclairer l’avenir d’un jour nouveau, c’est la solidarité économique internationale.

La guerre finie, nos alliés qui, jusqu'alors nous avaient prodigué leur crédit, nous enlevèrent brutalement nos illusions : « War is over », dirent-ils, et, à l’étroite solidarité de la veille, succéda la lutte farouche des intérêts particuliers, à laquelle nous répondîmes . « L'Allemagne paiera ».

Les difficultés commencèrent alors. Chaque pays voulut défendre sa monnaie contre la dépréciation intérieure et extérieure. Ce furent les perturbations économiques de l’Europe, les difficultés financières des pays neufs, comme celles des anciens. Sans vouloir retracer toute cette histoire, il importe de l’avoir présente à la mémoire pour voir comment, de ce chaos, somme de tous ces égoïsmes nationaux, on en est venu à reconnaître que même en temps de paix, l’aide apportée à d’autres nations n’était pas perdue pour le pays qui en prendrait l’initiative; et peu à peu, l’appui de la Société des Nations aidant, l’idée d’une solidarité économique entre nations fut de nouveau tolérée, acceptée.

LE ce

Un des exemples les plus récents des inconvénients causés aux banques d'émission par les agissements, pourtant légitimes de l’une d’entre elles, est le cas de la Ban-

que de France, qui, en mai, juin 1929, n’hésitait pas à

rapatrier d'importantes quantités d’or d’Angleterre, malgré l’embarras causé à la Banque d’Angleterre, surtout que, parallèlement à ce mouvement, d'accord avec la Reich-Bank, elle Ga de neutraliser ce mouvement en Allemagne.

C’est en grande partie, grâce à l’entente des grandes banques d'émission, représentant souvent les banques privées de leur pays respectif, que les différentes nations éprouvées par la guerre, ont pu ramener leurs finances à un état meilleur. L'Allemagne, après avoir fait faillite, pu créer son reichmark; la Belgique et la France, stabiliser leur monnaie; l’Autriche, la Pologne, la Roumanie,

consacrer utilement tous leurs efforts à leur redresse-

ment financier.

Ces différentes opérations qui marquent les étapes successives d’un redressement économique général supposent toutes, et la réalité des faits le prouve, l’aide des banques étrangères; aides tantôt positives (ouvertures de crédit aux moments opportuns), tantôt négatives, par abstention d’acte susceptibles de troubler tous les efforts antérieurs.

L'interprétation des marchés financiers est en effet

telle, qu'actuellement, toute mesure d'ordre public, comme toute initiative privée sur un marché financier, a, soit directement, soit indirectement les incidences les plus diverses, les plus immédiates comme les plus lointaines sur d’autres marchés, si ce n’est pas sur tous.

Malheureusement, jusqu'ici cette entente des banques d’émission, ne fut que provisoire, et ne se fit sentir

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