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Au fond ce clearing des devises ne serait que l’extension parfaite du système de transfert pratiqué par la B.R.I. comme trust des annuités allemandes.
Les statuts ont, du reste prévu toutes ces possibilités à l’article 24.
La Banque peut conclure avec les Banques centrales des accords spéciaux pour faciliter entre elles le règlement des transactions internationales. A cette fin, elle peut accepter de détenir pour le compte des Banques centrales de l’or sous dossier transférable sur leur ordre, ouvrir des comptes permettant aux Banques centrales de transférer leur avoir d’une monnaie dans une autre et prendre dans la limite des pouvoirs confiés à la Banque par ces statuts, tou- {es autres mesures que le conseil pourrait estimer opportunes.
Mais le clearing des changes ainsi pratiqué par la B.R.I. et les Banques centrales, présente de graves inconvénients.
En effet, jusqu’à présent, en supposant des variations de change normales, c’est-à-dire dans les limites des gold points, l’arbitrage privé fonctionne pour ainsi dire automatiquement, puisqu’étant donné un cours des changes, on est sûr que de nombreuses transactions auront lieu pendant toute la tenue de ce cours. Si l’arbitrage ne doit plus se passer qu'entre la B.R.I. et les Banques Centrales, les Gold Points ne tarderont pas à perdre bientôt toute signification. En effet, ces Banques veilleront à ne jamais laisser les changes se déprécier au delà des Gold Points et commenceront leur transfert d’or avec toutes les facilités qu’elles auront pour cela avant qu'ils ne deviennent avantageux pour l’arbitrage privé.’
De plus, un gros facteur entrant en jeu dans la détermination des Gold Points va disparaître, celui de la perte d’intérêts pendant le transfert; en effet, l’or est stérile dans la cave des Banques et les Gold Points se trouveront réduits d’autant, de cette absence de manque à ga-
gner.
Doit-on regretter. objectivement de voir disparaître
cet arbitrage privé, ou bien n’y voir qu’une nouvelle preuve de l’évolution prédite à l’économie du monde. Une initiative à vues plus grandes, plus lointaines se substituant à de multiples initiatives privées, uniquement préoccupées de lendemains immédiats. Autrement dit, la B.R.I. dans une de ses manifestations d’arbitre suprême, de stabilisateur dans le temps et dans l’espace de toutes les tendances, de toutes les forces qui animent l’économie mondiale, mais qui, s’ignorant le plus souvent, se contrarient, voire même se neutralisent alors qu’harmonieusement conjuguées, telles s’épanouiraient librement.
Pour revenir à la réalité actuelle, il semble qu’on n’envisage nullement de confier à la B.R.I. et aux Banques Centrales, le monopole des transactions sur l’or. Le système de clearing permettra d’abord de réduire au minimum, les mouvements d’or. Il fonctionnait déjà avant la création de la B.R.I. et il semble qu’il doive s’écouler encore pas mal de temps avant que celle-ci puisse lui donner sa forme parfaite, avec l’adhésion de toutes les nations.
Les grandes Banques Centrales appliquent déjà le système en conservant à l’étranger des réserves d’or, et 1l est à souhaiter que la B.R.I. donne une plus grande extension à ces méthodes. Outre ses fonctions de clearing, la B.R.I. devra peu à peu, assurer aux changes toute la stabilité désirable, en procédant dans la mesure où elle le pourra, à une meilleure répartition de l’or dans le monde, qui en permettrait seule la stabilisation du pouvoir d’achat dans le temps et dans l’espace.
L'équilibre n’est pas encore rétabli entre la valeur intrinsèque de l’or et les prix exprimés en or. L'exemple
suivant iilustre ce fait : ce qui, en Amérique, en 1913 valait 100 dollars, en vaut aujourd’hui 153. Ce qui en France, en 1913, valait 100 francs, vaut aujourd'hui 600 frs papier. Le processus en sera très variable mais découlera vraisembiablement de la transformation des capitaux du court terme en placements à long terme. C’est un problème difficile à résoudre pratiquement, surtout si on
veut lui assurer une certaine continuité.
Tout dépendra de la collaboration que les Banques Centrales donneront à la B.R.I., le jour où elles comprendront l’inutilité, voire même le danger de réserves d’or aussi importantes que stériles. C’est surtout un problème d'avenir résoluble dans un monde économique plus évolué.
Pour ce qui est du rôle de la B.R.I. dans la stabilisation des changes, ce serait toutefois une erreur de vouloir lui faire supprimer jusqu'aux mouvements normaux des changes. Ils constituent jusqu'ici un index parfait des mouvements d’or, et, étant donné les systèmes monétaires pratiqués, aucun autre index ne jouerait ce rôle avec ce même caractère quasi automatique, qui lui donne jusqu’à présent une autorité incontestable,
La Banque des Règlements Internationaux et une politique du taux de l’'escompte
Le fait pour la Banque des Règlements Internationaux d'accorder des crédits, d'investir des capitaux, l’entraîne obligatoirement à n’agir ainsi qu'avec toutes les garanties possibles. La meilleure est dans le taux d’escompte, qu’elle pratiquera pour chacune de ses opérations.
Dans cet ordre d'idée, les difficultés sont nombreuses. La Banque, nous le savons, est en rapport avec les pays les plus différents, aux économies intérieures plus ou moins bien évoluées, équilibrées ; tous, aussi intéressants à aider, mais ne présentant pas les mêmes garanties. On a beau vouloir l’ignorer, le facteur politique jouera encore ici un rôle de premier plan et, faute de courage chez les dirigeants, ne tarderait pas à fausser le mécanisme des escomptes et des réescomptes de la banque.
Les dirigeants de la Banque ont donc deux problèmes à solutionner :
Le premier, quel taux faudra-t-il appliquer au méme moment vis-à-vis des nombreux clients, et pour chaque sorte de prêt P
Le second, suivant quelles modalités fera-t-on varier les taux selon les exigences du moment ?
PT de
Occupons-nous d’abord du premier.
Comme nous le disions en commençant, on ne peut concevoir un taux uniforme pour toutes les mêmes opérations. De même qu’une banque de dépôts privée ne consent pas les mêmes conditions à tous ses clients, de même la B.R.I. se devra de faire varier ses taux avec l'importance des dépôts qu’elle recevra, leur durée, l’uti-
lité qu’elle en retire.
Cette idée d’un taux d’escompte quasi-mondial a contre elle toute l’impossibilité qu’il y aurait à déterminer à priori un taux, sans tenir compte de toutes les contingences économiques du moment, dans un pays donné; une des premières est justement le taux lui-même, prati- . qué par la Banque d’émission du pays en question (1). Jamais les taux des banques d'émission n’ont pu être à la parité. Ils y tendent, et c’est cette tendance qui permet sur un marché libre les grands courants de capitaux, nécessaires à l’économie générale. De même, toutes les monnaies ne présentent pas la même sécurité, toutes les banques centrales les mêmes garanties, tant dans leurs statuts que dans leur gestion.
Un taux mondial serait un taux moyen, qui serait encore trop bas pour certaine, et trop haut pour d’autres.
Le plan Young et les statuts de la banque ne renferme aucune indication qui puissent nous guider ici.
Une donnée à peu près certaine du problème est que le taux pratiqué à l’intérieur de chaque pays ne sera pas
(1) C'est en ce sens que s’est prononcé Monsieur Mac Garah dans son discours à l’Académie des Sciences Politiques à New-York : « Nous ne publions pas le taux d'intérêt que nous payons sur les dépôts, de crainte qu’il ne soit pris pour une sorte de taux d’es-. compte mondial et que les modifications que nous apportons à nos conditions ne prennent une signification qu’elles n’ont pas ».
sans influer sur celui que la B.R.I. pratiquera à son égard vis-à-vis de ses ressortissants, et vice versa. Mais encore, là B.R.I., de par sa situation internationale sur le marché de l’argent devra tenir compte du cours de l’argent dans tous les pays. On voit, de suite, la complexité du problème; il est à la fois extrèmement général, pour se résoudre, dans la pratique, à des cas d’espèces, aux solutions extrèmement importantes par leurs conséquences économiques et politiques.
Un taux trop bas permettrait aux banques de se procurer à la B.R.I. des fonds meilleur marché que partout ailleurs, et en poussant les choses à l’extrême, permettrait de rembourser leurs dettes dans des conditions plus avantageuses pour elles qu’elles ne l’auraient été pour leurs prêteurs primitifs.
Au contraire, un taux un peu au-dessus de ceux pratiqués par les Banques d'émission des pays emprunteurs, s’il a pour lui l’avantage de freiner la tendance à un réescompte trop facile, risque d’être très dur vis-à-vis de banques dans le besoin, et obligées par ce fait même à pratiquer des escomptes élevés.
La solution à adopter, plutôt les solutions à adopter, dépendent de facteurs multiples, et seront à tous moments variables. La B.R.I. devra évidemment s’assurer de toutes les garanties possibles, et, agir ainsi, ne sera pas, de sa part, faire montre de parti pris.
La nature de la monnaie, les taux pratiqués sur le marché considéré, la nature des effets, entreront en jeu pour la détermination du taux. Il semble que ce soit la nature de la monnaie qui doive jouer le premier rôle. En effet, dans le cas d’effets présentés au réescompte, la na ture de la monnaie est le plus souvent celle des pays em-
prunteurs, et alors, le taux de la B.R.I. sera très influencé par le taux courant sur le marché monétaire intérieur pour les effets de premier ordre, bien entendu.
Dans le cas d’escompte ou de réescompte en monnaies étrangères, les taux nationaux des clients n’entre-
ront plus en jeu, mais bien ceux des pays dont la mon-
naie est sollicitée.
Nous voyons que lors de l’établissement de ses escomptes, la B.R.I. aura à tenir compte de multiples facteurs, réagissant les uns sur les autres. Elle aura à connaître parfaitement les tendances de tous les marchés, la situation de toutes les Banques Centrales. L’inégalité des taux qui ne peut qu’en résulter, n’est que l’applica-
tion de ce que font tous les jours les banques dont les
conditions varient avec chaque client. Mais dans les affaires, les taux sont généralement secrets; il est à souhaiter que ceux de la B.R.I. le soient toujours, afin d’éviter qu’une presse mal intentionnée ne tende à y mêler le facteur politique.
Abordons maintenant le second problème, beaucoup plus complexe encore que le premier. Selon quelles modalités, la B.R.I. fera-t-elle varier le taux d’escompte ?
Etant donné la solidarité étroite qui existe entre les divers marchés monétaires du monde, et l’influence que la B.R.I. doit normalement exercer sur eux, il est évident que toute tentative de changer les taux d’escompte ne sera pas sans conséquences; de même un mouvement général dans les taux Bancaires influencera ceux de la B.R.I.
Ce qui montre bien les difficultés que trouveront les dirigeants de la B.R.I., chaque fois qu'ils feront varier le taux d’escompte, c’est l’attention qu’ils devront pré-
ter aux répercussions de ce changement sur toutes les économies nationales. La difficulté sera de ne jamais abandonner le juste équilibre entre tous les facteurs influant sur les divers marchés monétaires. Au contraire, les dirigeants d’une banque centrale n’envisagent le problème que sous l’aspect de ses répercussions pour leur propre marché et ce n’est que sous cette incidence que les touchent le plus souvent les évênements extérieurs.
La B.R.I. aura ici un rôle actif, en ce sens qu'ekke devra tendre, peu à peu à arbitrer les taux d’escomptes pratiqués dans le monde entier. Un moyen très simple pour elle c’est de diriger les capitaux de marchés à taux d'intérêts minimes vers des marchés à taux d'intérêts élevés, de manière à encourager la tendance à l’égalisation des taux et d’aider ainsi le monde des affaires dans les centres où le taux d'intérêt est excessif.
Jusqu'ici en cette matière, elle n’a eu qu’un rôle restreint, très compréhensible d’ailleurs; mais quand l’accroissement de ses moyens financiers en toutes monnaies lui en donnera la possibilité, elle devra à son tour agir sur le marché monétaire par son taux de l’escompte, et arriver ainsi au contrôle du niveau international des prix qui en est la conséquence immédiate.
La Banque des Règlements Internationaux et le niveau des prix mondiaux
Nous assistons depuis un an, à une baisse des prix de gros, à un marasme économique international. Les chômeurs augmentent, les valeurs baissent; l’argent est pourtant abondant, mais ses détenteurs hésitent à l’investir, sous quelque forme que ce soit. Cette direction du mouvement général des prix, son contrôle sont un pouvoir très vaste et très dangereux à exercer; jusqu’à présent ce sont des organismes d’Etats qui l’ont exercé tour à tour, suivant la prospérité de leurs régimes économiques. !
Avant la guerre la puissance financière de l’Angleterre dominait le monde. L’or convergeait vers Londres, dont la puissance de crédit était indiscutée. Depuis 1914 et jusqu’à ces deux dernières années, se sont les Etats. Unis qui ont hérité de ce lourd héritage; maintenant la France grâce à l’augmentation incessante de son encaisse or due au libre jeu des balances de règlement extérieur semble posséder, le plus important potentiel de crédit du monde.
Devant tous ces changements, on peut se demander s’il n’est pas plus désirable de confier à un organisme international le soin d’agir au mieux sur les prix mondiaux, grâce à sa puissance de crédit sur tous les marchés du monde. Il offrira au moins la garantie de ne ja-
mais se laisser entraîner par les nécessités de son propre
marché intérieur et par des considérations de prestige extérieur. |
C’est une aspiration digne de réalisation que de voir la B.R.I. détentrice d’une puissance de crédit telle, qu à son tour, elle puisse assurer la direction des prix mondiaux. |
Evidemment, elle n’éliminera jamais les luttes privées entre les banques Nationales et les différents systèmes financiers; mais elle devra s'arranger pour rester l’Arbitre, le régulateur des tendances extrêmes et à vues un peu trop étroites. Il ne faut pas non plus voir dans la B.R.I. le remède absolu à toutes les crises de baisse ou de hausse des prix. Elle ne pourra agir efficacement que lorsque des questions monétaires seront seules en jeu.
Envisageons successivement les deux cas pouvant se présenter : une demande excessive d’or qui risquerait de provoquer une baisse des prix; une surabondance d’or, qui serait cause d’une hausse des prix.
Devant une demande d’or, supérieure aux disponilités des Banques, la B.R.I. pourra éviter la déflation qui en résulterait en améliorant au mieux des conditions du moment la répartition de l’or entre les différentes banques du monde; son système de virement, ses comptes de plus en plus nombreux se prêteront à ce jeu d'écriture, et éviteront au maximum les déplacements de métal jaune. Elle sera l'organe le plus apte à faire rendre à l’or sa plus grande puissance de crédit. En effet, en cas de crise, l’aide de la B.R.I. étant acquise aux banques d’émission, elles ne seront plus dans la nécessité, comme encore maintenant, de conserver une assez grande marge de sécurité, une quantité très importante d’or, jusqu'ici improductif, pourra être lancée dans la circulation ou pour-
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ra l'être le jour où une activité plus grande des affaires nécessiterait de nouveaux crédits, de nouveaux moyens de paiements. De même encore, le stock monétaire restant le même, la B.R.I. pourra en accroître la vitesse de circulation par tous les moyens de technique comptable qu’elle aura à sa disposition, et dont pourront profiter tous ses clients.
Ainsi, autant nous nous sommes élevés contre la B.R.I., source d'inflation, autant nous souhaitons qu’elle mette en œuvre tous ses moyens pour assurer au niveau des prix la stabilité indispensable à la vie économique des peuples. À l’heure actuelle l’économie internationale souffre d’une crise de déflation. La chute générale et persistante des prix ne peut être regardée sans indifférence {ant au point de vue des réparations que de ou des con-
ditions commerciales en général.
Il est en effet de toute évidence que le poids des dettes augmente au fur et à mesure que les prix baissent. [l est probable que les débiteurs et en particulier l’Allemagne, ne négligeront pas d’invoquer l’aggravation de leurs versements du fait de l’affaissement des prix.
On peut affirmer que si Li baisse actuelle devait continuer, elle ne tarderait pas à amener une certaine désorganisation du plan Young, pour avoir accru ainsi les charges des réparations. Le monde des affaires souffre également de la dépression mondiale causée par la chute des prix.
On ne peut évidemment demander à la B.R.I. de jouer en la circonstance un rôle de stimulant factice. La crise a des causes trop lointaines, et surtout étrangères à des raisons purement monétaires, pour pouvoir être résolue par l'intervention d’un seul. Mais étant
\L k À PTE) DRE MONTE, 2 EN EU PAR 00 CT ART FL ; \ DU LE CR ARTENRS
donné l’identité évidente des intérêts des gouvernements intéressés aux Réparations et des banques centrales désireuses de maintenir la prospérité générale, on peut souhaiter que la Banque, qui ajoute à ses fonctions d’organe de coopération des Banques centrales, celles d'office des Réparations, se préoccupe pour l'avenir d’agir utilement sur le mouvement général des prix.
La Banque des Règlements Internationaux et une monnaie internationale
Ici encore, nous ne nous trouvons pas devant une question nouvelle. C’est un rêve déjà ancien qui avait tenté des esprits qualifiés alors d’utopistes, de chimériques.
Pourtant, examiné en lui-même, le problème est simple. Qu'est-ce que la monnaie, sinon la représentation plus ou moins fictive d’un certain poids d’or; et c’est justement cette représentation d’or, la valeur intrinsèque qu'elles en retirent qui permet aux monnaies des différents pays de s’échanger entre elles. L’unification de tous ces systèmes en un système monétaire international, ne consisterait-elle pas à faire de ces monnaies des multiples ou des sous-multiples nationaux d’une unité internationale (x).
L'obstacle présent est que ces monnaies nationales n’inspirent pas la même confiance.
Actuellement la B.R.I. travaille dans les monnaies suivantes qui sont toutes très loin de présenter les mêmes garanties.
(1) Jèze, Journal des Finances, 29 Novembre 1930. au
Angleterre £ 25.22155 Etats-Unis $ 5.18262 Allemagne RM. :123.4568 France Ffr. 20.305 Belgique Bgas 72.006157 Italie Lire 27.277 Autriche S: 72.92607 Hongrie P: 90.64327 Tchécoslovaquie Kc. 15.35533 Hollande F1. 208.32 Danemark Dkr. 138.8889 Suède Skr. 138.8889 Pologne Z. 58.13953 Roumanie Lei 3.100 Japon Yen 2.058333 Grèce Dra. 6.792573 Bulgarie Leva 3.74396 Esthonie Ekr. 138.8889 Dantzig G. 100.8862 Finlande Fm. 13.05263 Suisse Fr.S Tr:
Parité
L'idée d’une monnaie internationale étant admise il importe de voir comment la réaliser. On peut très bien concevoir deux systèmes.
Le premier consisterait à confier uniquement à la B.R.I. le pouvoir d'émission, et les billets ainsi émis auraient le même pouvoir libératoire dans le monde entier.
On conçoit la puissance énorme qui serait ainsi conifiée à la B.R.I., puissance due à sa faculté d'émission, et accrue par l'énorme réserve d’or nécessaire à la garantre de tous les billets internationaux émis. |
Nous avons déjà vu l’hésitation légitime des Etats à déposer leur or au clearing international. Mais là encore, ils pouvaient le reprendre. Au contraire, le jour où la B.R.I. cessera d’être complètement l’entité qu'elle est encore pour de nombreux problèmes très délicats,, pour devenir, la.Banque du Monde, la nationalité des réserves d’or actuelles, aura vécue.
Sans vouloir faire œuvre d'imagination, c’est ainsi que se résoudra très vraisemblablement cette question, si la marche des évènements politiques, économiques et sociaux pousse le monde vers l’unification et la mise en commun de tous les facteurs de l’activité humaine.
Le second système, plus approprié au stade économique actuel, ne serait que l’application d’une pratique fort ancienne, la création d’une monnaie de compte internationale.
L'histoire financière du monde nous a montré l’existence de cette sorte de monnaie au Moyen Age déjà. La livre tournoi représentait en effet un certain poids fixe d'argent, qui servait de base au calcul des prix des transactions, sur toutes les foires d'Europe. C'était une monnaie fictive qui ne fut jamais frappée. Le Belga, institué en Belgique lors de la stabilisation en est un exemple tout récent. C’est cette solution d’une monnaie de compte internationale que proposait à Baden-Baden la délégation française lorsqu'elle voulut faire faire évaluer en or, le capital de la nouvelle Banque.
Dans un mémorandum du 12 Octobre 1929, adressé à toutes les délégations participantes, elle proposait la
création d'une monnaie de compte internationale : le Grammor. |
Ainsi toutes les monnaies du monde auraient eu une commune mesure qui en aurait permis la comparaison. |
L Dollar = 1 Grammor 6 r Livre Sterl. = 79 Grammor 32 100 Fres. Franc. — 5 Grammor 89 100 Marks = 3b Grammor 81
C’est en cette monnaie que se seraient faites toutes les opérations de compensation, et c'était, de plus un moyen indirect de tendre à un gold standard rigoureux. Ce n’est pas un des moindres avantages du système.
En effet, le Gold Exchange Standard, avec les énormes possibilités d'inflation qu'il recèle, puisqu'il permet à une banque centrale de bâtir tout son système de crédit sur des devises étrangères qui ne sont pas retirées de leur marché d’origine, a donné prise à de très nombreuses critiques, et l'obligation de plus en plus stricte pour les Banques d'émission de ne plus tenir compte que de l’or de leurs réserves, s'impose plus que jamais.
Une des conséquences les plus intéressantes de la création de la monnaie internationale serait la disparition automatique des phénomènes de changes. Leurs variations, en effet, ne correspondraient à rien, et ne peuvent même se concevoir, puisque toutes les monnaies s’échangeraient à une parité fixe. On assisterait plus qu’à des phénomènes de prix, analogues à ceux qui peuvent exister actuellement entre les différentes régions d’un même
pays.
Du projet français il n’est rien resté, sinon l’évaluation simultanée du capital de la B.R.I. à 500.000.000 de Francs suisses équivalents à 145.161.290,32 d'or fin. Ceci pour mettre ce capital à l’abri de toutes les fluctuations qui pourraient ur jour survenir à la devise suisse. :
La question est posée, elle est dans beaucoup d’esprits. Sa solution dépend de trop de facteurs politiques et économiques, pour pouvoir être donnée ou même indiquée à priori. |
La Banque des Règlements Internationaux et l'avenir
C’est un problème très délicat par l’indétermination de toutes ses données, et la crainte de faire trop facilement prendre ses désirs pour des réalités.
Tout d’abord, doit-on considérer la B.R.I. comme immuable, ou bien comme devant s'adapter nécessairement à l’évolution économique mondiale. Il est curieux de constater que c’est un des points les plus étudiés et les plus approfondis dans les statuts de la Banque. Sans avoir voulu les rendre intangibles des précautions ont été prises pour rendre leur revision difficile.
Quels qu'’aient été les soins apportés à leur élaboration et à leur rédaction, il est probable qu’un jour ou l’autre la nécessité de les réformer sur quelques points se fera sentir.
Certaines conditions sont requises pour leur revision C’est ainsi que l’article 26 relatif à la nécessité de maintenir une liquidité suffisante aux actifs de la Banque, peut être modifié par l’Assemblée Générale des actionnaires, à la majorité simple.
La modification des autres articles, exigera en plus une majorité des 2/3 au sein du Conseil d’Administration, et une sanction donnée par une loi additionnelle à la Charte de la Banque. Mais comme cette Charte, accor-
dée par la Suisse, sera elle-même conditionnée par des accords diplomatiques conclus avec les Etats fondateurs, la Suisse ne pourra autoriser la modification des statuts qu'avec l’unanimité des signataires de tous ces accords.
C’est ce qui ressort clairement du texte suivant :
« La Suisse s’engage à accorder sans délai à la B.R.I. lä Charte constitutive qui suit, ayant force de loi; à ne pas abroger cette Charte, à n’y apporter ni modification, ni addition, et à ne pas sanctionner les modifications aux statuts de la Banque visée au paragraphe 4 de la Charte si ce n’est d'accord avec les autres pays signataires ».
Tout en restant dans le cadre de ses statuts, la Banque pourra tendre de plus en plus à une grande internationalisation, tant dans son Conseil d'Administration lui-même que dans l’élargissement de ses opérations. Actuellement en effet, plus de 35.000 actions sont réservées pour être offertes aux Banques Centrales dans d’autres pays dont la monnaie est basée sur l’étalon or ou l’étalon de change or.
Sur les 25 sièges du Conseil, neuf n’ont pas encore été attribués, et en les faisant occuper peu à peu par dei financiers, des hommes d’affaires de pays extra européens, la Banque étendra de plus en plus son influence mondiale.
Bien que la Banque doive montrer la plus grande prudence dans toutes ses initiatives, et que pour elle, aucune question ne puisse être examinée en dehors du point de vue International, on peut se demander si l’activité qui lui est actuellement dévolue lui suffira toujours; ou, si une évolution toujours en puissance dans les évènements, ne l’amènera pas fatalement à accroître ses attributions, à s'imposer de plus en plus l’économie internationale.
Dépuis quelques années nous assistons, au point de vue politique à un mouvement tendant à résoudre les conflits internationaux, par l’arbitrage.
Est-ce faire œuvre de pure imagination que de songer au jour où la B.R.I. aurait dans son sein un Tribunal d'arbitrage pour régler les conflits économiques toujours plus dangereux avec l’importance que prennent les facteurs de cet ordre dans la vie des peuples ?
La question si importante de la monnaie Internationale est également et avant tout dans le domaine du futur. Beaucoup d’économistes, en ont déjà, nous l’avons vu, posé le principe. Sa réalisation est pour le moment ajournée par la solution de tant de difficultés préalables, qu’on peut affirmer qu’elle attendra longtemps qu’une évolution se soit produite chez tous les peuples (r) pour leur permettre d’adhérer sans réserves à ce nouveau régime monétaire. |
Une tendance de l’èsprit, très louable du reste, fait que l’on serait normalement porté à confier à la Banque le soin de remédier à toutes les difficultés économiques dont le monde pourra encore souffrir.
Cette confiance un pet empirique en ses possibilités persistera semble-t-il aussi longtemp que le public sera peu au courant du genre des opérations effectuées par la Banque et des buts qu’elle poursuit.
De nombreuses questions touchant au plus haut point l’économie mondiale, sont encore en suspens, malgré les multiples conférences où on a déjà amplement discuté.
Ce sont : l’entente douanière Européenne, les différents cartels industriels, toujours menacés par la dissi-
(1) L'Europe comprend actuellement 27 systèmes mônétaires.
dence de un ou plusieurs Etats. Les diverses statistiques, établies différemment suivant les pays, etc.
La B.R.I. n’a pas à s’occuper de toutes ses questions si on veut rester dans le cadre des statuts. Y sera-t-elle poussée un jour. Comment ? Au nom de quels principes. Suivant quelles modalités ?
La même franchise qui se doit d’envisager toutes
ces questions, doit également s’avouer leur caractère né-
buleux et imprécis, dans le moment présent .
De même, il est facile de se laisser séduire par une entente étroite entre la Société des Nations et la Banque. Cette dernière étant un peu comme la manifestation tangible de la puissance de la première. La B.R.I. ne pourrait-elle devenir en fait cet organe d’exécution dont l’absence est tant reprochée à l’institution de Genève. Et, quelles sanctions plus graves, que celles agissant sur le crédit extérieur d’un Etat, sur son propre marché financier.
De même pour rester dans les sphères supérieures où toutes les spéculations semblent permises, rien n’empéche de prédire une coordination entre l’œuvre de la B.R.I. et celle du Bureau International du Travail. Tous deux tendent aux mêmes buts, la Banque, en investissant les capitaux en vue de l’amélioration du crédit, du commerce, de la production, l’autre en protégeant les salariés contre les abus d’un développement excessif, de tous les moyens de production.
La B.R.I. s’occuperait uniquement du facteur capital, le B.I.T. du facteur humain en tant que potentiel de travail. Ce serait, pratiquée, sur le plan International, la fameuse collaboration du capital et du travail, source de bienfaits pour l'humanité.
Les modalités d’une telle collaboration dépendront évidemment des circonstances. Mais à priori on ne voil aucun empêchement à ce que la B.R.I. s'intéresse parallèlement à son activité propre, à celle du B.I.T. quand il arrive à faire conclure ces conventions internationales tendant à unifier à travers le monde les conditions de travail, de salaires et de protections pour tous les salariés d’une même profession, d’une même industrie.
Du reste, qu’elle le veuille ou non, les initiatives de la B.R.I. auront toujours des répercussions sociales.
Placera-t-elle des fonds sur un marché, aussitôt les conditions en seront changées, le pays bénéficiaire pourra travailler à meilleur compte et le chômage sera évité ou diminué d'autant. Comme on le voit le champ d’opération de la B.R.I. peut être immense,
L'avenir seul, montrera qu’elles sont de toutes ses possibilités, celles qui resteront à jamais pure imagination. |