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DES LIMITES À LA CONQUÈTE

ans! Ce qui permit et explique la stabilité relative des conquêtes de Rome, que Machiavel donne sans cesse en exemple, ce fut, leur plan préconçu, leur esprit de suite, leur exécution lente, tenace ! et méthodique, inspirée non seulement du grossier appétt de jouissance immédiate et abusive, mais de vues lointaines, d'esprit de prévoyance, de modération calculatrice, sinon d’humanité. Le cas d’ailleurs est exceptionnel, uniqué, dans l’histoire du monde. L'Etat qui disposerait d’une énergie aussi persévérante aurait avantage, surtout à l'heure actuelle, plutôt que d'imiter cet exemple, à appliquer son effort à d’autres buts. La domination du monde füt-elle même avantageuse pour Rome ? Elle finit par tomber. Même lorsqu'on y consacre Le temps nécessaire, la conquête en effet rencontre des obstacles : à côté de la question de temps. il y a une question d’espace.

Il existe pour chaque Etat des limites (providentielles, automatiques, ou déterminées par les circonstances, suivant les vues) qu’il ne peut franchir sans s’exposer à y être ramené ou à courir de graves dangers. Dieu, disait-on autrefois (seigneur de Tavannes), a mis aux nations € des barrières qu’il ne veut être passées légèrement ». Cette conception théologique fut parfois remplacée par celle d’une limitation automatique et € naturelle » « Tout débordement, dit le major Bruck*, est anomal et doit rentrer dans ses limites. » Vingtsiècles de luttes n’ont rien changé à la situation respective des Geltes et des Germains. Nulle conquête ne prévaut contre QC Pinfluence du sol et des courants magnétiques qui forment les races. La nature à prévenu de semblables absurdités : on peut opprimer, comprimer, et massacrer, on ne peut changer la nature du sol et de ses produits et encore moins de ses habitants. Le terrible jeu des batailles est d'autant plus sot, plus inique et plus cruel, qu'il ne conduit à aucun résultat. » — L'idée de bornes déterminées par les circonstances et variables, pour un pays donné, d’époque à époque, semble préfé-

rable. € Ce n’est jamais que pour son malheur intérieur qu’un

pourtant souhaitée par une partie de la population, n’a pu effacer les tendances particularistes. En 190%, M. von Jagemann, membre du .conseil fédéral, etc.., a publié, sur la Constitution de l’Empire allemand, un livre où il mettait en ques- . tion ses bases actuelles. en demandant la dissolution ou au moins la modification du contrat qui lie les Etats fédérés.

1. Perseverando vincil (Boissière, Hist. de la cong. rom., p 140). — De même pour l’Angleterre, On sait comment clle réussit quand elle abandonna les buts économiques el les moyens pacifiques. (G. du Transvaal).

2. L'Humanité, 2 vol., 1866 ; Manifeste, chap. : Qu’est-ce qu’une conquête (dans Potvin, Le génie de la paix. p. 206).

peuple étend ses frontières au delà de leurs limites naturelles, tracées par la géographie, l’ethnographie (et Phistoire) !. »

D'autre part, les Etats ainsi fondés présentent les inconvénients communs à tous les grands Etats et sensibles surtout chez ceux qui sont l'œuvre de la violence.iïls peuvent flatter Pamour-propre national inconsidéré, mais ils sont autoritaires, uniformes, systématiquement adversaires de la variété, c’est-à-dire peu favorables à la félicité des peuples ?, et pour ces raisons ils font regretter le fractionnement ancien en petites peuplades ? ou souhaiter l’éxistence exclusive de Cnationalités naturelles # » (?) Le double inconvénient de la grandeur en elle-même et du dépassement des bornes particulières impose cette conclusion, que la force de l’acquéreur et la solidité des acquisitions sont d'autant moins grandes que le nombre et l'étendue de ces dernières sont plus considérables.

L'exemple de tous les grands conquérants du passé, retombés plus bas qu'ils n'étaient à leur point de départ est bien fait pour convaincre de la fragilité des empires fondés sur la force. Où sont les conquêtes de Sésostris, de Cyrus, d'Alexandre, de César, de Charlemagne, de Gengis-Khan, de Tamerlan ? Ces vastes agglomérations guerrières ont duré assez peu de temps ?. « Les victoires de l’ambitieux Charles-Quint conduisent finalement ce prince, dans les Etats duquel le soleil ne se couchait jamais, à Marseille, à Alger, à Cérisoles, à Metz, à Renty.... et de revers en revers, derrière les grilles du cloître de Saint- Just. On sait aussi ce que devint l'Espagne de Philippe IT, Philippe IT, Philippe IV, pour avoir voulu demander ses richesses,

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