COLONISATION « DÉFENSIVE » ET MISE EN VALEUR
Chine.) — Il arrive que les missionnaires, les commerçants, qui s’aventurent sur une terre inhospitalière soient lésés par les indigènes (attaques, spoliations, vexations, non-paiement). On n’en est point toujours très fâché. Tout Etat n’a-t-il pas Le devoir et le droit de protéger ses nationaux? Sous couleur de défendre le drapeau et la patrie, on profite de l’occasion pour s'établir dans le pays et s’y étendre de proche en proche. On invoque aussi ces raisons, que le gouvérnement du lieu a favorisé de sa complaisance, où de sa complicité les léseurs, qu’il serait impuissant à les châtier, ou que, sans la main-mise, la sécurité ne serait pas durable.
Loin de nous le dessein de refuser aux nationaux la protection qui leur est due; mais on ne s’assure pas assez s’ils sont dans leur droit et n’ont pas été les provocateurs. Souvent la prise de possession ne s’imposerait pas pour leur protection : à défaut de la justice locale, les remontrances du gouvernement lésé, les € démonstrations », l'intervention, suffiraient. [serait plaisant d’affirmer que de grands Etats européens sont réduits à aller conquérir, chez elles, de petites peuplades africaines, pour éviter leurs molestations. Plusieurs auteurs ont le courage de reconnaitre cet abus commis par leur propre pays !. Quelques-uns sont dupes, d’autres complices de ces prétextes. Il est curieux de rencontrer parmi eux des pacifistes ?, habiles d'ordinaire à démasquer l'hypocrisie de la conquête défensive. Novicow ? lui-même reprend en faveur de la colonisation et sans ironie, le raisonnement qu’il appliquait ailleurs contre la conquête : Les Européens ne font que se défendre. Il admet la légitimité des luttes € faites pour obtenir non des privilèges, mais le droit commun » (expéditions anglaises de 1836 et 1861 pour établir en Chine la liberté du tralie), et la nécessité, à raison de la sauvagerie des Hindous et des Africains, d’en faire d’abord des sujets pour les transformer en acheteurs. L’Européen qui se présente en pionnier pacifique
4. Spencer, Soc., t. II, p. 177 : le gouvernement de la Grande-Bretagne ne manque jamais de prétexte pour soulever des différends qui soient matière à conquête {à Cherbro, à Pérak..) — Novicow, La Féd., p. 436 s: la Russie dans le Caucase, en Finlande.
2. On allègue que « le mouvement pacifique ne vise guère la guerre coloniale » (R. de la Grasserie, Rev. int. soc., 1903, p. 221) ou que la civilisation n’a de prise que par la force sur les barbares (id., La paix armée, p. #1.) — Dupasquier (Le crime de la'g., p. 50) qualifie « guerre d’indépendance'» l'invasion de l'Algérie. « I1 nous était impossible de nous maintenir sur le littoral si nous n'occupions le pays entier. » (L. Lefébure, Corps législ., 8 mars 1870, ou : Questions vitales.)