‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 124 sur 471 · Les luttes entre sociétés, p.79 s., 476 s., 525 s · texte numérisé non relu

Les luttes entre sociétés, p.79 s., 476 s., 525 s

pour cultiver des terres inexploitées ne peut obtenir de sécurité ; il doit soumettre, gouverner les indigènes et même les pays voisins, afin d'éviter les incursions ; or, dans ce but, € la conquête s’impose presque généralement. Dans les rapports entre civilisés et sauvages, les procédés coërcitifs sont les plus rapides ; les barbares ne se soumettent qu’à la force. » — Peut-être argument brutal est-il parfois plus efficace que la persuasion ou Pappel à l'intérêt bien entendu : mais cette considération d'utilité fondet-elle un droit à employer les moyens violents ? Et le but final, c’est-à-dire lPexploitation, malgré leurs possesseurs, de richesses inemployées, est-il légitime ?

Nous touchons à une troisième justification de la colonisation. — Novicow ramène les rapports entre civilisation et barbarie à ce dialogue : Le Blanc : Je désire mettre en valeur des champs dont

vous ne tirez pas un parti suffisant. — L’Indien : Mais alors je ne pourrai plus chasser et je devrai mourir de faim. — Le B.:

Non. Je vous enseignerai le moyen de vivre beaucoup plus à votre aise sur un terrain d’une superficie moindre. — L°I. : Merci, je ne veux pas changer mes habitudes. Je ne vous vends pas mes terres. — Le B. : Eh bien, si lun de nous deux doit mourir de faim, je préfère que ce soit vous. Aux armes !— Ici, dit Novicow. le Blanc paraît l’agresseur, mais le véritable agresseur est l’Indien, qui refuse de donner au Blanc quelques terres en échange de ses bienfaits.

Ce refus est peut-être contraire à lintérêt des deux partenaires, mais viole-t-il un droit du Blanc, qui pourrait peut-être trouver d’autres moyens de subsistance, plutôt qu’un droit de barbare, dont le désir, sinon même l'intérêt réel, est certainement méconnu? L'homme ineulte sera-t-il plus à l’aise au sein de la civilisation? Pourra-t-il même s’y adapter ? Lui offre-t-on seulement lachat? € Lorsqu'un peuple se montre incapable d'utiliser le sol que la nature lui a départi, il doit céder la place à un autre. La terre est au bras qui sait la cultiver !. » Voilà affirmation brutale du droit à la vie à encontre du droit de propriété : mais Padmettrait-on au profit du non-possédant à l’égard des pares ou des terres soumises à une culture non intensive? Et alors où s'arrêter ? — La vraie question est celle-ci : De nous deux, je préfère que ce soit toi qui disparaisses. Elle est en dehors du droit ?.

1. R. von Jhering, Esprit du dr. rom., 3e &4,, t. 1, p. 7 ; v. aussi Mahan. 2. Fr. de Vittoria, Theologicæ relectiones (1551) ; De Indis, sive de jure belli His-

Les plus sincères défenseurs de la propriété et de la patrie en arrivent ainsi à nier le respect dû à celles des sauvages. «La France aux Français, le Transvaal aux Boers ; mais à qui donc Madagascar ? »

Il serait peut-être vain d'attendre du désintéressement des civilisés qu’ils renonçassent à coloniser plutôt que de transgresser un droit où un principe !; et l’intérêt de la colonisation est, pour eux, indiseutable. Mais les guerres n’en diminuent-elles pas les avantages et sont-elles le moyen nécessaire, le mieux adapté à l’établissement dans les pays lointains?

Le résultat le mieux atteint, c’est la diminution de population par suite des difficultés d’acclimatement, maladies, fièvres, luttes contre populations lointaines ?, armées ou fanatiques, ou entre métropoles). On peut craindre qu’il le soit trop bien : la colonisation contribua à débiliter, à « vider » la Grèce ?, par simple émigration; queserait-cesi on avait à soutenir de grandes guerres comme ce fut le cas de l'Espagne ? Le but est dépassé : on obtient une diminution absolue de population, qu’ilserait facile datteindre autrement, au lieu de donner des moyens de subsistance et du travail utile à la population existante, ce qui serait plus rationnel : car la surpopulation ou la surproduction sont non pas réelles, absolues, mais relatives à un état de «subconsommation ».

Quant aux avantages commerciauæ, les expéditions lointaines ne sont ni le moyen le plus sûr, ni le plus profitable de les obtenir. La guerre est toujours coûteuse, aléatoire; et 11 n'existe plus guère de terrains où lPon ne se heurterait à la résistance des autochtones ou des métropoles. On peut exercer Pautorité politique sans tirer les profits de la colonisation et inversement coloniser. sans dominer politiquement. Autrefois, on se figurait

panorum in barbaros. — G. F. de Martens, Précis., t. 1, p. 128 : le droit de propriété est le même pour tous les hommes. — Klüber, $ 125, p. 175 ; Heffter, $ T0, p. 442; Pinheiro-Ferreira ; Pradier-Fodéré, t. XI, p. 349: On n’a pas de droit contre le droit, — Summer-Maine, La g. p. 95. — Bluntschli, art. 280, p. 116, admet le droit de coloniser, mais non de refouler, d’anéantir les sauvages et de condamner leurs usages « licites » (mot qui ouvre une porte à l’arbitraire). .

1. Périssent les colonies plutôt qu’un principe (Barnave, Robespierre ; Polybiblion., 1875).

2, Sur la nocuité particulière des expéditions lointaines : Montesquieu, IX, 8; Mézières, op. cil., p. 115 s., exemples.

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