‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 126 sur 471 · SUBSTITUTS DE LA COLONISATION GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

SUBSTITUTS DE LA COLONISATION GUERRIÈRE

et pressurés”. » On n’a done pas à recourir à la force pour créer ou maintenir le trafic; les marchandises ne doivent s'imposer que par leur bonne qualité et leur meilleur marché, obtenus en produisant par des procédés perfectionnés et en grande quantité. La supériorité économique sera plus durable et plus efficace que la suprématie politique et armée, qu'on chercherait sans cesse à éluder par ruse où par violence. On ne dit plus aujourd’hui : le commerce suit le pavillon (Trade follows the flag), mais : l’honnéteté est la meilleure politique (Honesty the best policy.)

L'idéal est noble, pensera-t-on, mais est-il réalisable ? IL a été pratiqué et a porté de bons fruits. « Les comptoirs et les colonies créés par les Phéniciens étaient devenus en peu d'années des foyers de civilisation. Lucien louait ces marchands divins, parce qu'ils semaient partout sur leur passage la richesse en méme temps que amour du bien et du beau et qu'ils laissaient à tout ce qu'ils créaient une empreinte indélébile de leur génie*, » Qui qualifierait de divine l’œuvre actuelle de colonisation lorsqu'elle a lieu par la guerre ? Le rôle prépondérant doit y être rempli non par l'armée, nécessairement différente de celle des Romains, ni par administration, mais par l'initiative privée (particuliers ou compagnies) ?, secourue par l'Etat seulement dans une mesure restreinte (par subventions, appui moral, sécurité des personnes et des biens). Cette tutelle devrait écarter le plus possible les procédés autoritaires et prévenir les causes de conflits avec les autochtones, plutôt que se livrer à des répressions qui appellent les représailles. Quant aux conflagrations entre métropoles, elles sont toujours à craindre, car s’il reste peu de territoires à occuper, il en reste encore à dérober aux occupants. L’arbitrage pourrait solutionner la plupart des litises, notamment de délimitation. On à projeté aussi une ligue fédérale contre les conquêtes et les profits exclusifs d'une nation *, et même proposé l'action colonisatrice en commun.

La colonisation vise-t-elle à être € l’action exercée par un peuple civilisé sur un pays de culture inférieure, dans le but de

1. Pradier-Fodéré, t, IV, p. 421 : « La ville de Bristol, qui avait rédigé des pétitions si animées contre la paix avec les insurgés américains, sollicitait, quelques années après sa signature, l’autorisation de creuser de nouveaux bassins, devenus nécessaires par l’extension de son commerce avec les colonies émancipées. » (Blanqui, Hisf. de l’éc. pol., L. IT, p. 182.)

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