CAUSES NON RELIGIEUSES DES GUERRES DE RELIGION
cruel des croyants ou du cannibalisme de dieux anthropomorphiques. (Supra). L’horreur de paroles ou de faits émanés de prétendus eivilisés rappelle l’image du sinistre dieu mexicain !. Nos anciens rois juraient au sacre de Reims d’ € employer toutes leurs forces à exterminer de leur Roïaume autant qu’il s’y trouvera d’hérétiques ». Saint Bernard s'était écrié : € Volez aux armes, et que le monde chrétien retentisse des paroles du prophète : Malheur à qui n’ensanglante pas son épée!? » De telles provocations ne restent point platoniques, surtout à l'égard de races étrangères : les Chevaliers de Malte, pour réaliser ce programme, faisaient, en entrant dans l’ordre, le € vœu de tuer les Musulmans ou de les réduire en esclavage pour la gloire de Dieu. » Croyant plaire au Créateur, les Croisés tuèrent le plus possible d’infidèles ; après la prise de Jérusalem, 17,000 prisonniers islamiques furent massacrés, les juifs brûlés dans leurs synagogues. après quoi les vainqueurs allèrent quérir une facile tranquillité d’âme dans la confession *. Les catholiques ne furent pas moins sanguinaires à l’égard de gens de même race et presque de même religion, à Albi, à Béziers... « Tuez les tous, aurait dit le légat d’Innocent IT, Dieu reconnaîitra les siens #. »
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Souvent l’appel à la force et à l'attaque contre les infidèles ne recherche pas de justification. Pour le Coran, c’est un idéal, un ordre de Dieu. « Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne regardent point comme défendu ce que Dieu et son apôtre ont défendu... Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’à en faire un grand car-
4. Letourneau, L’évol. pol., p. 524. — Férocité délirante du moyen-âge : id., La 9. p. 354, 384, 405 s, 433, 448. 522, — Assassinats, cruautés catholiques ou réformés, récits effrayants : Laurent, Hist. de l’hum., t. X, p. 440-465, 467... — Lucrèce, De natura, 1. 1 : Tantum relligio poluit suadere malorum.
2, Cf. A. Sorel, L'Armée... p. 201. — Cf. Bossuet (Oraison de Michel Le Tellier), s’adressant à Louis XIV : « Vous avez exterminé les hérétiques, c’est le digne ouvrage de votre règne » — Ferdinand II préférait « un pays désert plutôt qu’un pays d’hérétiques. »
3. Jähns (op. cit., p. 190) s’écrie à ce sujet, sans ironie : « Quel esprit de sacrifice, quelle charité! C’est l’esprit de la chevalerie chrétienne ! Combien plus haut doit-on évaluer, pour le développement de l’humanité européenne, les résultats des guerres de Dieu par rapport à ceux de la paix de Dieu! »
k. Le dominicain Bléda s’exprimait de même en 1609, au sujet des Maures. — Contra : Tamizey de Larroque: Mém. sur le sac de Béziers et sur le mot... attribué au légat du pape, 1862 ou Ann. de phil. chrét.
nage. » Non seulement le guerrier ne sera pas puni, car il est irresponsable : € Ce n’est pas vous qui tuez, c’est Dieu »; mais « les braves tombés sur le champ de bataille monteront au ciel comme des martyrs, leurs péchés seront pardonnés.. ! » — La même propagande agressive se rencontre chez des catholiques. Saint Thomas admettait que les hérétiques doivent être mis à mort, si après avoir été avertis une ou deux fois, ils refusent de se convertir. De nombreux théologiens affirment brutalement le droit d’attaquer *.
Mais le plus souvent on n’a pas cette franchise. L’idée d’une mission divine à accomplir sur terre (Gesta Dei per Francos, Deus lo volt...) a rencontré moins de partisans que divers sophismes. Les uns invoquent le devoir, que le dr‘oit féodal imposait au vassal, de protéger les biens et la personne de son suzerain, le pape et Jésus-Christ ayant un droit de suzeraineté sur l’univers. D’autres proclament que la domination politique doit s’exercer au profit de ceux qui sont supérieurs par l'esprit *. D’autres allèguent la nécessité de protéger ou de promouvoir la civilisation à l’encontre de la barbarie (R. P. Ollivier).
Par dessus tout, on met en avant le prétexte toujours commode de la défense : de la personne, de la foi ou de la civilisation. Sinibalde de Fiesque et Saint Bernard admirent qu’on pouvait tuer les paiens lorsqu'on était attaqué par eux. Il restait à prouver que les infidèles avaient effectivement pris les devants ; mais 11 ne manqua pas d'auteurs pour démontrer que les Croisades étaient dues à l’initiative des musulmans, ou que leur objectif était « de dégoûter les Sarrasins de la conquête de lEurope », qu’ils méditaient *, Le droit de défense était entendu largement : © Les papes, affirme J. de Maistre (Du pape), découvrirent que pour repousser cette puissance, il fallait lattaquer chez elle; la tiare nous a sauvés du croissant; si nous
1. Koran, Sourate, 1x, v. 29; vin, 17; xLvir, 4, 5 (Letourneau, La g., p. 315, 32%; Peyronnard, La g., p 66).
2. Al aulem qui dominium romanæ eeclesiæ non recognoscunt impugnandi sunt. (Henri de Suze ; Summa aurea, 1. V, R. 3%, de Saracenis, de treuga et pace : la guerre des chrétiens contre les infidèles, bellum romanum, est juste; Nicolas de Lyre, dans Benedicli, Somme des péchés, 11, 12.) — Nec enim bellum justius ullum, quam quod pro religione sumitur. On peut attaquer celui qui a offensé Dieu, in Deum, religionem violando, cullum neqgligendo, sensum depravando. Horum, Pontifex Maximus judex est atque index (A. Petilius, Princeps pacis, p. 484). — Grotius, IL. I, c. xx, 44-48.
3. Jean Gonès de Sepulveda, Democrales secundus, sive dialogus de justis belli causis, — Qui stullus est serviel sapienti, dit lEcriture,