INCONVÉNIENTS DE L'ÉQUILIBRE AMOINDRISSEUR
c’est-à-dire les débiles. « Ge qu’on décore du nom d’équilibre politique n’est autre chose que le sentiment instinetif qui porte les faibles à chercher un appui contre le fort !. » Il en résulte un zèle destructeur de la grandeur des Etats, qu’on a comparé justement à lostracisme athénien des individus marquants ?? Le puissant ne pourrait même pas, s’il le voulait, protéger efficacement sa puissance ?, puisque la jalousie et la haine grouperalent contre lui les tentatives des médiocres. À plus forte raison, lorsque l’instinet de conservation des faibles les pousse à ériger en droit leur faiblesse et leur médiocrité, n'est-il pas souhaitable que le fort les accepte comme telles, ce qui l’empécherait de vouloir les combattre ou y remédier. Si les plus petits parvenaient ainsi à suggérer aux plus grands l’idée-force que le devoir st de se rapetisser à leur taille, — la chance de succès, c’est-àdire de progrès, qu’offrait la volonté de résistance des puissants, se trouverait éliminée, puisqu'on les ferait travailler à leur propre rétrogradation. Or semblable état, où les meilleurs sont, bon gré mal gré, « réduits », est nuisible non seulement aux intérêts généraux mais, en partie, à ceux des individus qui Pont institué.
En fait, grâce à l’idée de l’équilibre des Etats, issue de leur jalousie mutuelle, non seulement leur inégalité ne suscita pas chez eux une louable émulation dans le progrès interne, mais elle engendra l'esprit le plus antiprogressisie qu’on puisse imaginer. Chaque Etat surveillait étroitement ses voisins et épiait jusqu'aux moindres modifications ou perfectionnements d’un facteur quelconque de leur puissance qui eussent pu détruire léquation à son détriment. Ces changements étaient de trois sortes, touchant 1° l’étendue territoriale, 2 la population, les richesses, les ressources que procure un meilleur parti tiré du territoire, ’outillage, l’organisation nationale, le caractère et les facultés du peuple, les alliances, 3° la puissance militaire et les précédents facteurs envisagés comme facteurs de cette puissance.
Lorsqu’elles ne causaient pas un préjudice direct, il était d’autant plus injuste et illogique d'attaquer un voisin à raison de
ses acquisitions {erriloriales, que, — conquêtes où annexions 4. Laurent, ib., p. 46 s. — Cf. Nietzsche pour l’idée d'égalité dans les rapports individuels.