Bluntschli, Deutsches Slaatswdrt, v° Gleichgewicht
2, Tarde (Transf. du pouv., p. 168) remarque, après Cournot, que le terme de puissance, emprunté à la mécanique, a été appliqué aux Etats dans leurs rapports extérieurs, tandis que le mot pouvoir, empreint d’une signification morale, où il entre du respect, sinon de l'amour, est réservé à la politique intérieure. « La langue marque ainsi le caractère de brutalité de ces êtres collectifs qui, bien inférieurs aux individus dont ils se composent, n'ont rien de moral dans leurs relations et ne concoivent leur accord, quand ils s'accordent, que comme l’équilibre de deux poids ou de deux blocs de rochers roulés l’un contre l’autre, » — On devine déjà cette conception mécanique de l'équilibre dans Machiavel. En 4760, un auteur qui faisait autorité dans les chancelleries, Bielefeld (/nstif. pol., citées dans Weiss, La paix, p. 71), semble ne reconnaître que l'égalité de fait ou putative, et non l’égalité de droit : « En matière de politique, il faut se détromper des idées spéculatives que le vulgaire se forme sur la justice, l'équité, la modération, la candeur et autres vertus des nations. Tout se réduit à la puissance. Le droit public est fondé sur les faits. »
tion définitive de l’assujettissement d’un Etat par Pautre, mais impuissant à supprimer lesprit d'agression, le désir de conquête et les tentatives d'exécution, nuisibles aux deux adversaires, mème si elles échouent. Pour atteindre pleinement le but de sécurité internationale, légalité doit résider dans les esprits, plus que dans les choses.
Cette nécessité est encore accrue par le fait que l’équilibre objectif n'est souhaitable et possible que très imparfait et approximatif. S'il était absolu, il n’y aurait non seulement pas d’émulation ni de progrès, mais pas d'activité ni de vie (v. supra). Les combinaisons sociales qu’il assurerait ne pourraient durer, semblables à cette maison de Swift € qu’un architecte avait construite d’une façon si parfaitement conforme à toutes les lois de l'équilibre, qu’un moineau étant venu s’y poser, elle s’écroula aussitôt !. » Si la construction reste debout, c’est grâce à ses attaches, à son ciment. Si, dans les conditions d'équilibre imparfait et d’inégalité relative, Pétat social subsiste, si le plus fort ne violente pas le plus faible, ce n’est pas, par hypothèse, à raison de sa force.
L’inmmunité d'autrui provient de faits non statiques, mais psychologiques et notamment de lidéal juridique ou moral : 1° désir déviter la résistance nuisible (opposée par une force même sensiblement inférieure à la nôtre), 2° idée-force de la désirabilité de notre acte, de la respectabilité en soi et du droit d’autrui, c’est-à-dire de notre devoir envers lui (idée qui repose non sur notre intérêt réel dans la circonstance présente, mais sur un instinct qui tient compte de notre intérêt lointain ou incertain et en évite le calcul.)
A côté de Pégalité physique et de Pégalité supposée, 11 y a en effet une égalité juridique, fictive, admise par lesprit et ne correspondant pas exactement aux premières, auxquelles elle peut suppléer. On tient pour égales des quantités, des personnes, qui ne le sont pas et qu’on pense ne pas lêtre : cette imprécision à pour effet heureux d'éviter les perpétuels mouvements des plateaux, comme cela aurait lieu si la balance était sensible aux moindres additions et soustractions. On n’empiète pas sur la liberté*, sur la sphère d’activité, d’un individu qui ne serait peut-
1. Kant, Elém. mélaph. de la doctrine du droit, p. 380. 2. Liberté et égalité juridiques sont deux faces d’une même idée : le domaine d'action d'autrui est intangible à l’instar du nôtre. Dans la formule républicaine
elles signifient égalité de liberté, et non égalité ou liberté de fait complètes : la