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NÉCESSITÉ DE LA PUISSANCE. ÉQUILIBRE RAISONNABLE

être pas à même de les faire respecter : les idées- forces de droit et de devoir fournissent l’appoint qui comble la différence entre le pouvoir effectif de chacun et ce que, par devoir, on évite de toucher en lui comme étant son droit. Leur influence, d’ailleurs restreinte, sur la conscience, concourt, avec la réprobation encourue du fait de leur violation en la personne d'autrui et avec le calcul intéressé, à empêcher les Etats forts de détrousser les faibles dès qu’ils le peuvent matériellement, L'établissement d’une sécurité internationale complète exige donc que les nations se reconnaissent l’une à l’autre le droit d'indépendance et apprennent à se respecter mutuellement. Le règne du droit dans leurs rapports, de mème que l'égalité des citoyens devant la loi et la liberté individuelle dans les limites légales, rendrait moins nécessaire l'égalité de fait !.

L’immunité d’une personne n’exige pas qu’il existe en elle une force correspondante. L'idée de devoir toutefois ne réussirait pas toujours à l’assurer, si le déséquilibre était trop grand : une force et un intérêt réels rendent plus sûre et plus efficace l’idée de cette force et de cet intérêt. D'autre part, il serait contraire à la sélection naturelle qu’un type trop impuissant fût conservé. A ce double point de vue. il faut qu’au subjectif corresponde dans une certaine mesure quelque chose d'objectif; que légalité juridique réponde à une certaine égalité putative et de fait, que le droit soit soutenu par une puissance réelle, que derrière le mot se trouve une chose plus consistante, sinon le droit serait violé et 11 y aurait une Qcatastrophe » pour le ramener à ce qu’il doit être. Mais une égalité de fait absolue et mathématique n’est pas nécessaire. Il suffit qu'aucune personne ne puisse imposer sa volonté à autrui sans trouver une résistance efficace?. Les auteurs qui, sous le nom assez inexact d’équilibre, ont ad-

République ne ment pas à sa devise en ne donnant pas ces dernières, qui ne sont ni désirables ni possibles, quoique réclamées par les égalitaires et libertaires, Quant à la fraternité, c’est plutôt la solidarité tempérant l’antagonisme.

4. Gentz, op. cil., p. 1-8; Heffter, 6e éd., p. 8. — Selon Carnazza-Amari (Tr. de dr. inf., tr. Montanari, 1880, t. I, p. 421-442) et l’école italienne contemporaine, l’équilibre véritable existera quand, au lieu d’être fondé sur l'égalité matérielle des Etats, il le sera sur leur égalité morale. — Fiore (Nouv. dr. int., tr. Pradier, t. I, p. 273; tr. Antoine, $ 463).

9. Tant qu’elle n'est pas directement menacée, cette énergie peut rester non pas militaire ni même actuelle, mais latente, potentielle, virtuelle. Jusqu'à hier, les Etats-Unis ont été respectés sur la foi qu’ils pourraient organiser une puissante résistance. — Aucun pacifiste censé ne dit qu’il « suffit d’avoir pour soi la raison et le droit », quoique leur violation finisse souvent par être chàtiée et l’idéal par triompher (mais en d’autres que nous-mêmes, ce dont nous ne pouvons nous désintéresser).

mis cette idée ont ‘raison, pourvu qu'on complète leur système par les éléments subjectifs. Une certaine égalité entre Etats favorise le respect de leurs volontés respectives où tout au moins empêche l’asservissement de Pun à l’autre, de même qu’à Pintérieur d’un Etat l’égalité de fait contribue à assurer entre individus le respect de leur personnalité ?.

Dans la mesure où lPéquilibre relatif est utile, Pévolution naturelle tend à le développer, d’abord par influence directe en donnant à chacun des armes presque égales pour sa défense, et en outre par sélection, en éliminant ceux qui pèchent par excès en trop ou en moins. Pour seconder ce mouvement l’homme a le choix entre deux procédés : ou bien empêcher ou réprimer laccroissement d'autrui, ou bien augmenter sa propre puissance. Or lPaffaiblissement du voisin, qui fut, duraut des siècles, La politique courante, retombe sur soi-même. I] faut donc tendre à établir l'équilibre non en bas, par la destruction des surplus de puissance qui existent chez quelques-uns, et sous sa forme militaire, mais en haut, dans et par la production. Au lieu de détruire la population ou les richesses, ou bien de diminuer le territoire du puissant, il importe de faire progresser le faible, de perfectionner ses institutions. Le droit, interne ou international, doit présenter comme un idéal et un devoir : aux forts de respecter les faibles, et aux faibles non pas de se coaliser contre les forts pour les abaisser à leur niveau, mais de s’élever jusqu'à eux. C’est à cela que se ramènent au fond les cas d’équilibration qui ont eu d’heureux effets : par exemple, l'Italie et PAT

4. Disposition des choses au moyen de laquelle aucune puissance ne se trouve en état « de prédominer absolument et de faire la loi aux autres » (Vattel, éd. Pradier, L. II, p. 889); « d’attenter à la liberté du voisin sans s’attirer une opposition énergique et par conséquent un danger » (Friedr. von Gentz, Fragmenta aus der neueslen Gesch. des pol. Gleichgew., 2e &d., St-Pét., 1806, p. 10) : il ne demande pas l'équilibre, mais seulement l’existence de contrepoids. — Gunther emprunte à de Hatzberg (Dissert. sur la véril. richesse des Etats, la balance du pouvoir el celle du commerce, 1186) une définition semblable, — E. Ortolan, Des moyens d'acq.; E. de Parieu, Pr. de sc. pol., p. 294; Pradier+Fodéré, t. I, p. 436. — La notion de Wolfest plus étroite (Jus gentium, $ 642 s, dans Gagern, Krit. des Vülkerr.,

p. 85) : status quo potentiæ unius præpotenlis vel quarumdam conjunctæ, potentia conjuncta aliarum æqualis est.

2. Sous une autre forme : Impuissant par lui-même à assurer l’ordre, l’équilibre objectif n’a d'effet utile que comme facteur du subjectif; or il n’est ni suffisant ni nécessaire pour produire ce dernier; ce qui le produit, c'est un fait psSychologique : la conviction qu’autrui est égal à nous et respectable, conviction créée par l'intéressé ou par le sujet ou par sélection. L'égalité objective approximalive est pourtant utile comme élément de l’égalité putative qui, avec lappoint de l’égalité juridique, a pour fonction d'assurer le respect. Mais une certaine inégalité objective et putative est utile pour la variété et l'émulation.

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