LES IMPÉRIALISMES CONTEMPORAINS
Monroë ! à un impérialisme envahisseur. L’effort fait par un Etat comprimé pour atteindre ses dimensions normales devient facilement, par l'accroissement de la force et le développement parallèle de Pidéal, une tendance à €se faire aussi gros que le bœuf ». L’impérialisme ne vise pas seulement comme la monarchie universelle, à obtenir Le pouvoir politique sur un territoire et une population, mais à opérer une conquête intégrale, portant en outre sur les produits, Les principes et la civilisation ?, à assimiler les populations plus complètement que dans les anciennes conquêtes et guerres commerciales. L’Angleterre veut angliciser le monde, les Etats-Unis l’américaniser, l'Allemagne le germaniser. La confiance, parfois mystique, en la mission providentielle de là race ou du peuple, lorgueil et le sentiment de supériorité, s'ajoutent done, non comme un prétexte, mais comme un mobile sincère, à l’instinet de grandeur, au sentiment de la puissance d’action et de la capacité de travail et au calcul utilitaire. Cet état psychologique se retrouve chez plus d’un peuple conquérant (Rome...) Le mot est moderne, parce que l’état est plus accentué, le diagnostic plus net, la formule plus caractéristique : plus-grande-Angleterre, € greater Britain » ‘(Sir Ch. Dilke), plus-grande-Allemagne (Bülow). Les conflits qui peuvent naître ? de ces doctrines d’envahissement et d’accaparement mondial en seront d'autant plus graves, surtout s’il survient un choc de deux impérialismes.
Sous sa forme agressive, l'impérialisme est triplement dangereux pour la paix : il est en opposition à la fois contre Péquilibre de fait et contre légalité putative et juridique que postulent
4. En 1904, ie comte Okuma proposait au Japon de l’imiter. Serait-ce l’indice
d'un impérialisme futur ?
9, J. Patouillet, L'impér. amér., p. 26 : l'impérialisme n’est pas seulement politique et militaire ; il « tend aussi davantage à la domination économique et intellectuelle ». — 11 peut même être linguistique ou religieux. Ce qui constitue son originalité par rapport à la monarchie universelle, c'est précisément l’union de ces divers éléments, dont l’un peut toutefois prédominer. Pangermanisme, panslavisme, etc.. visent le côté ethnique, l'expansion de la race.
3. Le désir de domination des Anglo-Saxons a déjà engendré les guerres de Cuba et du fransvaal. — L’aspiration à constituer au centre de l’Europe un empire compact de 60 millions d'hommes, appuyé sur la Mer du Nord et la Baltique et débouchant sur la Méditerranée par Trieste serait «une cause très probable de guerres futures » (Laveleye, op. cil., p. 88).
le respect mutuel et l’ordre international, il nie les contre-poids physique, psychologique et moral. Ce ne sera donc pas trop, pour s’en préserver, de les renforcer tous trois.
Le premier préventif, — au besoin répressif —, dépend un peu de ceux que lPimpérialisme menace et serait appliqué avec d'autant plus d’empressement que le mal paraîtrait plus imminent : il consiste à unir les Etats exposés (Etats-Unis d'Europe) non pas surtout militairement et contre les Etats plus forts. en vue de les abaisser, mais pour s'élever jusqu’à eux, par une meilleure organisation et une plus grande puissance productive.
11 faut, en second lieu, rappeler les ambitieux à la modestie en leur montrant qu'il ne sont ni si parfaits, ni si forts et les autres si inférieurs qu’ils Pimaginent.
Le troisième remède, essentiellement préventif, est plus délicat. Par quels procédés les uns inculqueraient-ils aux autres la notion du devoir: de respecter leur souveraineté, et, paraissant trop intéressés, quelle chance auraient-ils de convainere ? D’autre part, aucun indice ne fait espérer que les impérialistes y viennent d'eux-mêmes. Ils placent la question sinon © par delà le bien et le mal », du moins en dehors du droit ', du droit apriorique, idéaliste et égalitaire. Ils en font reposer la solution sur une conception plus aristocratique, rapprochant les droits de chacun de sa puissance réelle et ne consentant pas à limiter celle-ci de son propre chef, dans certains cas, en vertu de l’idée-force de devoir envers autrui. Ce faisant, ils dépassent leur propre intérêt. Les eflorts doivent donc être consacrés à leur montrer que le respect de la personnalité d'autrui est en corrélation avec l’intérêt personnel et qu’en le violant, il y à inconvénient pour soi.
Il est mauvais de faire tout ce qu’objectivement on peut faire, dans une circonstance donnée, selon la tendance de ceux dont la force est surabondante, la confiance en elle exagérée, les impulsions excessives, les inhibitions trop faibles. Il existe une double restriction :
L° Utilitaire, fondée sur l'intérêt conscient. Les impérialistes en tiennent compte, sauf à le mal comprendre dans la détermination de leurs buts et de leurs moyens. Leur politique est celle de la force tempérée par l'intérêt.
1. « La doctrine de Monroë [a fortiori l’impérialisme] n’est pas une question de droit, c'est une question de politique. Les juristes, comme juristes n’ont absolument rien à dire à ce propos. » (Th. Roosevelt, Amer. Ideals, p. 228 s, dans H. A, Moulin, L’expans. des E.-U. et la doctr. de M., Dijon, Drn0e)