CRITIQUE DE L’IMPÉRIALISME CONQUÉRANT AS
2° Idéale, fondée sur le droit et la morale, c’est-à-dire sur une généralisation de l'intérêt inconscient ou insuffisamment senti parce que futur, lointain, indirect, hypothétique ou concernant autrui, la collectivité ou la descendance !. Les impérialistes font abstraction des notions d'égalité juridique, de droit d'autrui, de devoir envers autrui. Ces idées, pourtant, ne constituent pas un idéal de faible ?. Elles sont utiles aussi bien aux individualités auxquelles elles s'imposent qu’à la collectivité, puisqu'elles tiennent compte d'intérêts inconscients ou insuffisamment sentis : — intérêts personnels éloignés ou incertains : elles empéchent de rechercher les satisfactions grossières ou immédiates, la vie trop intense..., de s’exposer à des chocs en retour de la part des faibles, coalisés, ete. ; — intérêt de la collectivité, parce qu’il est lié au précédent et en outre parce que les excès individuels éntrainent le désordre, l’usure du groupe. Une race d’égoïstes et d’amoralistes purs ne peut exister ; elle se détruit elle-même.
Universellement condamnable sous sa forme agressive et violente, l’impérialisme, s’il veut réussir, doit n’exagérer ni son but ni ses moyens de procéder. Il s’impose à lui de ne pas viser à des acquisitions en masse, à une exploitation excessive, mais au contraire de ménager comme les siens propres, les forces, Pintérêt, le droit et même les susceptibilités d'autrui. Sous cette forme, 1l a d’autres voies que la conquête, plus juridiques et plus avantageuses : l'invasion pacilique des produits et des idées est moins injuste, plus sûre, moins coûteuse, la dénationalisation lente plus efficace, que les tentatives brusques et collectives. L’impérialisme doit rester sur le terrain intellectuel, économique Ÿ ou même politique ; ainsi compris il ne fera que susciter une émulation bienfaisante ; sa transformation en militarisme
serait sans doute sa ruine “, notre ruine à tous. Ce qui a permis
1. Cf. J. Lagorgette, Nature et fonclion des idées de droit et de devoir (En prép.)
2, La différence entre l’amoralisme (vouloir vivre de Schopenhauer, culte de l’énergie, instinct de vie, « se surpasser » avec Nietzsche) et l'idéalisme ne réside pas dans la force, mais dans une prise en considération plus exacte de l'intérêt de soi ou de l’espèce, que la sélection met en nous comme un instinct.
3. Lair (L'impér. ail., p. 96 s, 410 s.) montre l’antagonisme entre l'impérialisme des officiers, administrateurs, professeurs et étudiants chauvins et césariens, et celui de l’Allemagne industrielle et commerciale, qui ne « veut pas de guerre ». P. 448,171 $, il croit ce dernier seul efficace et plus à craindre.
4. Les Etats-Unis semblent abandonner leur voie traditionnelle, celle qu’avaient tracée ses fondateurs. Sera-ce leur perte % L’insularité, la situation médiane entre les deux grands Océans et les deux anciens continents, ont fait leur grandeur pendant un siècle et semblaient les appeler à l’arbitre, sinon à l’empire du monde des affaires. Cette même situation peut être la cause de leur ruine, s'ils provoquent ou acceptent la lutte sur le terrain militaire : là ils sont plus en retard
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jusqu'ici ses succès, c’est surtout l'absence où la légèreté 1e pes ges militaires en Angleterre et aux Etats-Unis, en fade d’une Europe épuisée et anémiée par la paix armée. De même les chances de salut de la vieille Europe, mème si le Nouveau-Monde ne fait rien pour lui nuire, résident dans l'abandon de sa politique d’armements, dans son union économique et même politique, et dans la consécration de tous ses efforts aux tâches qui conviennent le mieux à son activité et où elle a le plus de chances d’obtenir la supériorité. L'impérialisme aurait ainsi pour résultat une intégration, une accentuation de la production et de la division du travail, conformes au progrès. La persistance de FEurope dans son erreur actuelle Cqui détruit les sources de la vie sous prétexte de les conserver, la ferait rester en arrière du pro-
grès humain !. »
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L'idée de nationalité implique essentiellement le respect des groupes sociaux mais non, comme léquilibre, leur égalité de fait. Elle est une manifestation non de la force, mais d’un principe juridique, à condition de fixer d’une façon rationnelle en quoi elle consiste. Qu'est-ce donc qu’une nation? C’est, disait Mancini?, fondateur de la doctrine, € une communauté naturelle d'hommes vivant sur un territoire homogène, et unis par des affinités de race, de langue, de religion, par leur passé historique, en même temps que par leurs aspirations morales et la conscience de leur entente mutuelle. » La définition était compleæe, compliquée mème. La plupart des auteurs s’en tiennent à un seul facteur. Pour les uns, c’est la langue ?. D’autres se rallient à l’idée de race (théorie ethnographique) soit biologique et morphologique, soit plutôt dans un sens sociologique et
et le nombre y joue un rôle plus important que dans la supériorité des produits. Nous sommes au moment tragique où les Etats-Unis ont à choisir entre les deux voies, et notre avenir dépend de ce choix.
1. J. Palouillet, L'impérialisme américain, Thèse, Dijon, D3180S
2. Cours d'ouv. à l’Univ. de Turin, 22 janv. 4851; Della nazion. come fundam. del dirillo delle genti; La vila dei popoli nel umanita. — Sur l'école italienne : Carnazza-Amari, 0p. cit.
3. Nombreux allemands (pour s’adjoindre les pays de langue allemande), depuis Herder, Orig. du langage (Lévy-Brahl, op. cit., p, 469); Fichte, ODAACLL, XII ER PRIS lippe, p. 229; jusqu'à Max Nordau, Parad. sociol., p. 136 s. — Laveleve, Démocr., t. I, p. 55. Avec critères accessoires ou réserve de preuve contraire : Parieu, SC: pol., p. 300-322; La Grasserie, Suppr. de la JEND-S0MetCRS