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NATIONALISATION ET PLÉBISCITE

il viole les principes idéaux. D’autre part, ses procédés violents et, par suite, odieux, seuls possibles, sont pourtant mal adaptés.

Il n’est pas facile de modifier la volonté, les intérêts et encore moins les caractères nationaux d’autrui, mais, dans la mesure où cela est possible, ce n’est pas par la guerre et par la force qu’on peut y parvenir. Plus une réunion est brusque et autoritaire, moins elle a de chances de réussir, car les sociétés se développent lentement. On commence à revenir de l’erreur qui considérait l'annexion, le changement d'autorité politique, comme suffisant à l’assimilation ! : la victoire n’entraine pas ipso facto le triomphe de la civilisation du vainqueur, les vaincus y restent parfois réfractaires ou même communiquent la leur à leurs maîtres : €Græcia capta ferum victorem cepit. » Il faut des influences plus pénétrantes, plus lentes.

Les caractères, nationaux ou autres, se propagent par ondes d'imitation ; or, on imite ce qui plait : & cela seul démontre d’une manière péremptoire que jamais assimilation ne pourra se faire par coërcition, car la coërcition cause une souffrance ?. » L’oppresseur heurte à la fois et de front toutes les tendances de ses adversaires, qui, conscients de la simultanéité du danger, de sa vitalité (car 1l menace leur vie sociale particulière), se lèveront d’un bloc contre lui, animés de la haine la plus vive, la plus funeste pour lui-même et pour son entreprise surtout s’il s’y mêle une hostilité Instinctive de races. La levée en masse de la nation entraînera, des combats si terribles ? », qu’ils compromettront la sincérité et la stabilité de la paix à intervenir, et à plus forte raison la sympathie et la confiance nécessaires à un accord durable. La guerre est donc le moyen le plus mal adapté à l’assimilation : elle conduit dans une direction opposée au but poursuivi.

4. V. de Lapouge, Sél. soc , p. 224s. Il ne suffit pas d’un décret pour naturaliser un homme, d’un traité pour augmenter une nation. « Tout cela est fiction. La naturalisation est une absurdité comme l’annexion. » — Il exagère en niant la possibilité d'unions entre races distinctes, Tout ne se résout pas par des mesures de crânes. La langue, le droit (Jhering : adoption du droit romain en Allemagne), les mœurs... se transmettent entre races différentes. Ce qui est absurde, c’est l’annexion forcée, avant transformation.

2, Navicow, La fédér. de l'Eur., p. 685; L’insignifiance de la force brutale (R. int. soc., 1893, p. 502). — Les nations actuelles ne sont pas l’œuvre de la guerre, des rois, mais des écrivains, (Voir : Lévy-Bruhl, 7/41.)

3. Jomini (Art. de la q., t. 1, p. 72), pourtant endurci aux maux de la guerre, souhaite, dans l’intérêt de l’humanité, ne les voir jamais. — Qu’on mesure la distance des froides guerres faites pour une formule d’équilibre ou des intérèts dynastiques, aux guerres du xix® S., passionnées parce qu'elles intéressent les peuples, notamment par des questions de nationalité.

À quoi bon l’employer, puisqu'il faudra revenir sur ses pas pour accomplir ensuite ce qu'on aurait accompli sans elle? Après avoir fait monter les haines à l’extrème, on travaillera, par de grands sacrifices, ajoutés aux activités et calamités de la guerre, à les réduire à ce qu’elles étaient auparavant, et alors seulement commencera Peffort Çutile ».

On pourra à partir de ce moment employer les moyens mieux adaptés, qu’on aurait pu employer dès le début, sans ces dépenses supplémentaires. On s’eflorcera de propager ses idées, ses institutions, son caractère, sa civilisation; on amènera autrui à vivre comme soi et avec soi, en lui en donnant et en lui en montrant les avantages matériels ou moraux : les meilleures armes ne seront done pas les canons, mais la puissance éducative et persuasive, la richesse économique, scientifique, artistique, littéraire. — La violence ne sera pas nécessaire pour recueillir les fruits de ce lent et difficile labeur. La similitude de nationalité, l’accord des vouloirs possèdent en eux-mêmes une force attractive, comme leur disparité une force répulsive. Il eût été vain de tenter de supprimer d’un seul coup cette répulsion, 1l ne sera pas moins inutile, après l’avoir transformée en attraction, d’user de violence : on n’aura qu’à la laisser agir. — Pour se rendre compte du sens de la force, le plébiscite sera un moyen clair, commode. Seule, la conformité des volontés importe pour la modification ; manifestes, elles auraient presque les mêmes résultats que manifestées. Simple signe, le plébiscite n’a d'effet réel que s’il rend notoires des désirs qui auparavant ignoraient leur accord *.

Si plusieurs nationalités vivent simultanément sur un même territoire, elles devraient, conscientes de leur solidarité, s’appliquer non pas à mettre l’une delle dans la situation d’opprimée, mais à lutter sur le terrain légal pour la conquête du pouvoir et le respect plus ou moins large de la minorité. Les litiges qu'elles ne pourraient pas régler amiablement, devraient être soumis à la décision d'expert impartiaux.

Que la réalisation ? du principe des nationalités n'apporte pas à elle seule la paix durable au monde *, ce n’est pas douteux,

1. Les reproches qu’on lui adresse se trouvent diminués d’autant. On doit d’ailleurs lui imposer des conditions qui garantissent la maturité de la décision.

2. Jamais parfaite, — Mérignhac, L’arb., p. 348, croit possible son immutabilité.

3. Tendance, en Italie, à y voir la condition nécessaire et suffisante de la paix, du progrès. Carnazza-Amari, R. dr. int., 1813, p. 550 : elle harmonisera touslles intérêts et droits des Etats... ; Pierantoni... — Laurent, ODA CU TA ID OST DB LSE

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