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CONFUSION AVEC LE CRIME. CONDAMNATION DE L’ATTAQUE

s’il existait deux justices, deux morales différentes, lune applicable entre individus, même de nations différentes, l’autre entre Etats. Elle fait appel à la violence, à la malhonnèteté qu'elle prohibe chez l'individu. Ses représentants les plus francs, Machiavel, Frédéric IT, conviennent que « lorsqu'on a la prétention de gouverner le monde, il ne faut pas avoir la conscience trop étroite !. » On permet, on glorifie ici ce qu’on prohibe ou réprouve à. Dès longtemps la protestation s’est élevée, éloquente, contre bella el occisarum gentium gloriosum scelus. & Pourquoi me tuezvous ? — Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de Peau? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, cela serait injuste de vous tuer de la sorte; mais puisque vous demeurez de Pautre côté, je suis un brave et cela est juste? » Pourquoi les Etats, qui punissent le meurtre et Le vol individuels, ne se les interdisent-ils pas à eux-mêmes, ou bien, se les permettant, les condamnent-ils chez leurs sujets ? Tels des anarchistes, ils ne reconnaissent aucun supérieur, ni maître ni loi.

La guerre n’en est pas moins, du côté où elle est injuste, un crime inlernational*. Elle est le crime des crimes, puisqu'elle les renferme tous, à un grand nombre d'exemplaires #. Il existe d’ailleurs entre le crime individuel et le crime national des formes intermédiaires, chronologiquement et logiquement, qui, par d’insensibles transitions, montrent lPanalogie des deux actes (brigandage...) Tout ce qu’on peut concéder, c’est qu’en dehors des crimes individuels caractérisés que la guerre favorise, on ne peut rendre responsables & ut Singuli », personnellement, les participants de ce crime collectif5. En morale on a discuté la

4. L’ambassadeur de France à Madrid, à Charles IX : « Choses d’Etat permettent ou du moins souffrent le déshonnèête, » (Heffter, p. 18.)

2. Sénèque, Ep. exv; Pascal, Pensées, 1, VI, 9, 1x, 3. — « La guerre, c’est le meurtre, c’est le vol, commandés aux peuples par leurs gouvernements... C'est le meurtre, c’est le vol soustraits à l’échafaud par l’arc de triomphe. C’est l’inconséquence légale, car c’est la société récompensant ce qu’elle punit ct punissant ce qu’elle récompense... » (E. de Girardin, Le désarm. eur., p. 23; La Liberté, 29 juil. 1866; Dr. de punir, p. 4, k1.) — Lamartine, Recueill. poét., etc... — Balon (amér.), Combien faut-il d'hommes pour transformer un crime en une œuvre juste. — G. Pays. Le contrat int., p. 90 : c’est la même action sous des proportions différentes. P, 152 : Punir sa provocation.

3. Quételet, Syst. social, 1848, p. 221. — L. Henry, Le crime des crimes, p. 3 : « assassinat politiquement organisé de milliers d’hommes, » — Cf. mémoires de Dupasquier, Fromentin, Delmas.., pour le concours de 1869 sur Le Crime de la guerre : Fromentin, p. 26-73 : immoralité de la guerre dans ses causes, son fait, ses conséquences.

4. Voltaire, Dict. phil. : guerre; Œuvres, t. XIII, p. 531, — Lombroso, Le crime, p. 537 : existe-t-il un plus grand crime que cet amoncellement de vols, d’incendies, de viols, de meurtres sauvages?

5. R. de la Grasserie, Le crime int., R, int. soc., 1903, p. 200.

question de savoir si un soldat éclairé sur injustice de sa cause n'avait pas le devoir de s'abstenir (Théologiens anciens; Quakers, Tolstoïstes, Doukhobortsh. Mais, en fait, le côté de la juste prétention est, surtout aujourd'hui, douteux. Au point de vue juridique, on fait aux soldats un devoir de suivre l'ordre reçu sans l’examiner, sans se prononcer sur sa légitimité : on ne leur permet done pas, logiquement, d'y désobéir sil est injuste. La loi les contraint sous des sanctions sévères; et, par suite, ils se trouvent individuellement, en état de légitime défense, tuant pour ne pas être tués.

La guerre en elle-même, par contre, n’a que rarement excuse d’être un homicide « réciproque, mutuellement absous d'avance ». un duel véritable: l’attaqué n’accepte pas volontairement le combat. Le fait que l’action a lieu ouvertement, par un organe spécial, régulier, discipliné, hiérarchisé, étatique et non plus privé, et soumis à des règlements, n’atténue pas non plus le caractère répréhensible: sinon, les voleurs qui s'imposent un code, les brigands chevaleresques, devraient être absous également. Des armées de milliers d'hommes ne peuvent guère se dissimuler comme un cambrioleur, et sitôt qu’il leur est possible de cacher leurs mouvements, d'attaquer par derrière, à l’improviste, en usant de stratagèmes, elles ne s’en font pas faute. Quant au droit de la guerre, dépourvu de sanctions suffisantes, il est souvent transgressé. La régularité des moyens d'exécution ne couvrirait même pas Pacte dont le but serait injuste, pas plus que le but juste ne justifie un procédé délictueux.

Cependant, de même qu’autrefois on qualifiait juste tout» guerre faite en vue d’une € juste cause », abstraction faite du procédé, on à souvent le tort aujourd’hui de condamner tout: guerre, € la guerre » en elle-même, à raison de ses procédés, el quel que soit son objet. Confondre la guerre avec la défense est une erreur unilatérale, la confondre avec l’acte criminel en est une également, quoique inverse. CIl n’y à pas de cause légitime pour faire la guerre... Il n’y à jamais eu ni bonne guerre, ni mauvaise paix », disait Franklin. Il avait raison s’il voulait condamner Pensemble du phénomène, il aurait eu tort s’il entendait condamner chaque partie comme le tout : il faut regretter que l'attaque mette autrui en état de défense, mais non — lorsqu'elle à eu lieu — que la victime se défende. « La paix achetée par une lächeté est infâme et funeste !. »

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