‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 190 sur 471 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La guerre comme voie de droit.

SECTION I. — La GUERRE, JUSTICE PRIVÉE.

Les idées de droit el de devoir n’ont pas toujours existé. L'homme primitif était mu par des impulsions peu nombreuses, immédiates, excessives. Ces impulsions étaient insuffisamment et imparfaitement contre-balancées par les inhibitions, parce qu’il ne prévoyait pas les réactions et les risques engendrés par son acte, et parce que le complexus de tendances qui constitue le « moi » n’était pas chez lui fortement constitué. Il ne connaissait pas ses intérêts véritables, et ne tenait pas compte de ceux de l’espèce ou de la collectivité, solidaires avec les siens. Tout cela l’empêchait de progresser. Mais sa nature ne comportait pas la possibilité d'acquérir directement la faculté de raisonnement, la prévision, la prévoyance, l'amour de la sécurité, la notion de la solidarité, ete... Il fallait cependant, pour qu’il se perfectionnât qu’il agit comme s’il possédait ces attributs. La survivance des mieux adaptés produisit automatiquement ce résultat, en conservant les hommes qui, sans se rendre compte du pourquoi, se conformaient à ces desiderata : ilen est résulté une tendance instinclive, irraisonnée, à accomplir comme désirables en euæ-mêmes certains actes utiles à soi-même ou à l’espèce, à ne pas violer certains états considérés comme respectables en eux-mêmes, ete... Ces idées-forces € premières » agissent comme un appoint à l’impulsion ou à l’inhibition. Elles correspondent à une utilité, mais non consciente nt toujours réelle dans les cas concrets (parce qu’elle est généralisée). Elles peuvent se superposer à un intérêt connu, mais elles ne reposent jamais sur lui, puisqu'elles ont précisément pour fonction d’y suppléer.

Aussi elles deviennent superflues à mesure que les intérêts

deviennent conscients :le permis et le défendu, € fas » et Qjus », jouent un rôle moindre chez l'homme ou la société adultes que chez l'enfant, la femme, le sauvage. Et inversement elles ont eu dans lPenfance de l’homme et de l’humanité un développement plus considérable (parfois hypertrophique : superstitions..….), tant qu’on ne pouvait saisir l’avantage dont elles sont destinées à remplacer la notion ou à augmenter l’influence.

Les idées d'honneur, de gloire, de devoir de vengeance, jouent un très grand rôle dans la guerre primitive (v. supra). Les hostilités ne proviennent pas, chez les sauvages comme chez les anciens, uniquement d’un besoin de subsistance ou d’un calcul économique; mais parfois d’un réflexe, d’une réaction instinctive qui s’affine en besoin de vengeance, de talion, puis en désir de réparation, De bonne heure un sentiment d’idéal, de justice, grossier mais réel, tend à la symétrie du mal rendu et du mal reçu, puis à légalité du dédommagement et du préjudice.

Letourneau est même amené, par sa conception d’une période primitive sans combats, àregarder la forme juridique de la guerre comme primaire. Entre populations clairsemées, pour vues de territoires, de produits naturels, sans esclaves, d’où eût pu provenir la lutte pour la première fois, sinon d’une lésion accidentelle? € Cest principalement pour venger les torts subis par un compagnon qu'on y à eu recours...!» Cette forme € purement juridique et relativement humaine » tendrait à disparaître, sauf comme survivance, devant la forme bestiale où l’homme est un gibier pour homme, devant les razzias et la guerre pour la guerre. — l’ordre naturel et réel des choses paraît, en cet exposé, être renversé : les besoins physiologiques précèdent, en réalité, les besoins moraux. L'idée d’une première phase de conflits exclusivement juridiques est aussi inexacte que celle d’un âge d’or, dont elle dérive. La guerre conçue comme auxiliaire du droit remonte très haut, mais non à l’origine.

Dans Pantiquité, l'usage des déclarations solennelles et religieuses de guerre, où on prend les dieux, Zeus, Jupiter, Wotan, à témoin de la légitimité de ses prétentions et où on les appelle à son aide, prend son origine dans l’idée que la guerre est, en

1. La g., p. 51, 104, 530 ; 76, 51. — Ex. : Australie, Mélanésie, Afrique orientale, Behring, Esquimaux (p. 30, 32, 193 s, 197). — Il veut discréditer la royauté pilleuse, au profit du clan républicain primitif, égalitaire et pacifique (?) (La gq.,

p. 16, 117). — Dans : L’évol. pol., p. 522, au contraire : guerre animale, puis sauvage, puis civilisée,

Page 1