‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 194 sur 471 · SECTION II. — LA GUERRE, JUSTICE DIVINE · texte numérisé non relu

SECTION II. — LA GUERRE, JUSTICE DIVINE

La formule est moderne, d’après laquelle la guerre offrirait la garantie et la sanction suprême du droit des gens, en remplissant la fonction de juge ou de gendarme, ou même de législateur ; mais la conception est ancienne. L’idée que les batailles font triompher la juste cause, à la façon d’un procès entre particuliers, s’est peu à peu dégagée de l’idée d’après laquelle elles servent à la défendre. Les apologistes y voient un procédé idéal? ;

4. A. Morin, t. LI, p. 57; L. de Montluc, R. dr. int., p.553 s. — Le premier croit en outre que le recouvrement des frais suffit en tous cas aux exigences de la justice; lé second, qui exclut à juste titre la conquête, croit que les idées de garantie et de réparation s’excluent. — Rolin-Jaëquemyns et Fr. de Holtzendorff (ib., 1870, p. 697 s; 1871, p. 537 s; 1873, p. 255), qui, à raison, justifient la « pœna temere litigantis », la peine infligée au plaideur téméraire, en voient à tort la forme nécessaire dans une cession de territoire par le vaincu.

2, Hegel, Lasson, Boguslawski. — Proudhon, La g., t. 1, p. 54, 192 s, 1435, 126, 341 ; justicière, la première et la plus solennelle des juridictions, jugement rendu

d’autres auteurs, un simple fait, quelques-uns mélant un regret à leur constatation ‘. Pour nous, c’est un fait.. inexact.

Quelques pacifistes croient renverser la guerre comme procédure en disant qu’elle peut être intentée au service des prétentions les plus opposées au droit ?. Affirmation vraie, mais non significative ici. Les procès non plus ne servent pas qu’à faire valoir le droit ! Et même, dans ce cas, ils n’existeraient pas. Si les guerres servaient à soutenir l’injustice, mais faisaient triompher la justice, elle ressembleraient aux procès. La question est, non de but, mais d'adaptation et de résultat, à savoir si elles ne s’en différencient pas par l'insuffisance des chances, pour la bonne cause, de réussir et, pour la mauvaise, d’échouer. Or, si, dans le cas où, par hypothèse, le débat porte sur un problème de droit, la victoire n’offre aucune garantie de justice, a fortiori en est-il de même dans le cas où des intérêts seuls sont en présence ou bien des torts réciproques, La réfutation des théories opposées en fournira une preuve plus complète.

La plus rudimentaire affirme que la guerre est un jugement de Dieu * et que tout jugement de Dieu est, par essence, juste : Judicia Domini recta, justificata in semetipsa (Psalm.) Exprimée par la conscience populaire, avant d’être formulée en théorie, cette idée a laissé mainte trace dans l'antiquité *. On prenait les

au nom et en vertu du droit de la force, forme de judicature, d’action judiciaire. — Périn, L'ordre intern., p. 93: le redressement des injustices et la punition des délits supposent nécessairement comme dernière raison le recours aux armes; La g., Rev. trim., 1881, p. 313, 317: Pour les catholiques, la guerre est légitime comme condition nécessaire de l’existence des sociétés qui ont le droit pour premier fondement. L’épée faisant l’office d’un juge, impose le respect de la justice et la réparation du droit violé... Le jugement nécessite un supérieur ? Le prince léseur devient le sujet du lésé (sophisme de l’école thomiste : Bannès, sur Saint Thomas, XL, 1.) — Cauchy, Le dr. maril., t. 1, p. 18.

1. Kamarowsky, Le lrib., p. 65 s : procès politico-juridique, distinct et original: de forme réglée, mais conduit par les parties et créant des situations nouvelles, — Bluntschli, art. 510, p. 298 ; Psyc. Stud. über Slaat u. Kirche, p. 202 : lutte de forces matérielles, et non procédure, mais, par un côté, sanction encore grossière du droit. — Moynier, Lois de la g., p. 32, 35 s : armées, « négociateurs à poigne de cette procédure judiciaire, instrument imparfait du droit international »…

2. Martens, La q. d'Orient, p. 25 ; Novicow, La féd., p. 250, 354.

3. E. Schlief, Friede.…, p. 12 s: Gottesurtheil.. — Luther, Krieg wider den Türken; Harless, Chr. Ethik, 4e 6d., p. 250. — E. de Parieu, Sc. pol., p. 361: elle a été souvent « une ordalie intelligente, un jugement de Dieu, auquel Dieu n’était pas en réalité absolument étranger. »

4. Wiskemann, Der Krieq, p. 38 : Jesaïe, 1, 20 ; it, 25 ; v, 25; vu, 6; 1x, 41. : Jeremie, IV, 5.. — Le Prophète a dit : Si vous croyez que les guerres ne dépendent que des fortes armées, Dieu vous fera vaincre, car c’est à lui de secourir et de mettre en fuite, (Paralip., 25.) — En Germanie, le mot althochdeutseh urlag Signifie destin, sort ef guerre, — dénotant que la guerre est produite par la volonté de Dieu et que son issue est une décision du destin, en même temps que la

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