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LA GUERRE, JUGEMENT DE DIEU

dieux à témoins dans la déclaration, on consultait leur volonté par des oracles, on les invoquait pendant le combat, on les remerciait après la victoire. Attila fut nommé un fléau de Dieu, et Napoléon se proclama semblablement instrument du Destin ! : € La Russie, disait-il avant sa campagne, est entraînée par la fatalité : il faut que son destin s’accomplisse. » Son adversaire, Alexandre, manifestait, d’ailleurs, dans sa proclamation à Parmée, la même confiance : & Je suis avec vous, Dieu est contre lagresseur. » Encore aujourd’hui les Russes espèrent gagner des batailles par la vertu occulte de leurs icônes.

Ailleurs, le même état d'esprit fait bénir les étendards, prier, Jeûner et se sanctifier avant la bataille, chanter des € Te Deum » après la victoire. À moins qu’ils n’indiquent la pensée de corrompre Dieu pour favoriser une prétention injuste, ces actes indiquent la confiance en ce qu’il facilite le succès des revendications légitimes. L’idée de lPapprobation de Dieu, qui stimule pendant les hostilités, consolide ensuite le fait accompli de la conquête. Aussi l’affirmation de la justice céleste se rencontret-elle de préférence chez le belligérant (ou le prétendant) qui a réussi, sauf pour lui à invoquer une exception, lorsque son succès se change en revers *.

La croyance au € jugement de là-haut » est assez répandue ‘parmi les théoriciens. À moins d'admettre que le fait est le droit, les partisans de la guerre-procédure doivent convenir que — le fait n’étant pas toujours le droit — une puissance occulte intervient pour qu'il s’y conforme, dans un procédé aussi mal adapté à ce résultat. La divinité est censée soutenir l’armée qui lutte en faveur de la cause juste, comme autrefois le chevalier innocent. Les guerres, d’après lord Bacon, « figurent les suprêmes épreuves du droit, où les princes et les Etats, qui ne reconnaissent pas de supérieurs sur terre, s’en remettent à la justice de Dieu pour le règlement de leurs contestations par la décision qu’il plaira au Tout-Puissant de rendre en faveur de l’une ou de l’autre partie ?. » L'idée d’une intervention miraculeuse se re-

loi suprème : lag étant le même mot que lex, urlag équivaudrait à Urgesetz. Le droit dernier, le plus haut résiderait dans l’épée (Jähns, Ueber Krieg, p. 1.)

4. Le g2l Bonnal et le cel Rousset (Les maîtres de la g., p. 153), stupéfaits de sa « grandeur géniale », y voient, sans métaphore, un « don divin ».

2, Tels « ceux qui eurent l’advantage à la rencontre de la Rochelabeille, s'étant servis de cette fortune pour certaine approbation de leur party », s’excusèrent ensuite de leurs « défortunes » de Montcontour et de Jarnac (Montaigne, p. 143.)

3. Cf. W. T. Krug, Sfeppe der Staatsk., Werke, IV, p. 55. — Twiss, t. IT, p. 29; Sumner-Maine, p. 173 ; Pradier-Fodéré, t. VI, p. 51, 507: dérision et blasphème.

trouve, plus précise, chez Bossuel 1 : € Tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force supérieure. Ils font plus ou moins qu’ils ne pensent... Il n’y a pas de puissance humaine qui ne serve malgré elle d’autres desseins que les siens. Le long enchainement des causes particulières qui font et défont les Empires, dépend des ordres secrets de la divine Providence. Dieu tient du plus haut des Cieux, les rênes de tous les royaumes... Veut-1l faire des conquérants ? I fait marcher lépouvante devant eux, et il inspire à eux et à leurs soldats, une hardiesse invincible... Il exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles de sa justice toujours infaillible. »

Joseph de Maistre ? y voit Ç un jugement non humain, mais divin, une expiation », qui suppose une immixtion constante dans les affaires terrestres : € Lorsque les crimes, et surtout les crimes d’un certain genre se sont accumulés jusqu’à un point marqué, l’ange exterminateur déchaîne la guerre sur tous les peuples de la terre; d’autres fois, ministre d’une vengeance précise et infaillible, il s’acharne sur certaines nations et les baigne dans le sang. » 11 ne s’agit pas à proprement parler, d’une affaire à régler entre hommes ; Dieu venge l’iniquité commise contre lui: — juge bien fantasque, puisqu'il revient assez souvent sur ses décisions, Cen dégradant et en appauvrissant le vainqueur, tandis qu’il rend riche et prospère le vaincu. »

Divine dans son origine € miraculeuse », dans ses effets, qui sont de faire jaillir de la conscience la religion, Pidéal et de leur donner leur contenu, — la guerre Pest aussi, pour Proudhon *, dans sa nature même, qui est celle d’une ordalie ou jugement de Dieu. Les nations en conflit, avant d’en venir aux mains, implorent, chacune de son côté, l'assistance du Ciel : € C’est comme si la justice humaine, confessant son Impuissance, suppliait la justice divine de faire connaitre, par la bataille, de quel côté est ou sera le droit. »

Veuillot # puise son inspiration dans Bossuet, de Maistre, Proudhon : « Dieu est du côté de la justice, mais à sa manière, qui n’est pas toujours la nôtre... Par des vues dont le résultat im-

1. Hist. univ., 11, 8; — Pol. tirée de l’Ecrit. : Dans la guerre, on a sujet d'espérer qu’on met Dieu de son côté, quand on y met la justice.

2. Consid. sur la Fr., p. 96: « Lorsque la providence a décrété la formation plus rapide d’une constitution politique, il paroît un homme revêtu d’une puissance indéfinissable »; Soirées, t. 11, p. 32-36. (Infra : La guerre est divine.)

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