‹ Le Rôle de la GuerreChapitre 196 sur 471 · LA GUERRE, JUGEMENT DE DIEU · texte numérisé non relu

LA GUERRE, JUGEMENT DE DIEU

médiat nous trompe et dont le résultat futur nous échappe, tantôt cette justice inflige à ceux qu’elle veut servir une défaite heureuse, tantôt elle donne à ceux qu’elle veut perdre, l'empire du monde, comme un présent de nul prix... Le conquérant ambitieux et injuste réussit pour un temps; Dieu le permet ainsi. mais le retour est terrible. Le Seigneur brise la verge dont il a frappé le reste du monde. » (Jérémie, L; Isaïe, xiv.) Impitoyable, esprit saint insulte au vaincu désarmé, il le raille sans pitié : ©Comment êtes-vous tombé, bel astre qui luisiez au ciel comme l'étoile du matin, vous qui frappiez les nations? » ({saie.)

Cette justice, certes, n’est pas celle des hommes et ils peuvent s’en flatter. Un guerrier céleste, aussi dépourvu de cœur, est indigne de figurer‘ dans la religion du Christ. De fervents chrétiens répudient l’idée d’après laquelle Dieu se met de la partie. € Les nations les plus pieuses et les plus orthodoxes, dit Renan en ses Dialogues philosophiques, sont souvent battues par les moins pieuses et moins orthodoxes, sans qu’on ait jamais pu constater qu’une providence supérieure ait favorisé d’autre parti que le plus courageux et le plus fort. Le prétendu Dieu des armées est toujours pour la nation qui à la meilleure artillerte et les meilleurs généraux. » L'exemple de Espagne prouve bien que le succès ne dépend pas de la ferveur religieuse. — Les croyants même n’admettent plus guère l’idée des interventions spéciales, directes et fréquentes de Dieu dans les affaires humaines, et notamment dans les guerres !. Ils devraient donc dire comment il agit, quels Etats il prédestine au succès.. Se contenter de la vague affirmation que Dieu, source de toute chose, et aussi la cause de la guerre et de la victoire, c’est « renoncer au labeur de la pensée et commettre le sophisme que Kant appelle le principe de Ia raison paresseuse. »

4. J. de Triac, G. el christ., p. 111... — Béranger le faisait, d’un ton badin, reconnaître par Dieu même :

Si jamais j’ai conduit une cohorte, Je veux bienque le diable m’emporte.

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