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LA GUERRE CRÉATRICE DU DROIT

Hegel à repris les mêmes idées. Impuissant à faire coïncider le réel avec Pidéal, il idéalise la réalité. Il part de ce principe : Ce qui est rationnel est réel, et ce qui est réel est rationnel?. Ses traités représentent l'Etat comme un idéel en soi, et se gardent de le construire tel qu’il doit être. € Concevoir ce qui est est le devoir de la philosophie, car ce qui est est la raison. Les théories ne peuvent pas plus se détacher de leur époque, dont elles sont la représentation, qu’un individu ne peut sauter par dessus son temps. Construit-on un monde idéal? il existe, mais seulement en pensée: on peut y faire entrer tout ce qu’on veut. La République de Platon est vide. Le droit repose sur l’existence du libre vouloir, sur la liberté, — au fond sur le pouvoir. Chaque peuple représente une idée ; il la fait triompher par la force et cela est bien. L'histoire du monde est en même temps la justice universelle *. Le fait accompli, voilà le juge du monde.

Initié par Karl Marx aux idées du philosophe souabe, Proudhon * reprit en particulier les théories hégéliennes sur les rapports internationaux. € La guerre se produit comme un jugement rendu au nom et en vertu de la force. Ce jugement, la consscience universelle le déclare juste, la jurisprudence des auteurs le récuse. » La victoire est une sentence non pas énonciatrice, mais productrice du droit. Le vainqueur n’avait pas droit auparavant à la chose : le succès prouve qu’il a raison. Cela revient à dire que la force contient un droit : il y a un € droit de la Jorce, en vertu duquel le plus fort a droit, en certaines circonstances, à être préféré au plus faible, et rémunéré à plus haut prix. » Les juristes (Ancillon..….) ont tort de ne voir dans la force que la sanction du droit : elle en est, à leurs propres yeux, la base (puissance paternelle, maritale...) La guerre est &un jugement vrai ou fictif de la force... la revendication et la démonstration par les armes du droit de la force. » Toutefois, Pi-

1, Aguiléra, L'idée du droit en All., p. 125. — L’optimisme absolu et la foi en la Providence peuvent aussi aboutir, par des voies différentes à ce résultat : approbation de toute réalité, laisser-faire, amor fali.

2, Was vernünftig ist, das ist wirklich, u. was wirklich ist, das ist vernünflig (Grundlin. der Philos. des Rechls, 1833, Œuvres, t. IX, p. 17 s). — Ses adeptes ont protesté contre les interprétations de cet aphorisme. Elles « dégoütent » Rôssler (Syst. der Staatsl., p. 549). Gans, dans sa préface, p. x, le commente ainsi : Ce qui est vraiment idéel, pour être conforme à sa nature, se réalise sans cesse dans le monde, et ce qui existe réellement justifie par là qu’il porte en lui sa raison d’être.

3..1b., p. 63; — Die Weltgeschichte ist das Weltgericht (p. 430, $ 340). — Marrast, La philos. du dr. de Hegel, p. 131.

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